«Sur le fil»: l’itinérance, au-delà des campements et des…
Un père borde ses deux enfants non pas dans leur lit, mais dans sa voiture. Alors qu’ils se plaignent d’avoir froid, il tente de les égayer en leur disant qu’ils font du camping. « Pourquoi on n’a plus de maison ? » demande alors l’un d’eux. C’est sur cette scène crève-cœur que s’ouvre le premier épisode de Sur le fil, qui a fait l’objet d’un visionnement de presse mardi.
L’essentiel de la série de fiction se déroule au Centre Lavoie, un centre d’hébergement temporaire pour personnes en situation d’itinérance qui célèbre ses 25 ans. On y suit une équipe d’intervenants dirigés par Nathalie, interprétée avec justesse par Céline Bonnier. Ce personnage correspond à ce qu’on peut s’imaginer d’une directrice d’organisme communautaire. Elle travaille trop, au péril de sa vie personnelle et de l’état de sa voiture, qu’elle n’a pas le temps de faire réparer. Elle est altruiste, mais elle a ses zones d’ombre, au point de se faire accuser d’avoir le syndrome du sauveur. Sa volonté d’aider tire son origine dans son histoire familiale, qui reviendra la hanter.
L’autrice, Pascale Renaud-Hébert, connaît bien ce milieu. Elle s’est inspirée des ressources d’hébergement ACJ+, fondées par sa mère il y a près de 40 ans à Saint-Eustache. « J’ai tellement côtoyé les organismes de ma mère en grandissant », souligne-t-elle, précisant que sa mère et la travailleuse de rue Annie Archambault ont été consultantes pour l’émission.
La série présente plusieurs visages de l’itinérance, avec des personnages aussi variés que colorés. Malgré la gravité du sujet, l’humour est au rendez-vous. Sam-Éloi Girard et Ariel Charest, notamment, sont drôles et attachants dans leurs rôles de jeunes impulsifs qui tentent de reprendre le contrôle sur leur vie. Grâce à des confidences et des retours en arrière, les téléspectateurs découvrent peu à peu comment les usagers du centre se sont retrouvés sans logis.
Un humain derrière une situation
La scénariste a voulu contribuer à déstigmatiser les personnes qui se retrouvent à la rue, en les montrant dans toute leur humanité et leur complexité. « Ce sont toutes des histoires qu’on m’a racontées, que j’ai évidemment retravaillées pour que personne ne puisse se reconnaître ou être identifié. Il n’y a rien qui est purement sorti de ma tête. J’ai rencontré un homme qui était p.-d.g. d’une entreprise, qui s’est retrouvé à vivre dans son auto pendant des mois, puis éventuellement dans la rue », raconte Mme Renaud-Hébert, qui a elle-même songé à travailler dans ce milieu et à prendre la relève de sa mère.
D’ailleurs, lors d’une scène avec Anne-Marie Cadieux, qui interprète une femme sous le choc d’avoir rapidement tout perdu, Céline Bonnier explique le bien-fondé d’utiliser le terme « personne en situation d’itinérance » plutôt qu’« itinérant ».
La série démystifie et valorise aussi le travail communautaire, que l’autrice juge méconnu. « Ce sont vraiment des conditions difficiles, des petits salaires, des heures infinies », indique-t-elle.
Le cœur de la série, c’est aussi le cœur de l’intervention en itinérance, estime Mme Renaud-Hébert. « Leur job, c’est de créer un lien de confiance », explique-t-elle.
La nature d’un centre d’hébergement temporaire, avec des usagers aux profils divers qui vont et viennent, offre une possibilité de renouvellement presque infinie. « Ça pourrait durer dix ans », lance Mme Renaud-Hébert. On sent que la scénariste ne manquerait pas d’inspiration pour d’autres saisons.