Qui est Sara Bejlek, sensation du tournoi ?
Lorsqu'elle se présente devant la presse Sara Bejlek est surprise de voir tant de monde autour d'elle. Mais, après ses victoires sur Aryna Sabalenka et Madison Keys et son accession aux demi-finales du WTA 1000 de Cincinnati, rien d'étonnant à ce qu'on s'intéresse un peu à elle. En tout cas, cela n'efface pas son perpétuel sourire. Mains derrière le dos, bien droite face à ses interlocuteurs, la Tchèque a tout de la bonne élève. Mais une bonne élève qui ne dirait jamais non à une bêtise amusante. Le premier mot qui lui vient d'ailleurs en tête lorsqu'il faut parler d'elle, c'est « folle », suivit d'un éclat de rire. Elle enchaîne avec « émotive et bienveillante, j'essaie de faire attention aux autres. »
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
Une polémique dont elle se serait bien passée
Si elle explose à la face du grand public, Bejlek n'est pas vraiment une inconnue. À 20 ans, elle a gagné à Abu-Dhabi le premier titre de sa carrière en début d'année. Mais c'est il y a quatre ans qu'elle a fait parler d'elle pour la première fois. Et elle s'en serait bien passée.
Rembobinons jusqu'à l'US Open 2022. Sara Bejlek n'est alors que 209e, mais elle va sortir des qualifications en battant Kristina Mladenovic (123e), Priscilla Hon (164e) et Heather Watson (157e). Pas mal pour une jeune fille de 16 ans qui était passée pro l'année d'avant. Mais ce qui a fait parler, ce sont les démonstrations de joie de son père et de son coach qui lui ont joyeusement tapé les fesses. La franche prude du public s'en est alors fortement émue et la vidéo est devenue virale. Sous le feu des questions, la jeune Sara a expliqué qu'elle ne comprenait pas la polémique. D'un, si la scène s'était passée en République tchèque, personne n'aurait tiqué tant le geste est culturel, d'après elle. De deux, elle connaît son coach, Jakub Kahoun, depuis qu'elle a huit ans. Quant à son père ? « Et bien c'est mon père, justement », expliqua-t-elle.
L'ÉQUIPE
publicité
L'ÉQUIPE
publicité
Les années suivantes furent moins virales. Mais ces derniers temps, elle a senti du changement. « J'ai eu de bons résultats ces derniers mois, j'ai gagné un tournoi, et tout ça m'a permis de bâtir ma confiance. Là, j'ai l'impression que tout se met en place. » La confiance, ce n'était pas forcément son point fort, elle le reconnaît. Mais à Cincinnati, tout est en train de changer. « Ces derniers jours, j'ai appris à croire en moi bien plus que je n'ai jamais cru en moi auparavant. Et pendant les matches, je continue simplement d'y croire, quoi qu'il arrive. »
Aujourd'hui fan de Novak Djokovic, alors qu'elle a grandi en admirant Rafael Nadal, elle partage avec le Serbe une véritable science de la défense. Bejlek n'est pas un grand modèle (1,63 cm), mais bon courage pour la déborder. Elle partage aussi avec lui une certaine folie. Peut-être parce qu'elle vient d'une région, Znojmo, surtout connue pour ses vignes et son vin sec bien plus que par ses champions. Son frère est viticulteur et, quand elle en parle, on sent que la question ne doit pas être prise à la légère. Si elle joue au tennis, c'est parce que ses parents en ont décidé ainsi lorsqu'elle était enfant. Ce n'est que lorsqu'elle a eu 15 ans qu'elle a déménagé à Prague pour plus de professionnalisme.
Mais on en revient toujours à ce grain de folie et à cet oeil qui pétille. Ainsi, elle explique qu'elle avait oublié le plan du coach face à Keys. « Je jouais simplement selon mes sensations. Je ne réfléchissais pas vraiment à ce que je devais faire, ni à ce que mon entraîneur m'avait dit avant le match. En fait, j'avais complètement tout oublié dès que je suis entrée sur le court. » Quand on lui demande si ça lui arrive souvent, elle éclate de nouveau de rire. « Je suis plutôt du genre à suivre les consignes, mais parfois je les oublie en cours de match. Ce n'est pas ce qu'il y a de mieux à faire, mais je suis comme ça. » Alors elle va laisser son équipe préparer la demi-finale, sans les déranger. « Je vais profiter d'un bon dîner, se régale-t-elle d'avance. Je vais surtout essayer de me reposer pour être prête demain (samedi). »
Mais si elle s'amuse de tout et si elle reconnaît du bout des lèvres qu'elle vit effectivement la plus belle semaine de sa vie, du moins de sa vie d'athlète professionnelle, elle n'en demeure pas moins une compétitrice qui ne compte pas se satisfaire d'une place en demi-finales. Quand on lui demande ce qu'elle apprécie le plus à Cincinnati, la réponse fuse. « Gagner ! » Suivie d'un immense éclat de rire, on ne se refait pas.