l'essentiel Au moment de débuter une campagne 2026-2027 de Champions Cup particulière, ce dimanche 18 octobre face à Exeter, au Stadium (16h15), Ugo Mola, le manager toulousain, évoque le niveau actuel de son équipe et l'état d'esprit dans lequel elle se présente après deux saisons marquées par des échecs.

Comment abordez-vous la Champions Cup, qui démarre plus tôt qu'à l'accoutumée ?

Le format est de nouveau un peu chamboulé avec un match un peu au milieu de notre marathon du Top 14. Ce match arrive un peu comme un cheveu sur la soupe puisqu'il y en a un, puis on repartira sur du Top 14, puis les internationaux vont nous quitter, puis reviendront pour un match de Coupe d'Europe avec un déplacement en Afrique du Sud, à Johannesburg. Donc malgré le fait qu'on peut considérer que le Stade Toulousain connaît un peu cette compétition, pour autant, chaque fois, on a l'impression que c'est un peu nouveau. Donc on va tenter de s'adapter aux contraintes qui sont les nôtres, liées à pas mal de choses, et puis essayer de faire bonne figure, évidemment, ce week-end au Stadium, devant un Stadium plein. J'espère qu'on sera à la hauteur des gens qui nous suivent.

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Quelle est la difficulté de passer de cette façon d'une compétition à une autre ?

Déjà, le temps souvent nous est accordé par le fait que ce soit souvent un duo de match, et donc des périodes très identifiées, plus faciles peut-être à planifier ou à manager. Il y a pas mal d'inconnues. Celle de cette équipe qui a été finaliste du championnat d'Angleterre l'an dernier, qui progresse, qui a changé de mode de fonctionnement, qui s'est reconstruite suite au changement de génération avec la perte de beaucoup de joueurs majeurs et qui est de nouveau performante. Je pense que c'est une vraie école de rugby particulier en Angleterre. Ce sont 40 minutes de moyenne de temps de jeu, autant vous dire qu'on en est loin, même si on s'en rapproche en Top 14 même si les moyennes sont élevées nous concernant. Mais les 40, c'est rare, donc on sait qu'il va y avoir beaucoup de choses à vite prendre en compte. Il y a un arbitrage qui est nouveau aussi pour nous. Hollie Davidson (l'arbitre, NDLR), c'est la première fois que nous l'aurons. C'est aussi un premier Stadium cette saison, donc il y a pas mal de petites nouveautés et il faudra nous adapter et, je l'espère, prendre rapidement le jeu à notre compte.

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Au-delà du calendrier, il y a aussi la méthode de bonus qui change cette saison, pour s'aligner sur ce qui se fait en Top 14. Que pensez-vous que cela peut changer ?

On le voit sur le Top 14, les matchs se décantent plus tardivement, quand peut-être sur la Champions Cup les années précédentes, une fois que l'équipe avait attrapé son bonus, offensif ou autre, elle avait plutôt tendance à gérer les matchs un peu différemment. Je pense que le cumul de cette compétition, qui est souvent un peu plus rythmée, avec un nombre de remplacements qui revient à celui qu'on a adopté maintenant en Top 14, plus le bonus, il y aura des fins de matchs qui risquent de basculer. Les 20 dernières minutes en tout cas vont être assez touchy (délicates, NDLR) à gérer, en espérant avoir la capacité de les gérer.

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Stratégiquement, dans une compétition où peu de pénalités étaient tentées, est-ce que cela peut amener à des évolutions ?

Stratégiquement, il faut gagner le match. Et donc, pour répondre à un bout de votre question, il faudra aussi peut-être prendre les points un peu plus régulièrement. En tout cas, nos quelques dernières sorties en Top 14 nous ont permis d'être plutôt performants sur les ballons portés - on fait partie de ceux qui en marquent pas mal - donc est-ce qu'on sera en mesure ? Est-ce que ça vaut le coup de se tester ? C'est toujours la balance entre bénéfice-risque, les trois points assurés ou en tout cas avec une forte probabilité, ou des sept hypothétiques, ou des cinq hypothétiques. Souvent j'ai fait mon choix, mais malheureusement, ou heureusement d'ailleurs, les joueurs décident. Et j'aime bien qu'ils décident, j'aime bien qu'ils soient autonomes, même si parfois, on a eu quelques débats sur le sujet.

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Faut-il donc mettre encore plus l'accent sur la défense et y aura-t-il des scores moins spectaculaires ?

On va le regarder, je vais être attentif dès ce soir (UBB-Gloucester, NDLR). Je pense que la défense dans tous les cas est un sujet, mais c'est vrai que l'obtention du bonus à quatre essais marqués permettait beaucoup plus d'orientation sur l'attaque, et peut-être un degré moins de concentration sur la défense, notamment quand celui-ci était acquis. Après, restait à savoir si l'équipe contre laquelle tu jouais avait besoin ou pas de ce bonus. Donc on est à la première journée, laissez-moi le temps un peu de l'appréhender comme vous. Et puis c'est vrai que les six journées de championnat ont été quand même déjà âpres. Âpres en termes d'effectifs, puisqu'on a laissé quand même beaucoup de joueurs... On bat des records chez nous de blessures. La santé des joueurs va devenir quand même un sujet majeur, je l'espère, dans les semaines et mois à venir et pas que des déclarations de certains. Vraiment, c'est un sujet majeur qu'il faudra mettre au centre du dispositif parce que sinon, on passera notre temps à constater que les joueurs ne sont plus là et, malheureusement, à ne pas s'occuper de leur fameuse santé.

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Vous êtes impactés par les blessures, en deuxième ligne notamment. Quelles sont les raisons qui vous poussent à utiliser Joel Merkler en N.5 ?

Déjà, il y a le problème de choix, de nombre. Je lis souvent certains médias qui louent le nombre incalculable de joueurs mais vous vous rendez compte qu'à trois blessures, on est malheureusement obligés de faire jouer d'autres joueurs à ce poste. Joel commencera donc au poste de 5. Il en a les qualités, si ce n'est évidemment l'effort que ça lui demande dans l'adaptation, notamment sur la conquête en touche, la conquête en mêlée et le déplacement que cela nécessite. Je n'ai aucune inquiétude sur le fait que Joel donne le maximum de ce qu'il peut faire, mais il faudra compenser aussi par ailleurs. Et il nous rappellera les heures peut-être glorieuses des Hugues Miorin et autres qui avaient ce profil un peu deuxième ligne de devoir et qui aujourd'hui nous rend bien service. Parce que sincèrement, si on n'avait pas un garçon comme Joel, on serait vraiment en situation délicate.

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Sa présence en deuxième ligne fait qu'il y aura quatre joueurs de première ligne sur le terrain. Est-ce un atout dans le domaine des ballons portés ?

Oui. En tout cas, ils ont une appétence sur ces phases de conquête. Évidemment, tout ce qui va être proche du sol devrait être plutôt pas trop mal négocié. Mais après, malheureusement, le rugby n'est pas que proche du sol, donc il faudra quand même, malgré tout, être en mesure de les rendre un peu aériens. Mais je ne suis pas sûr que Joel soit lifté et porté dimanche après-midi (sourire).

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Emmanuel Meafou ne l'est pas non plus...

Non, mais il fait 2,05 m, ça permet de lever les autres un peu plus haut.

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Comment voyez-vous le début de saison d'Antoine Dupont qui a réalisé une préparation normale par rapport aux précédentes saisons ?

Quand Antoine est sur le terrain et dans des dispositions physiques acceptables, ça reste Antoine Dupont. C'est un joueur majeur de notre effectif, mais c'est aussi un joueur capable de faire des différences et de mener son équipe, puisqu'il sera capitaine dimanche. Antoine ne déroge pas à la règle de se préparer, se reposer, s'entraîner et performer. Comme je venais juste avant ça de vous parler de la santé des joueurs, il en est peut-être l'archétype dans le sens où quand on lui donne le temps de se préparer, quand on lui donne le temps de récupérer, quand on lui donne le temps de s'entraîner, on a un joueur qui est peut-être un peu plus en phase avec ses qualités et son talent.

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Vous n'avez plus gagné la Champions Cup depuis 2024. Qu'attendez-vous de cette édition ?

On sait que les huit derniers champions ont fini le premier ou deuxième de leur poule. La compétition est une compétition dans laquelle on veut toujours exister, et que chaque fois qu'il y a une compétition, le Stade Toulousain veut jouer les premiers rôles. Parfois ça nous arrive, parfois ça nous échappe, ça nous a échappé depuis deux ans, mais encore une fois, face à un adversaire qui était bien meilleur que nous à chaque fois (l'UBB, NDLR).

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Cela fait six ans que les clubs français remportent le titre. La Champions Cup- leur est-elle encore promise ?

Non. Je pense que La Rochelle avait une forme de domination en son temps. Nous, on a tenu par intermittence avec deux manières différentes de la gagner. Et Bordeaux mérite les deux derniers titres de manière assez aisée, sans contestation possible. Est-ce que d'autres équipes peuvent apparaître, comme Montpellier qui réalise une fin de saison plutôt honorable ? Est-ce que Bordeaux, La Rochelle seront performants ? Tout ça, ce sont des choses qui vont se dessiner sur les deux-trois premières journées. Mais on sait toujours, encore une fois, que si tu ne réalises pas un parcours quasi sans faute, tu es rarement en mesure de finir gagnant. Ou en tout cas, avec l'énergie nécessaire. La différence majeure, c'est que c'est un sprint mais un sprint qui prend en considération toutes les intermittences que sont notre championnat qui est un marathon. Donc en gros, tu sors du marathon, il faut sprinter, tu reviens au marathon, il faut sprinter. Et c'est un peu antinomique en termes physiologiques. Mais il n'empêche qu'il y a des équipes qui arrivent à gérer ça, comme Bordeaux l'a très bien fait ces deux dernières années, et qui a réussi à être champion de l'Europe.

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Êtes-vous là où vous le souhaitez sur le rugby et l'état de forme physique ?

En championnat, on va dire qu'on fait six journées en phase avec nos ambitions. On gagne deux fois dehors et il y a trois bonus offensifs à la maison. Le match de La Rochelle nous échappe de peu dans les derniers instants donc on va considérer que le début est plutôt réussi. Mais comme souvent, la victoire est un peu plus mensongère que les défaites. Il ne faut pas non plus leurrer que notre championnat est long et parfois difficile à appréhender. Je suis évidemment satisfait des résultats que l'on a pu obtenir, mais les blessures nous interrogent beaucoup. On a évidemment analysé les causes en interne pour essayer de comprendre s'il y avait des choses à rectifier, et il y en a toujours. Sauf que le spectre des blessures et les différentes blessures nous posent quand même problème et souci. Donc, une fois qu'on a dit ça, ça c'est un sujet, mais pour autant, le sujet majeur de commencer une compétition, c'est d'être à la hauteur de cette compétition et de l'équipe que l'on va recevoir. Et le dernier finaliste en date du championnat anglais reste redoutable. Est-ce qu'on aura le niveau pour tenir les 40 minutes de temps de jeu ou est-ce qu'on s'est préparés à ça ? Je n'en suis pas totalement sûr mais dans les contraintes, on y trouve toujours des choses intéressantes aussi à voir. Nos contraintes de blessures font émerger de nouveaux joueurs, de nouvelles têtes, des garçons qui auraient peut-être un temps de jeu un peu plus faible au même moment de la saison. Mais ça permet aussi d'étalonner certains, d'éprouver d'autres. Mais le niveau de rugby a été assez remarquable sur le match de Bordeaux et de Montpellier dans les moments un peu clés, même à Castres sur l'état d'esprit. Ce week-end contre Bayonne, honnêtement, le niveau défensif n'était pas au rendez-vous, mais malgré tout, on met 45 points face à une équipe qui était venue avec un effectif quasi à plein. Donc on va dire qu'on est satisfaits, mais on n'est pas dupes non plus sur notre qualité de jeu du moment.

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Si l'on revient sur les blessures des joueurs, ce jeu de massacre, si l'on peut l'appeler ainsi, a l'air de sacrément vous marquer et vous peiner...

Il me peine parce que ce sont trois joueurs opérés au poste si je ne prends que l'exemple des deuxième ligne. Mais on perd en moyenne deux-trois joueurs par match. Alors quand je dis "on", je regarde un peu, j'ai cru voir qu'un des médias annonçait plus de 100 blessures majeures. Il y a un cas réel de niveau de blessures, mais qui est totalement lié à la configuration de notre rugby. Je ne suis pas là pour le changer ou le dénoncer, vous le connaissez tous. Même ceux qui ont eu six semaines de préparation, c'est juste le minimum pour arriver à peu près prêt aux joutes du Top 14. Je pense qu'on a été un peu précurseurs en termes de gestion pour essayer de ne pas exposer trop nos joueurs, mais quand tu perds Meafou, Flament et Vergé, malheureusement, Josh Brennan va enchaîner au détriment peut-être de ses performances individuelles et peut-être même la possibilité de jouer ailleurs (avec les Bleus, NDLR). Donc c'est ça qui est gênant, peinant et on essaie de trouver des solutions. On n'est pas là pour se victimiser ou encore moins pleurer comme certains vont de suite nous dire, mais c'est la réalité du Top 14. Il y a une casse incroyable et je pense que tant qu'on ne remettra pas vite la santé des joueurs au centre de la table... Mais elle doit préoccuper les joueurs en un, les environnements en deux et les institutions surtout très rapidement.