Pour les amoureux des animaux, devoir euthanasier un animal, blessé, malade ou en fin de vie, dans le but d'abréger ses souffrances est une épreuve qui peut être particulièrement difficile et douloureuse. Alors quand l'animal est en parfaite santé, c'est insoutenable. Pourtant, Manon et sa maman Marie vont peut-être devoir s'y résoudre.

Leurs quatre chats baptisés Ripley, Bastet, Smaug et Gimli, vont peut-être devoir recevoir une injection létale dans les prochaines semaines. Les quatre félins sont pourtant en excellente forme. "Ce serait un crève-cœur pour nous", déplore Manon.

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Pour bien comprendre les raisons qui pourraient contraindre Manon et sa maman à procéder de la sorte, un léger retour en arrière est nécessaire. Les Hennuyères ont adopté un premier chat, Ripley, peu après le covid. Puis un deuxième, dénommé Bastet, il y a un peu plus de huit mois, acheté dans un refuge spécialisé en chats siamois, située en région montoise. "Puis nous avons recueilli un petit chaton, Gimli, qui avait été lancé depuis une voiture juste devant la nôtre, commente Manon. Ma maman avait su freiner à temps et n'avait pas le cœur à le déposer à la SPA. Nous l'avons donc recueilli."

Trois chats en pleine forme

Manon et Marie considèrent leurs chats comme des membres à part entière de leur famille.
Manon et Marie considèrent leurs chats comme des membres à part entière de leur famille. ©DR

Les trois chats sont vaccinés, pucés, suivis par un vétérinaire et sont en pleine forme. Mais l'arrivée d'un quatrième chat pourrait leur être fatal. "Ma maman avait envie d'un troisième siamois. Alors elle a repris contact avec l'éleveuse chez qui on avait adopté Bastet. Et elle y est allée chercher Smaug. Il s'est très vite entendu avec les autres chats. Et tout se passait très bien."

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Jusqu'au 15 octobre dernier, moment où une dame s'est présentée au domicile de la Waudrezienne. "C'était une personne de l'Afsca. Ils sont venus à l'improviste et ma maman, infirmière libérale, était au travail. On m'a demandé de lui dire de venir tout de suite. Mais elle ne pouvait pas lâcher ses patients. Donc elle s'est arrangée pour être présente le lendemain. J'étais très intriguée car l'Afsca ne voulait rien nous dire."

Smaug, en pleine forme, dans les chats de sa maîtresse Marie.
Smaug, en pleine forme, dans les chats de sa maîtresse Marie. ©DR

Le lendemain, le couperet est tombé : alors que l'éleveuse avait prétendu le contraire, Smaug n'était pas né en Belgique mais il avait été importé d'Algérie. "Je ne sais pas comment elle a fait pour le faire venir car je sais que, pour importer un animal, il faut respecter un certain protocole qui implique notamment une quarantaine et la vaccination, entre autres contre la rage."

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Contactée, l'Afsca, qui n'est en rien responsable de la situation, confirme. "Lors du contrôle, il a été constaté que Smaug avait été introduit en Belgique de manière non conforme, confie sa porte-parole, Kathy Brison. Il disposait notamment d'un carnet de santé algérien, mais sa vaccination contre la rage ne pouvait pas être considérée comme valable au regard des exigences applicables. Il n'était par ailleurs pas accompagné des documents sanitaires requis et n'avait pas fait l'objet d'un titrage valable des anticorps antirabiques. Compte tenu de la provenance du chaton et du risque lié à la rage, l'AFSCA a réalisé une analyse de risque afin de déterminer les mesures nécessaires pour protéger la santé humaine et animale."

Gimli avait été lancé d'une voiture. Il a trouvé refuge chez Manon et Marie.
Gimli avait été lancé d'une voiture. Il a trouvé refuge chez Manon et Marie. ©DR

Une quarantaine impayable à 24.000 €

Ces mesures concernent tantôt l'isolement du chat dans un établissement de quarantaine agréé, son refoulement en Algérie ou l'euthanasie. Problème : comme Smaug a été mis en contact avec Ripley, Bastet et Gimli, ces derniers sont également concernés par les mesures. Et un refoulement est impossible pour eux puisqu'ils sont nés en Belgique. "Comme on a été très coopérantes et qu'on empêche les chats de sortir (NDLR : via des grilles sur mesure aux fenêtres) à cause d'une route très passante devant chez nous, on a pour l'instant le droit de les garder chez nous. Mais on nous a fait comprendre qu'on devrait soit les placer en quarantaine durant quatre mois, soit les euthanasier. Pas seulement Smaug : les quatre chats."

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Problème : la mise en quarantaine dans un centre agréé coûterait 50 € par jour et par chat. Le calcul est vite fait : Manon et Marie devraient débourser plus de 24.000 € pour les sauver. "C'est une somme énorme que nous n'avons pas. Et les euthanasier est inconcevable pour nous. Nous avons eu des animaux durant toute notre vie. Ils font partie de notre famille et sont en excellente santé. Je comprends les impératifs de l'Afsca au vu des enjeux sanitaires mais, pour nous, ce serait un crève-cœur de devoir les euthanasier."

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Un dernier espoir

Il reste toutefois un dernier espoir. "La propriétaire a la possibilité de faire réaliser par son vétérinaire un test de titrage des anticorps antirabiques, nous précise l'Afsca. Si le résultat de cette analyse est favorable et transmis dans le délai prévu, le chaton Smaug pourra rester en Belgique, isolé à domicile sous surveillance officielle pendant trois mois à compter de la date de la prise de sang, avec un examen clinique tous les 15 jours. Dans l'attente, les animaux (Smaug et les autres chats) doivent rester en isolement strict et être surveillés. Tout changement de comportement ou symptôme nerveux doit être signalé au vétérinaire. La rage est une maladie particulièrement grave, qui peut toucher aussi bien les animaux que l'être humain. C'est pourquoi l'Afsca doit prendre très au sérieux toute introduction d'un animal ne présentant pas les garanties sanitaires nécessaires."

Dès la première venue de l'Afsca chez elles, Manon et Marie se sont rendues chez le vétérinaire. Et des prélèvements sanguins ont été effectués. "Nous sommes encore en attente des résultats", termine Manon, qui dit avoir pris un avocat pour lancer une action en justice contre l'éleveur frauduleux.

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