"Quand on a subi autant de traitements, on ne peut plus encaisser" : Elise a perdu sa sœur, morte d’un cancer des ovaires à 23 ans
Elise avait 27 ans quand sa petite sœur, Louise, a été diagnostiquée d’un cancer des ovaires à 21 ans. A l’occasion de septembre turquoise, dédié aux cancers gynécologiques, la Bordelaise nous raconte son histoire et appelle à la vigilance, au partage d’informations et au dépistage.
“Elle avait laissé des directives. J’avais la consigne d’être triste deux semaines, j’ai un peu dépassé… Et de prendre des vêtements dans son placard parce que les miens étaient moches.” En quelques mois, Elise Giraudau a dû dire au revoir à sa petite sœur, Louise, touchée par un cancer des ovaires particulièrement agressif. Après le décès de Louise, la jeune Bordelaise a dédié un livre à son expérience, La vie en turquoise (Solleyre, 2025), couleur donnée à septembre pour faire de la prévention sur cette maladie.
Un cancer particulièrement agressif
Louise se plaignait de douleurs dans le ventre depuis des mois. Des crises intenses où la jeune femme était pliée en deux, vomissait, s’évanouissait. Un jour, nous raconte Elise, “elle a été admise aux urgences, où une gynécologue a vu qu’elle avait une grosse masse accrochée à l’ovaire gauche. C’est assez courant chez les jeunes filles, dans la vingtaine, d’avoir des kystes aux ovaires”.
Louise est opérée le soir même et la masse part en laboratoire pour être analysée. Un mois plus tard, le couperet tombe : ce n’était pas un kyste, mais un tératome de 13 centimètres. De nouveaux examens sont réalisés et les médecins constatent qu’en seulement quatre semaines, une nouvelle masse cancéreuse s’est formée.
“La veille de l’opération où on devait lui retirer l’ovaire et la trompe, elle a refait une crise et a été admise aux urgences avec 42 de fièvre. Son cancer avait métastasé dans tout le péritoine, ce n’était plus opérable”, souffle Elise. Jusqu’en janvier 2022, Louise enchaîne les séances de chimiothérapie avant une opération de huit heures, où chacun de ses organes sera méticuleusement examiné pour traquer les tumeurs.
“La chimiothérapie n’avait pas aussi bien marché qu’espéré, alors elle a été transférée à Paris pour faire ce qu’on appelle une thérapie bazooka, bien plus puissante que la chimio classique. Elle était dans une bulle stérile, autogreffée avec ses propres cellules souches”, se souvient l’écrivaine bordelaise. Une nouvelle opération longue est réalisée.
On parle beaucoup du cancer du sein, mais il faut parler des autres cancers des femmes. Ma sœur, elle voulait vivre
Éviter l’acharnement thérapeutique
Au bout d’un an de traitements intensifs et invasifs, la famille de Louise a recommencé à y croire : “C’était début 2023. Là, on a eu un espoir de rémission, son marqueur tumoral avait baissé. Mais il a fini par remonter en flèche.” Un autre diagnostic, non moins terrible, tombe alors : cancer du foie. “On lui a proposé un autre protocole… Mais au bout d’un moment, quand on a subi autant de traitements, on ne peut plus encaisser.”
L’oncologue de Louise glisse à la jeune femme qu’il n’a plus de corde à son arc. : “Il ne voulait pas faire d’acharnement thérapeutique”, pose Elise. Installée chez sa famille en soins palliatifs, Louise est décédée un mois plus tard.
“On savait de toute manière qu’elle allait partir. Elle avait laissé des directives, plusieurs choses que j’essaie de respecter encore aujourd’hui, confie la jeune femme. Il fallait que je continue le sport, que je prenne des vêtements dans son placard, que je ne sois pas triste plus de deux semaines… J’ai un peu dépassé. Et surtout, j’ai toujours aimé écrire et ma sœur était ma première lectrice. Elle disait que j’étais douée pour ça et que c’était bien plus intéressant que mon travail d’ingénieur. Alors j’ai écrit un livre sur elle, et j’ai continué à publier parce qu’elle m’a encouragée dans ce sens.”
Elise veut que davantage d’informations soient relayées sur les cancers gynécologiques, et particulièrement celui des ovaires : “On parle beaucoup du cancer du sein, mais il faut parler des autres cancers des femmes. Ma sœur, elle voulait vivre. Alors j’essaie d’en parler, parce que ça reste une chance d’être en vie et en bonne santé.”