Tadej Pogacar est-il capable de participer aux Mondiaux ? Un médecin du sport répond
Le bilan est lourd et les perspectives floues. Victime d'une fracture de la clavicule, d'une fracture non déplacée de la septième vertèbre cervicale et d'une commotion cérébrale, Tadej Pogacar peut-il encore défendre son titre mondial le 27 septembre ? Pour le médecin du sport Justin Moniquet, frère de Sylvain, actuellement engagé sur la Vuelta, cette perspective paraît très peu réaliste. Il décrypte ses trois blessures.
1. La clavicule : "L'épaule peut être vite remobilisée"
Prise isolément, la fracture de la clavicule ne serait pas nécessairement rédhibitoire. L'opération doit permettre de la stabiliser à l'aide d'une plaque. "Grâce à celle-ci, la réduction est réalisée et l'épaule peut être remobilisée très rapidement", explique Justin Moniquet.
Le Slovène pourra donc retrouver assez vite le home-trainer, parfois deux ou trois jours seulement après l'intervention. Mais cela ne signifie évidemment pas que l'os sera déjà consolidé. "Il faut laisser le temps à la fracture de se souder. Le grand risque serait surtout de retomber."
Une étude consultée par le médecin situe autour de 56 jours le délai moyen d'un retour complet après une fracture isolée de la clavicule. Mais celui-ci grimpe lorsqu'une autre lésion y est associée. "Avec une deuxième fracture, quelle qu'elle soit, on arrive plutôt autour de 75 jours." La clavicule n'est donc pas la blessure la plus préoccupante, mais son association avec les autres traumatismes alourdit le tableau.

2. La fracture cervicale : "Tout dépend de la gravité"
La fracture de la septième vertèbre cervicale constitue une difficulté supplémentaire. L'absence de déplacement représente une première nouvelle rassurante : aucune compression de la moelle épinière ni lésion neurologique n'a été signalée.
Toutes les fractures vertébrales ne se ressemblent toutefois pas. Leur gravité et leur délai de consolidation dépendent de la partie de la vertèbre touchée. Et la période de rééducation peut s'étendre en 2 et 12 semaines. "C'est ce qui peut compromettre son retour à court terme", prévient le médecin.
3. La commotion : "Pas à 100% avant dix jours"
Cela peut paraître surprenant. Mais c'est la commotion cérébrale qui inquiète le plus Justin Moniquet. Pogacar semblait très sonné après sa chute et aurait même subi une brève perte de connaissance. "La commotion me fait davantage peur que la clavicule. Elle est souvent sous-estimée parce qu'elle ne se voit pas."
Une reprise trop rapide peut provoquer des conséquences durables : maux de tête, vertiges, troubles de la mémoire ou de la concentration. Le protocole prévoit donc un repos initial, puis un retour extrêmement progressif. Après environ une semaine, un premier test peut être effectué sur home-trainer durant trente minutes, à 50 % de la fréquence cardiaque maximale. Si aucun symptôme n'apparaît dans les 24 heures, l'intensité peut ensuite être augmentée par paliers.
"Il ne faut pas attendre un retour à 100 % avant au moins une dizaine de jours. Tout dépend ensuite de l'évolution de chacun." La fatigue accumulée durant le Tour et la Vuelta devra également être prise en compte.
Pour Justin Moniquet, tenter de revenir pour le Mondial, puis pour l'Euro du 6 octobre ou le Tour de Lombardie, ne vaudrait pas les risques encourus. "Le rôle de l'encadrement médical est justement de le freiner. On peut avoir rapidement l'impression que tout va bien, alors que le corps a besoin de davantage de temps. Le jeu n'en veut peut-être pas la chandelle, selon moi." L'hypothèse la plus vraisemblable reste donc l'annonce prochaine d'une fin de saison prématurée. Mais le Slovène a déjà prouvé qu'il n'était pas fait du même bois que les autres.
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