"Soudain" : Virginie Efira se bat pour plus d'humanité en fin de vie dans un film manifeste du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 08/08/2026 12:34
Temps de lecture : 3min
Ce beau film a valu à Virginie Efira et Tao Okamoto le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2026.
Après Asako I et II et Drive My Car, Prix du scenario en 2021 au Festival de Cannes, le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi, 47 ans, signe un nouveau long-métrage dans lequel il met en scène la rencontre entre deux femmes combattantes, une Française et une Japonaise. Adaptation d'un recueil de lettres échangées entre la philosophe Maoko Miyano, atteinte d’un cancer du sein en phase terminale, et l’anthropologue Maho Isono, Soudain sort dans les salles mercredi 12 août.
Directrice d'un Ephad, Marie-Lou, personnage interprété par une Virginie Efira qu'on croirait bilingue, se bat pour imposer dans son établissement une méthode baptisée "humanitude". Il s'agit de mettre en place des gestes respectueux de la dignité humaine des personnes âgées résidentes, physiquement diminuées et souvent atteintes de troubles neurologiques. Le toucher, la parole, le regard sont mis en œuvre pour effectuer les soins, les toilettes, dans une relation d'humain à humain, et non comme un simple geste technique.
Si une partie du personnel la soutient, comme son adjoint (Jean-Charles Clichet), les animateurs et quelques infirmières et aides-soignants comme Djibril (Gabriel Dahmani), d'autres sont plus difficiles à convaincre. Sophie (Marie Bunel), cette infirmière historique de la maison de retraite, sceptique, estime que cette méthode n'est pas réaliste au regard des moyens humains à disposition. Marie-Lou s'agace, s'impatiente, tente, en totale contradiction avec les principes qu'elle prône, de faire passer en force ses réformes. Sa rencontre avec Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène japonaise, elle aussi engagée dans un combat difficile, va changer sa posture et sa vision du monde.
Après Le mal n'existe pas (2024), une fable écologique à la mise en scène audacieuse construite autour de la musique, Ryusuke Hamaguchi revient à une forme plus classique pour défendre une autre cause dans l'air du temps : la prise en charge du vieillissement, phénomène prégnant depuis longtemps au Japon, aujourd'hui d'actualité dans l'ensemble des pays riches. Le cinéaste campe son histoire en France, à Paris, dans un établissement privé, avec jardin, qui appartient à un groupe financier. À travers l'histoire de Marie-Lou, de son combat pour faire appliquer cette méthode, réelle, utilisée aujourd'hui dans de nombreux établissements, il met en scène tous les enjeux humains, financiers, sociologiques, familiaux, de cette problématique majeure.
Comment trouver le chemin qui va permettre à l'impossible de devenir possible ? Cette question est longuement discutée dans une conversation entre Marie-Lou et Mari, dans le réfectoire de la maison de retraite, qui va durer une nuit entière. Cet échange, où il est question de travail, de démographie, de fatigue, de pillage des ressources, toutes ces notions menant à la conclusion d'un capitalisme mortifère, ouvre à Marie-Lou des portes qu'elle avait jusque-là laissées fermées. L'amitié entre les deux femmes est scellée.
Mari, en phase terminale d'un cancer, décide de s'installer à la maison de retraite pour y animer des ateliers avec les résidents. Avec un travail sur le corps et la respiration, sa présence, comme un fluide, dénoue les dernières réticences et permet, avec la persévérance adoucie de Marie-Lou, de trouver le chemin de l'impossible vers le possible.
Comme souvent dans le cinéma du réalisateur japonais, le théâtre joue un rôle. Ici, dans le spectacle mis en scène par Mari, le personnage seul en scène questionne la psychiatrie et interroge le public sur l'enfermement, normalité, le dedans et le dehors. Le petit-fils de l'acteur, un autiste lourd qui virevolte librement pendant tout le film, apparaît comme une réponse à toutes ces questions.
Ryusuke Hamaguchi signe un véritable manifeste politique qui prône un changement profond dans nos comportements pour espérer changer le monde. Ce film didactique, un peu bavard et démonstratif, offre par ailleurs de très belles séquences de poésie, de tendresse et de drôlerie. Par ces moments de grâce cinématographique, plus que dans les dialogues un peu scolaires et roboratifs, Soudain offre une réflexion métaphysique qui transmet un message profondément humaniste.
Titre original : "All of a Sudden"
Genre : Drame
Réalisation : Ryusuke Hamaguchi
Avec : Virginie Efira, Tao Okamoto, Gabriel Dahmani
Pays : France, Japon, Allemagne, Belgique
Durée : 3h15
Sortie : 12 août 2026
Distributeur : Diaphana Distribution
Synopsis : Directrice d'un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d'y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l'écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour "rendre possible l’impossible".
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