Le lundi 24 août, la journaliste de 49 ans fait ses débuts sur la chaîne d’infos en continu.

Sonia Mabrouk débute chz BFMTV le 24 août.

DIMITAR DILKOFF / AFP

Sonia Mabrouk débute chz BFMTV le 24 août.

EN BREF
Sonia Mabrouk rejoint BFMTV ce lundi après avoir quitté CNews, marquant un transfert significatif du mercato médiatique de cette année.
BFMTV espère capitaliser sur son recrutement pour améliorer ses audiences, notamment en vue de la présidentielle de 2027.
Le transfert de Mabrouk suscite des attentes et des réserves en interne, le syndicat des journalistes de BFMTV insistant sur l’importance de l’indépendance et de la neutralité éditoriale.

L’IA au HuffPost.

Du canal 14 de la TNT au canal 13, il n’y a pas qu’un petit pas. Six mois après son départ de CNews, la journaliste Sonia Mabrouk vient de le franchir, et présente ce lundi sa toute première émission sur BFMTV. Un transfert en apparence classique, mais qui n’a pourtant rien d’un banal mercato média.

Il y a tout d’abord le timing et les circonstances bien spécifiques du départ de Sonia Mabrouk de la chaîne de l’empire Bolloré : celles de « l’affaire Morandini ». Fin janvier, la direction de CNews annonçait le maintien de Jean-Marc Morandini à l’antenne et ce malgré la confirmation de sa condamnation par la justice pour corruption de mineurs. En plateau quelques jours plus tard, Sonia Mabrouk avait dit face caméra avoir « beaucoup de respect pour (s)a direction, pour (s)a hiérarchie, mais en aucun cas, ça ne vaut de cautionner cela, et en aucun cas c’est une complaisance morale », prenant de facto ses distances avec le groupe.

Elle avait, quelques jours plus tard, démissionné de CNews, puis d’Europe 1, mettant fin à plus d’une décennie de carrière au sein des médias du groupe Bolloré. Elle avait alors expliqué son choix notamment en raison d’« une altération certaine et effective de sa relation avec une partie de la direction ».

Cette décision de partir, Sonia Mabrouk est la seule des « stars » de CNews à l’avoir prise, et ce malgré les timides prises de parole de Pascal Praud et Laurence Ferrari. Et pour cause, d’après le principal intéressé Jean-Marc Morandini lui-même, Sonia Mabrouk préparait en réalité depuis un moment son départ de CNews. L’ancien animateur qui s’est retiré mi-février de l’antenne a ainsi affirmé sur son blog qu’il s’agissait d’un « prétexte » et que la journaliste attendait une opportunité, s’étant servi de « l’affaire Morandini » « pour se racheter une image et pouvoir arriver très vite à France Télévisions ou sur BFMTV avant l’élection présidentielle ». La journaliste s’en était défendue auprès du Parisien en juin réaffirmant « Je n’avais aucune raison de partir de ce groupe où j’étais bien. Mais l’affaire Morandini a provoqué une rupture… », tout en précisant qu’il ne s’agissait « pas d’un coup de tête ».

Le jackpot pour BFMTV

À la fin du mois de février, à l’issue d’un très court suspense au cours duquel l’option Francetv a rapidement été écartée par Delphine Ernotte elle-même, Sonia Mabrouk a révélé au Figaro qu’elle rejoignait les rangs de BFMTV à la rentrée 2026. Elle a expliqué souhaiter « s’inscrire dans le temps long, au sein d’une rédaction forte » et a réaffirmé son admiration pour des personnalités de la chaîne info de CMA Media pour lesquelles elle a « de l’estime et de l’amitié, comme Apolline de Malherbe ».

Jean-Philippe Baille, directeur général délégué à l’information de RMC-BFM, n’avait pas manqué d’éloges à son encontre dans Ouest-France, peu avant sa démission : « C’est une excellente journaliste, une grande intervieweuse, qui a aussi montré du courage. Nous avons été en contact l’an passé, les choses ne se sont pas faites », avait-il expliqué à nos confrères. La signature de son contrat avec BFMTV est donc la conclusion d’une longue sérénade, et forcément, la direction s’en est réjouie.

Au Figaro, Sonia Mabrouk détaille son nouveau format, qui abordera des thèmes variés comme « la nation, la souveraineté, l’identité ou le pouvoir d’achat. » « Je peux enfin faire ce que je veux, c’est-à-dire parler des grands courants de pensée, c’est formidable », déclare-t-elle en promettant que la direction lui « a donné carte blanche ».

De fait, Sonia Mabrouk est une recrue de poids pour la chaîne qui a vu ses audiences chuter pendant des mois au profit de celles de sa principale concurrente. En 2025, CNews avait ainsi été sacrée première chaîne d’info en continu de France. Depuis le départ de Sonia Mabrouk, sans qu’il faille cependant y voir un lien de cause à effet, les audiences de BFMTV sont remontées et à l’inverse, celles de CNews se sont effondrées au point que la chaîne est passée 3e derrière LCI cet été.

Sonia Mabrouk est par ailleurs une journaliste politique, et pour 2027, son recrutement annonce clairement la couleur : BFMTV va mettre les moyens. Après avoir fait remonter ses audiences grâce notamment à sa couverture de la campagne des municipales, la présidentielle représente une opportunité de taille.

Le pied de nez à CNews

Et BFMTV compte bien profiter de son recrutement en or, en capitalisant peut-être sur la récupération des téléspectateurs qui auraient déserté CNews en même temps que la journaliste, tout en faisant un joli pied de nez à la chaîne de l’empire média Bolloré. Premier indice : le nom de l’émission choisi pour la tranche quotidienne de deux heures allouée à Sonia Mabrouk. 100 % Mabrouk n’est en effet pas sans rappeler d’autres émissions diffusées elles sur CNews : 100 % Politique, 100 % Actu et 100 % Frontières.

La chaîne a par ailleurs dévoilé la bande-annonce de la future émission de Sonia Mabrouk. La journaliste y déclare que son plateau fera la part belle à la « pluralité des opinions », au « respect de l’avis de chacun » mais aussi « de la nuance, ce qui n’empêche pas les opinions tranchées ». Pas besoin de savoir lire entre les lignes pour comprendre qu’il s’agit d’une réponse aux accusations faites à CNews d’être « une chaîne d’opinion » et d’une promesse : Sonia Mabrouk ne fera pas sur BFMTV ce qu’elle faisait sur CNews et ce que font ses anciens collègues.

Mais au menu de son émission, rapporté par l’AFP, difficile de voir une rupture vraiment radicale. Nos confrères détaillent qu’elle sera entourée en plateaux de personnalités aux opinions variées comme « l’essayiste et chroniqueur au Figaro Samuel Fitoussi, la politologue passée par la Fondation Jean-Jaurès, classée à gauche, Chloé Morin. Également le franco-syrien Omar Youssef Souleimane, auteur honni chez La France Insoumise pour son livre accusant le parti de Jean-Luc Mélenchon d’accointances avec l’islamisme. Ou encore l’avocate et élue LFI Caroline Mécary, figure du combat pour les droits LGBT+. » Et qu’elle échangera chaque dimanche avec Robert Ménard, « un élu qui a su créer un lien avec les Français », pour Sonia Mabrouk.

Une manière de convaincre les téléspectateurs hésitants, mais aussi peut-être de rassurer celles et ceux qui auraient peur de voir « l’esprit CNews » infuser totalement sur BFMTV. À l’annonce de son embauche, le syndicat des journalistes de la chaîne avait publié un communiqué mettant en avant que « la ligne éditoriale de BFMTV n’a rien à voir avec celle de CNews qui est une chaîne d’opinion ». LE SDJ soulignait l’importance pour les journalistes de la chaîne de « l’indépendance, de la neutralité et du traitement non partisan de l’information ». Des principes déontologiques avec lesquels « le travail futur de Sonia Mabrouk devra s’inscrire ».

Après quelque six mois de pause au cours desquels Sonia Mabrouk a notamment donné naissance à son 2e enfant, un petit garçon prénommé Ismaël, elle fait donc son retour en plateau sur BFMTV, avec en face Yves Calvi et Darius Rochebin sur LCI et Pascal Praud sur CNews. Pour y faire quoi ? « Je ne compte pas importer une rédaction vers une autre, mais je viens comme je suis », annonce-t-elle à nos confrères de l’AFP. Pas du CNews donc, ni vraiment du BFMTV, mais du Mabrouk. Ça, c’est dit.