Si Hollywood avait dit oui, George Lucas n’aurait pas fait Star Wars
Pop Culture
Avant Star Wars, George Lucas voulait lancer sa version d’Apocalypse Now. Le refus répété des studios a fini par rediriger toute sa carrière.
En bref
- Lucas visait d’abord Apocalypse Now
- Les studios ont refusé pendant des années
- Star Wars est né de ce blocage
Un des grands hasards du cinéma tient en une porte fermée. Si les studios avaient accepté l’Apocalypse Now de George Lucas, il n’aurait sans doute pas enchaîné avec Star Wars, ce film pensé au départ comme une alternative plus lumineuse.
Un refus qui a tout déplacé
Avant de devenir l’homme de Star Wars, George Lucas sort de THX 1138 en 1971 avec l’idée de mettre en scène Apocalypse Now, l’adaptation inspirée de Heart of Darkness de Joseph Conrad. Sauf qu’à l’époque, personne à Hollywood n’en veut. Le projet s’enlise, jusqu’au moment où Francis Ford Coppola reprend la main et finit par le réaliser lui-même.
Ce détour dit pas mal de choses. On associe souvent la naissance de Star Wars à la seule passion de Lucas pour les grands récits d’aventure, ou même à son envie de faire Flash Gordon, dont Dino De Laurentiis ne lui a pas cédé les droits. Mais l’autre moteur, plus concret, c’est l’impasse.
L’Apocalypse Now de Lucas n’avait rien à voir
Quand Lucas revient sur cette période dans Rolling Stone en 1977, il explique avoir passé entre quatre ans et demi et cinq ans à essayer de monter son film. En vain.
Et sa version n’avait visiblement presque rien à voir avec celle de Coppola. Il la décrivait comme une histoire d’homme contre machine, avec une opposition entre la technologie et l’humanité, puis une victoire finale de l’humain. Pas exactement la même couleur. Pas le même vertige non plus.
Ce détail intrigue, parce qu’il éclaire la filmographie de Lucas. Son futur, dans THX 1138, est noir, mécanique, hostile. Son passé mythifié, dans Star Wars, est au contraire plus accueillant, presque rassurant.
Pourquoi Lucas a bifurqué vers un film pour enfants
Après American Graffiti, Lucas raconte avoir reçu beaucoup de courrier d’enfants. Il y voit un signal. S’il arrivait à toucher ce public-là, alors il tenait peut-être sa direction.
Bon, le contexte compte aussi. À force d’entendre non sur Apocalypse Now, il finit par lancer ce qu’il appelait un film pour enfants. Son idée était simple: le monde allait mal, le Vietnam avait laissé des traces, et le cinéma américain passait son temps à souligner la violence, l’échec, le désenchantement. Lui voulait quelque chose de plus positif.
Le vrai timing de Star Wars
C’est là que Star Wars tombe juste. La décennie 1970 est marquée par des œuvres sombres comme Taxi Driver, A Clockwork Orange, Cries et Whispers ou The Godfather. Puis arrive ce space opera optimiste, presque candide dans sa promesse: les gentils peuvent gagner.
Résultat ? Le succès de Star Wars ne tient pas seulement à ses vaisseaux ou à son souffle. Il tient au moment, et à ce que Lucas a décidé de proposer à contre-courant. Presque cinquante ans plus tard, la saga continue de vivre sur cette même note. Et on voit mieux, du coup, pourquoi un simple refus de studio a changé bien plus qu’un planning de production.
Morgan Fromentin
Spécialiste Pop Culture
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