Rétroréfléchissante, photoluminescente… Sophia Antipolis expérimente de nouvelles peintures innovantes sur ses routes
Une lueur verte blafarde illumine, à la nuit tombée, la forêt de Sophia Antipolis. Ce n’est ni un feu follet ni les lumières d’un quelconque ovni perdu, mais une insolite peinture dite « photoluminescente » appliquée sur deux kilomètres de piste cyclable entre Valbonne et Biot.
En phase d’expérimentation depuis trois ans, cette substance brevetée intéresse de près la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis (Casa).
« Beaucoup d’usagers hésitaient à rouler à vélo la nuit faute de visibilité. Le marquage au sol lève ce frein psychologique », observe Louis Despres, directeur voirie et grands projets.
À l’image de certains jouets pour enfants qui brillent dans l’obscurité, cette peinture capte la lumière du jour pour la restituer la nuit : « Même par temps couvert, la peinture se recharge, à la différence de panneaux solaires classiques. Et résiste très bien à l’usure. »
Un autopont plus blanc que blanc
Sébastien Botella / Nice-Matin
Sur le nouvel autopont inauguré en 2024 au nord d’Antibes, c’est une autre matière qui est utilisée pour sécuriser le trafic : la peinture rétroréfléchissante, elle aussi brevetée.
Lorsque les phares des véhicules éclairent la chaussée, une ligne blanche se détache sur le côté de la route, à environ 60 centimètres du sol. « Nous cherchions un dispositif assurant un guidage efficace et un haut niveau de sécurité en permanence, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse nuit », détaille le directeur.
Pourquoi la Casa a-t-elle cédé à la tentation de ces peintures, au demeurant très onéreuses : 6 euros le millilitre pour la phosphorescente, et 11 000 euros dépensés pour à peine 250 mètres sur l’autopont ?
Au-delà de la sécurité routière – rappelons qu’environ 45 % des accidents mortels ont lieu entre 22 et 5 h du matin –, ces « dispositifs préservent la trame noire déployée sur Sophia Antipolis en limitant la pollution lumineuse sur la faune et la flore », justifie Louis Despres.
Et de relativiser : « Cela représente une somme, mais c’est à comparer aux 80 000 à 100 000 euros qu’aurait coûté l’implantation d’un réseau classique de candélabres. »
Des technologies qui ont leur limite
Casa / DR
Va-t-on bientôt voir toutes nos routes s’illuminer ? Pas si vite. Ces technologies ne peuvent, en effet, être utilisées si plusieurs modes de transport cohabitent sur une seule voie.
« Dès lors qu’une piste cyclable longe une route à fort trafic, les phares des véhicules perturbent la vision et posent un problème de sentiment de sécurité ; dans ce cas précis, nous conservons un éclairage conventionnel », explique-t-on.
Bien qu’aucune nouvelle application ne soit prévue dans les six prochains mois, le secteur du pôle Alpha, à Sophia Antipolis, est actuellement étudié : les équipes arbitrent encore entre candélabres photovoltaïques ou peinture phosphorescente.
L’intérêt se porte aussi sur un autre usage : « Nous attendons avec intérêt l’adaptation des règles au niveau national pour pouvoir appliquer la peinture photoluminescente sur les passages piétonniers, en rase campagne. »