Restaurés après plus d’un siècle, les santons de la cathédrale de Monaco retrouvent une nouvelle vie
Ils étaient présents à la première messe de la cathédrale de Monaco et seront bientôt à nouveau exposés au grand public. Dix santons en cire datant de 1888 ont été provisoirement installés à l’autel de la chapelle du Saint-Sacrement de la cathédrale, ce vendredi 17 juillet. Pendant 4 mois ils ont été soumis à des travaux de restauration pour la première fois depuis leur création.
Cela faisait plusieurs décennies qu’ils n’avaient pas vu le jour. Retrouvés il y a trois ans dans un garde-meuble appartenant à l’État monégasque à Nice, ils ont ensuite été rapatriés en Principauté.
Les travaux n’ont toutefois pu être lancés que récemment grâce à un don considérable laissé par une famille américaine à la suite d’un mariage célébré à la cathédrale.
Les Rois mages, Jésus, la bergère… D’une hauteur moyenne d’un mètre trente, ces personnages représentent différentes figures bibliques. Les santons resteront exposés durant une semaine avant d’être à nouveau entreposés. Ils ressortiront début décembre, à l’occasion de l’installation de la crèche de Noël.
« Cela a sans doute été un défi artistique. Avoir à travailler sur autant de personnages, de surcroît de cette taille, est très rare dans ce milieu. Je suis vraiment honorée d’avoir pu mettre mon savoir-faire au service de la restauration de ce patrimoine », confie Stéphanie Duboc, restauratrice d’œuvres d’art spécialisée dans la sculpture et chargée de superviser le projet.
Un chantier aux multiples savoir-faire
On dit souvent que dans la vie, l’argent ne fait pas tout. Et encore moins dans un projet aussi technique qu’une restauration patrimoniale. Le travail mené par les différents artisans s’est révélé particulièrement minutieux.
Photo : Rodrigo Castillejo
« Pour restaurer les costumes, on a dû déshabiller chaque personnage, archiver et répertorier chaque pièce une à une. On a aussi effectué des prises de mesures : sur certains personnages, un bras peut être dix centimètres plus long que l’autre », détaille Alexandra Latour, costumière spécialisée en broderie ayant participé au projet.
« Pour se faire une idée, la restauration des seules capes des Rois mages a nécessité jusqu’à 130 heures de travail », poursuit-elle.
Plusieurs corps de métier spécialisés
« On a vraiment fait appel à des métiers d’art très niches. Il y a eu des mouleurs, des sculpteurs, mais aussi une costumière spécialisée en broderie de luxe », explique Stéphanie Duboc.
Une diversité de compétences devenue indispensable face à la complexité des interventions. « Pour les santons, nous avons choisi d’utiliser des vrais cheveux. Nous avons donc dû faire appel à des perruquiers, qui nous ont aidé à réaliser l’implantation, ainsi qu’à des spécialistes de la coiffure historique », continue-t-elle.
Entre restauration et recréation
Lorsqu’il s’agit de travailler avec une œuvre ancienne, une question revient systématiquement : jusqu’où peut-on restaurer et à partir de quel moment faut-il recréer ?
« Certains personnages ne tenaient plus debout. Nous avons dû les restructurer. Nous voulions respecter les matériaux et les techniques traditionnelles et avons utilisé de la cire d’abeille similaire à celle employée à l’époque. Il a juste fallu trouver le bon équilibre entre la cire et le durcisseur afin d’obtenir une structure suffisamment solide », indique la restauratrice.
Les santons, ainsi que la grande majorité de leurs accessoires, n’avaient pourtant jamais été retouchés depuis la fin du XIXᵉ siècle.
Selon Stéphanie Duboc, certains éléments étaient dans un état particulièrement dégradé : « Certains santons avaient les doigts cassés, des costumes déchirés et les chapeaux abîmés. Dans certains cas, il n’était tout simplement plus possible de restaurer les éléments d’origine. Nous avons donc dû les recréer, en nous inspirant de ce qui existait encore afin de réaliser des pièces les plus fidèles à l’original. »