Le Rassemblement national aura-t-il ce dimanche suffisamment de sénateurs pour créer un groupe au sein de la chambre haute ? C’est le principal enjeu des élections sénatoriales de ce 27 septembre. Un peu plus de 93 000 grands électeurs, essentiellement des maires et des conseillers municipaux, forment le corps électoral de ce scrutin indirect, qui se déroule loin des feux médiatiques, et qui renouvelle le Sénat pour moitié.

Ces élections sénatoriales seront, sauf surprise, le dernier scrutin avant la présidentielle du printemps prochain. Elles sont surtout le premier rendez-vous électoral depuis les élections municipales de mars dernier, dont elles sont en partie la traduction. En effet, les grands électeurs élus à cette occasion vont nécessairement influer sur la composition du Sénat.

L’hémicycle du palais du Luxembourg : la moitié des sénateurs qui y siège sera renouvelée ce dimanche.  Photo SIPA /SIPA/ISA HARSIN
L’hémicycle du palais du Luxembourg : la moitié des sénateurs qui y siège sera renouvelée ce dimanche.  Photo SIPA /SIPA/ISA HARSIN

La droite « classique » affaiblie ?

La droite LR va conserver la majorité, mais cette dernière devrait s’effriter au bénéfice du Rassemblement national qui a étoffé son implantation locale. D’où l’enjeu principal de ce scrutin : la constitution probable d’un groupe RN au Sénat. Loin d’être anecdotique, cela donnerait une visibilité supplémentaire au parti d’extrême droite, avec du temps de parole dans l’hémicycle et la possibilité de créer des commissions d’enquête.

Jusqu’à présent les élections sénatoriales étaient le scrutin où le RN, comme La France insoumise, ne parvenait pas à s’imposer, faute d’un nombre d’élus suffisant dans les conseils municipaux et départementaux. Mais depuis les municipales de mars dernier, le parti de Jordan Bardella compte 3 000 élus locaux. La plupart d’entre eux, ainsi que les élus de l’UDR, le parti d’Eric Ciotti, ont un mandat dans des départements renouvelables, comme les Alpes-Maritimes, le Var ou le Vaucluse.

Le RN prudent mais confiant

Marine Le Pen elle-même a adressé un signe aux élus locaux en axant son discours de rentrée à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) sur le logement - une compétence exclusivement communale. Elle a promis de gommer tous les irritants dont se plaignent régulièrement les maires, notamment ceux des zones rurales : fin du zéro artificialisation nette, fin de l’obligation d’avoir 20 % de logements sociaux, etc.

Combien de nouveaux sénateurs seront élus dimanche soir sous l’étiquette RN ou UDR ? Même si le RN joue la prudence, tous les autres camps politiques sont convaincus qu’ils seront au moins dix, donc qu’ils formeront un groupe parlementaire. Ce sera une case de plus de cochée à quelques mois de la présidentielle, un adoubement de la part d’élus locaux. Politiquement, même si cela ne modifiera pas les équilibres politiques du palais du Luxembourg, qui restera largement à droite, avec sans doute peu ou pas de sénateur LFI. Mais ce ne serait pas sans conséquence à sept mois de la présidentielle. Cela dira forcément quelque chose du rapport de force politique dans une grande partie du pays.

Le scrutin et le Sénat en chiffres

  • 348

sénateurs composent au total le Sénat. Seule la moitié est renouvelable ce dimanche soir, soit 178.

  • 119

sénateurs sont élus ce dimanche à la proportionnelle (pour les départements où il y a au moins trois sénateurs), soit 67 %. Les autres, donc 59 élus, le sont au scrutin majoritaire à deux tours.

  • 58

départements concernés par ces élections sénatoriales, à savoir les numéros de 1 à 36 (de l’Ain à l’Indre) et de 67 à 90 (du Bas-Rhin au Territoire de Belfort), ainsi que 5 collectivités ultramarines et la moitié des sièges établis hors de France.

  • 93 469

grands électeurs appelés aux urnes ce dimanche. Ce sont à 95 % des maires et des conseillers municipaux. Voter aux sénatoriales est obligatoire.

  • 1 686

candidats à ces élections, dont une large majorité d'hommes. À noter que pour les scrutins majoritaires à deux tours le candidat et son suppléant doivent être du sexe opposé.

  • 24 ans

C’est l’âge minimum requis pour pouvoir devenir sénateur (contre 18 ans pour un député). L’âge moyen des candidats est d’environ 55 ans.

Le RN « bien accueilli » en campagne

« On espère avoir un groupe, c’est atteignable », confirme Ludovic Pajot, le maire de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) qui dirige la campagne sénatoriale. Certes, rien n’est écrit avant le vote, mais il assure que les candidats RN, qui vont à la rencontre des maires depuis de nombreuses semaines, sont bien accueillis. « On constate que les maires de la ruralité sont très attentifs à nos discours notamment sur l’avalanche des normes et les transferts obligatoires des compétences aux communautés de communes », détaille-t-il.

Autre signe encourageant pour le RN : les maires ont été beaucoup plus nombreux à répondre aux demandes de rendez-vous des candidats RN que lors de deux précédentes élections sénatoriales. « Nos adhérents ont été moteurs et nous avons un groupe puissant à l’Assemblée nationale qui a changé la donne », ajoute Ludovic Pajot. « Les maires nous disent à chaque rendez-vous qu’ils n’en peuvent plus. Si les grands électeurs votent comme les électeurs, on gagne », témoigne un élu RN en campagne dans un département de l’Ouest.