Social. « Nous ne lâcherons rien » : entre lycéens et gouvernement, le bras de fer se poursuit
La stratégie de l’apaisement d’un côté, la volonté de propager la lutte de l’autre. Au lendemain d’une allocution du Premier ministre qui n’a pas vraiment convaincu dans les rangs des lycéens, le ministre de l’Éducation nationale a présenté ce jeudi au 20h de TF1 les premières « mesures concrètes » du gouvernement, annonçant notamment que 3 000 professeurs remplaçants seraient déployés « dans les heures et les jours qui viennent » dans les établissements où la situation est la plus critique. Est-ce que ce sera suffisant ? Plus tôt dans l’après-midi, les représentants des lycéens n’étaient pas sortis emballés de leur rencontre avec Édouard Geffray. « Le ministre nous a fait des annonces qui, sur un sujet seulement, la démocratie scolaire, sont satisfaisantes. Sur le reste, elles ne le sont absolument pas », a lancé le porte-parole de l’organisation Les Lycéens !, souhaitant « intensifier le mouvement pour garder le rapport de force auprès du gouvernement ».
Tout au long de la journée, ce jeudi, syndicats et étudiants ont en effet voulu capitaliser sur la colère exprimée dans les rues toute la semaine, et singulièrement mardi, pour étendre la mobilisation et la poursuivre la semaine prochaine avec un nouveau grand rendez-vous de manifestations le 13 octobre. « Il y a 2 000 lycées à l’arrêt aujourd’hui, c’est la preuve d’une massification de ce mouvement », a ainsi plastronné Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, sur les marches de l’opéra Bastille à Paris, où s’étaient donné rendez-vous les manifestants franciliens pour cet acte IV. « M. Lecornu nous a joué du pipeau et de la flûte hier, ajoute-t-il. Il n’a aucunement répondu aux revendications des lycéens. »
Partout en France, les blocages et les manifestations se sont encore multipliés ce jeudi, la plupart du temps dans le calme, avec un degré d’intensité inférieur aux jours derniers. En début de journée, le ministère de l’Éducation nationale recensait pour sa part 375 établissements scolaires dans lesquels les cours étaient suspendus « totalement ou partiellement » - contre 459 mercredi, et 891 mardi. « 94 % des établissements sont donc ouverts », se félicitait-il.
Environ 71 500 personnes ont manifesté dans toute la France ce jeudi, dont 24 500 dans la capitale selon le ministère de l’Intérieur, qui note « une augmentation des violences urbaines » et notamment « de nombreuses attaques contre les forces de l’ordre » - 504 interpellations ont été comptabilisées par les autorités et 48 policiers et gendarmes ont été blessés. Mais la nouveauté, c’est que le privé est entré dans la danse. Même les lycées parisiens les plus huppés - comme l’Institut catholique de Paris ou l’École alsacienne - ont rejoint le mouvement. « On a conscience d‘être privilégiés, et on revendique la même chose », témoigne auprès de l’AFP une élève de Notre-Dame-de-Sion, un lycée privé du très chic 6e arrondissement. « Notre chance ne doit pas être leur injustice », pouvait-on lire sur une pancarte brandie devant l’École alsacienne, située dans la même rue.
« Ce gouvernement a peur »
Étendre le mouvement, c’est bien ce que compte faire Solidaires mardi prochain, pour l’acte V, avec un appel à la grève et à manifester lancé aux agents du secteur privés, invités à rejoindre les cortèges pour y faire valoir des revendications « de pouvoir d’achat et de salaires ». Mais les organisations lycéennes, elles, restent soudées sur la question des moyens, en exigeant bien plus que les 1,2 milliard d’euros d’augmentation du budget de l’Éducation nationale annoncés par le Premier ministre. « Tant qu’il n’y aura pas 10 milliards sur la table, on n’arrêtera pas de se mobiliser », prévient Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, qui se félicite toutefois que « les travailleurs nous rejoignent ».
Les syndicats de professeurs seront aussi mobilisés, comme ils l’étaient déjà ce jeudi. « Nous serons en grève sur la base de nos revendications, mais qui sont en bonne partie celles des lycéens », constate Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat d’enseignants du second degré. « On ne va pas se contenter de miettes », assurait à la Bastille Ryad Rani. « Ce que nous demandons, c’est de la dignité et des conditions d’enseignement correctes. » Le jeune responsable syndical l’assure : « Nous ne lâcherons rien. » Il reste en outre persuadé d’une chose : « Ce gouvernement a peur. »