Le 20 mai 2022, une bagarre entre un groupe de Guinéens et des Afghans à Montpellier s’achève par un drame, l’un des blessés perdant l’usage d’un œil. Interpellé en 2025 en Allemagne, l’un des suspects est depuis en détention, alors qu’aucun acte récent d’instruction n’a été effectué depuis, affirme son défenseur.

"C’est un dossier plus qu’atypique et alarmant sur la situation de notre justice, un dossier oublié où Ibrahima est victime d’une justice sinistrée, et d’un juge d’instruction débordé." Avocat d’un Guinéen de 39 ans, écroué près de Montpellier pour "violence aggravée suivie d’une infirmité permanente" Me Gabriel Daumur s’insurge, ce mardi 11 août, devant la cour d’appel de Montpellier.

"Lorsque nous sommes devenus ses avocats et que nous l’avons rencontré, en février 2026, cela faisait un an qu’il était en détention, et qu’aucun acte d’instruction, aucun interrogatoire, aucune expertise n’avait été effectué" dénonce le jeune pénaliste.

Ibrahima avait en fait été interpellé en août 2025, soit six mois plus tôt, sur la base d’un mandat d’arrêt européen, et alors qu’il se trouvait sur le territoire de l’Allemagne, après avoir quitté la France, où il séjournait depuis plusieurs années, en situation irrégulière, sa demande d’asile au titre de réfugié ayant été rejetée en 2018.

Le 20 mai 2022, il est avec des amis eux aussi Guinéens, sur la place royale du Peyrou, en plein centre de Montpellier, près d’un autre groupe d’Afghans. À cause d’une bouteille de bière renversée et brisée, le ton monte, et la violence éclate : deux Afghans sont grièvement blessés, l’un de plusieurs coups de couteau dans le dos, l’autre par un impact qui le touche au visage.

Victime "d’une éviscération complète de l’œil, dont il a perdu l’usage", il est depuis mutilé et infirme, rappelle la présidente de la chambre de l’instruction, devant laquelle Ibrahima est venu demander sa remise en liberté.

Deux de ses amis sont arrêtés, et le mettent en cause comme l’auteur du coup le plus grave, ainsi que la victime, qui l’aurait reconnu par la suite sur photo. Lui conteste les faits depuis son arrestation, et le répète depuis le box, malgré son français très approximatif.

Pour l’occasion, une traductrice en langue peule intervient en visioconférence, afin qu’il puisse véritablement s’exprimer. "J’étais bien là mais je n’ai rien fait, je n’ai fait que séparer" ceux qui se battaient explique-t-il. "Mais l’interprète, là, c’est le peul du Sénégal, et moi je suis de Guinée Conakry".

"Il s’est vanté d’avoir amoché une personne ayant été éborgnée"

La présidente, interloquée : "Vous nous dites que ce n’est pas le même dialecte ?" La traductrice, didactique. "Ce n’est pas un dialecte, c’est une langue. La langue peule est parlée dans toute la corne de l’Afrique, il y a des variantes et des accents, comme pour le français entre la région de Marseille et la Bretagne. Il faut simplement prendre le temps de contextualiser."

L’avocat général rappelle qu’un "témoin anonyme, autorisé par le JLD, a lui aussi qu’il s’est vanté d’avoir amoché une personne ayant été éborgnée" et qu’il n’a aucune garantie de représentation, étant visé par une OQTF, après une condamnation pour vol et violences conjugales.

Me Daumur rappelle que l’instruction est au point mort depuis un an, et qu’on est déjà quatre ans après les faits. "En détention, il montre un comportement exemplaire, il a envie de s’expliquer et sa priorité est de régulariser son titre de séjour."

La cour rend sa décision sur-le-champ, rejette sa demande de remise en liberté, tout en envoyant un message clair sur cette enquête portant sur des violences graves, avec un suspect en détention depuis des mois : "Il est regrettable que le juge d’instruction ne vous ait pas entendu depuis 2025."