La vérité d'un jour n'est décidément pas toujours celle du lendemain. Présenté dimanche matin comme le grandissime favori des prochains championnats du monde, Remco Evenepoel a vu son statut s'étioler aux yeux de certains un peu plus de cinq heures plus tard, au bout d'un Grand Prix de Montréal bouclé à la cinquième place et sur lequel Paul Seixas et Isaac Del Toro ont ajouté une à deux étoiles à leur rang sur le tableau des bookmakers.

"J'espère tout de même que je ne suis pas soudainement devenu le plus mauvais coureur du peloton", plaisantait le Brabançon. Au-delà de la cotation des prétendants à l'arc-en-ciel, le week-end québécois aura été riche de nombreux enseignements à deux semaines de l'un des rendez-vous les plus prestigieux de la saison. La preuve.

"Evenepoel reste le favori"

En "manque de fraîcheur" dimanche sur le GP de Montréal, pour reprendre ses propres termes, Remco Evenepoel a pourtant laissé une solide impression à ceux qui l'ont fréquenté au plus près dans le peloton.

"Ses relais vendredi étaient juste dingues, soufflait ainsi Giulio Ciccone, deuxième du GP de Montréal derrière le coureur de chez Red Bull-BORA-hansgrohe. Et dimanche, son coup de pédale n'était clairement pas mauvais. À un moment donné de la finale, il a effectué un bond impressionnant sur le groupe qui le précédait. Ça ne ment pas…"

Si les jambes du coureur de Schepdael n'ont pas tout à fait répondu comme il l'espérait sur le deuxième des deux Grands Prix canadiens, sa condition physique ne s'est évidemment pas envolée en l'espace de quarante-huit heures. "Il sera prêt pour le Mondial, il n'y a aucun doute sur le sujet, coupait ainsi court Isaac Del Toro, vainqueur dimanche. Cela peut arriver d'avoir un jour un peu moins bien, c'était d'ailleurs mon cas vendredi à Québec. J'avais des doutes sur ma capacité à assumer le leadership de l'équipe à Montréal, les gars ont dû me convaincre de croire en moi."

Son dauphin, Paul Seixas, allait même un peu plus loin : "Evenepoel reste le favori."

L'importance du collectif

La nouvelle démonstration collective des UAE dimanche sur la boucle tracée autour du Mont Royal et le cinquième succès de rang de l'armada émiratie a démontré l'impact que pouvait avoir une puissance collective sur un tel tracé.

"Dans la finale, même si je n'ai rien à reprocher dans le boulot de mes équipiers, il m'a clairement manqué un homme, LE coureur qui peut faire basculer un scénario de course, jugeait ainsi Paul Seixas. Lorsque j'ai attaqué dans la montée de Camillien-Houde, j'ai dû produire une très longue attaque, ce qui fait que lorsque je suis arrivé au sommet, j'étais en hyperventilation et je n'ai pas su relancer comme je l'aurais aimé. Si j'avais eu un lanceur sur ce mouvement de course, cela aurait pu changer la donne."

Un argument qui plaidera en faveur des chances belges dont la sélection est, sur papier, incontestablement l'une des plus solides.

Si le peloton avalera, dans un peu moins de deux semaines, cinq boucles de moins que lors du GP de Montréal (12 tours au lieu de 17 mais une partie en ligne de 100 km en amont), le tracé québécois a rappelé à chacun son degré d'exigence. "Cela agit comme une essoreuse qui vous tord tour après tour", imageait Quinten Hermans, 33e. "Cela ne fait que monter et descendre sans cesse", commentait pour sa part Evenepoel.

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Un circuit qui ne laisse donc pas de place aux erreurs. "Les fautes tactiques peuvent très vite se payer cash, chaque effort compte et les approximations sont très souvent punies" jugeait Paul Seixas, toujours impressionnant de lucidité dans ses analyses à chaud. Un Français qui avouait ne pas avoir voulu dévoiler tous ses atouts dans la perspective du Mondial. "Si on veut surprendre nos adversaires à la fin du mois, il était important de ne pas trop montrer comment on pensait pouvoir manœuvrer, de garder certaines cartes dans notre jeu."

Tous les sélectionnés belges en ordre de marche

Remco Evenepoel 2e, Quinten Hermans 33e, Maxim Van Gils 34e, Tiesj Benoot 52e et Alec Segaert 55e : les cinq sélectionnés belges pour la course en ligne des championnats du monde ont tous bouclé un Grand Prix de Montréal dont le nombre de coureurs à l'arrivée (59 sur 153) en dit long sur l'exigence.

Au-delà du cas Evenepoel, Maxim Van Gils a démontré qu'il possédait les atouts pour potentiellement ouvrir la finale en se portant en tête de course à trois tours de l'arrivée. Tiesj Benoot, lui, a confirmé qu'il avait parfaitement digéré son abandon sur le Renewi Tour (chute sur l'étape de Grammont) quand Alec Segaert s'est accroché pour terminer une épreuve pas tout à fait taillée pour ses qualités (3 673 mètres de dénivelé positif recensés en 214 kilomètres).

Les États-Unis en potentiel facteur X

Simmons et Jorgenson sont en forme.
Simmons et Jorgenson sont en forme. ©SprintCyclingAgency2026

Si tous les favoris, de Pidcock (6e) à Del Toro (1er), en passant par Seixas (2e), Evenepoel (5e) ou même Healy (8e) ont répondu présent, les États-Unis ont réussi un impressionnant tir groupé en plaçant cinq coureurs dans le top 20 parmi lesquels trois seront au départ du Mondial dans deux semaines : McNulty (3e), Simmons (4e) et Jorgenson (19e). Et si c'était cette nation qui incarnait le facteur X d'un championnat du monde qu'elle pourrait potentiellement faire basculer ?

"Van Aert et van der Poel peuvent passer Camillien-Houde"

Tous les deux absents du Grand Prix de Montréal dimanche, Wout van Aert et Mathieu van der Poel figureront parmi les plus sérieux prétendants à l'arc-en-ciel le dimanche 27 septembre à Montréal. Mais il faudra, pour cela, savoir digérer la montée de Camillien-Houde et ses 1,8 km à 8 % de moyenne.

"C'est vrai que les gars qui étaient devant sur le GP de Montréal étaient des profils plutôt légers, mais avec Mathieu et Wout on parle de deux coureurs de top classe, jugeait Brandon McNulty, vainqueur à Montréal en 2025 et 3e cette saison. Il n'y a pas de doute sur le fait qu'ils peuvent digérer cette difficulté s'ils sont en grande forme."

"Les chances de van Aert au Mondial ? Un podium depuis un groupe de poursuivants…" : Tom Pidcock songe à un scénario pour les championnats du monde

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