l'essentiel Le 2 novembre, les parents d'Inass Touloub, "la martyre de l'A10", comparaîtront devant la cour d'assises de Blois, 39 ans après la découverte de son corps mutilé, en 1987. La mère est accusée de "torture ayant entraîné la mort", le père de "complicité". Ce procès va potentiellement clore l'un des plus anciens cold cases français.

"Inass Touloub a enfin un prénom et un nom"... En 2018, le procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier avait utilisé ces mots pour qualifier l'identification de la "martyre de l'A10". Cette petite fille de 4 ans, retrouvée morte et mutilée en 1987 au bord de l'autoroute A10 était restée anonyme pendant plus de 30 ans...

Près de 40 ans plus tard, l'affaire, qui est devenue l'un des plus grands cold cases français, pourrait enfin trouver une conclusion. Les parents d'Inass Touloub, désormais septuagénaires, seront jugés à partir du 2 novembre prochain.

Brûlures de fer à repasser et morsures humaines

Le 11 août 1987, à Suèvres (Loir-et-Cher), deux employés chargés de débroussailler les abords de l’autoroute A10 ont découvert une petite fille enveloppée dans une couverture. L'enfant trouvée a 4 ans, est brune, mesure 95 cm et pèse une vingtaine de kilos.

Le rapport d'autopsie a révélé le calvaire subi par Inass Touloub. Son corps portait des marques de violences dont des traces de brûlures dues à un fer à repasser. Une vingtaine de fractures jamais soignées et "ressoudées" d’elles-mêmes ont été comptabilisées par les légistes. "Des morsures (humaines NDLR) étaient tellement violentes qu’il y avait même un prélèvement de chair", avait communiqué Georges Domergue, le premier juge d’instruction désigné en 1988. "Le décès n’est pas dû à une cause en particulier. La petite fille est morte d’épuisement face à l’accumulation de sévices".

Face au manque d'éléments permettant d'identifier la victime et l'absence de signalements familiaux, la gendarmerie a lancé un appel à témoins pour tenter de découvrir l'identité de celle qui sera nommée pendant trois décennies la "martyre de l'A10". À l'époque, décision est prise de mandater un laboratoire pour retoucher la photo du visage de l'enfant, dont l'état est jugé comme "trop insupportable", comme l'a relaté Libération en 2018. Ce signalement avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans 65 000 écoles et 30 000 mairies. En vain. Après deux non-lieux prononcés en 1991 et en 1997, l'affaire s'est enfoncée dans l'oubli. Jusqu'en 2018...

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Ce n'est donc que 31 ans plus tard, que les enquêteurs sont parvenus à remonter le fil généalogique, grâce à un prélèvement ADN comparé avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Ce fichier a été créé en 1998 après l'affaire Guy Georges, pour pallier la difficulté de faire correspondre rapidement des traces ADN.

Cette avancée a permis de relier l'ADN de l'enfant à celui d’un homme enregistré dans le fichier après une affaire de violences. Son nom : Touloub. Les gendarmes ont très vite compris qu'il ne s'agit pas d’un inconnu mais du frère de la fillette. La "petite martyre de l'A10" a enfin un nom : Inass Touloub.

Son histoire est retracée... La fillette est née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc. Elle est la troisième fille d'une famille de 7 enfants, et jusqu’à l'âge de 18 mois, elle a vécu auprès de sa grand-mère maternelle avant de rejoindre ses parents, installés en région parisienne. La fillette avait été déclarée à l'état civil, inscrite sur le livret de famille et dans les fichiers de la Caisse d’allocations familiales. "Inass a été inscrite dans une école maternelle mais jamais scolarisée", avait déclaré Frédéric Chevallier, procureur de Blois. Pour les enquêteurs, une nouvelle question apparaît : comment Inass Touloub a-t-elle pu disparaître sans que personne ne se signale ? 

Comment l'étau s'est resserré autour des parents

La section de recherches d’Orléans s'est logiquement intéressée aux parents de la victime : Ahmed Touloub et Halima El Bakhti. Le 12 juin 2018, ils sont interpellés, le premier à Puteaux (Hauts-de-Seine) et la seconde à Villers-Cotterêts (Aisne). "Cela fait 31 ans que j’attends que vous veniez", aurait assuré l'homme de 66 ans aux enquêteurs. Mis en examen, aucun des deux n'a reconnu avoir infligé les violences mortelles à leur fille. Le père a mis en cause son épouse et la mère a concédé des violences mais pas la responsabilité de la mort.

Après plusieurs années de bataille procédurale, en 2024, la Cour de cassation a finalement ouvert la voie à la tenue d'un procès. Dès le 2 novembre, Halima El Bakhti, 71 ans, devra répondre du chef d'accusation de "torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort" tandis qu'Ahmed Touloub, 74 ans, sera jugé pour "complicité".