Le silence n’est brisé que par le cliquetis de la montagne russe toute proche, et par les cris qui succèdent à la chute du train dans le vide. L’imposant Monster, attraction phare du parc Walygator, n’est qu’à quelques encablures. « La localisation du port ne doit rien au hasard. Ici, vous êtes à 10 minutes à vélo d’Amnéville, à cinq minutes de Marques Avenue, à cinq minutes de la gare, à deux minutes du supermarché… »

Patrick Abate, le maire de Talange, vante les atouts de son « bébé ». L’élu fait partie de ceux qui, très tôt, ont défendu l’idée d’un port sur la friche industrielle. « En 1989, j’ai été élu avec ce projet de développement urbain », rappelle-t-il. Et sur l’impérieuse nécessité de rabibocher deux parties de la ville déchirées par le canal. « Avant, personne ne venait là, sauf pour se pendre ou pour jeter son véhicule à l’eau et faire marcher l’assurance… »

« Un montant d’investissement très correct »

Trente-sept ans plus tard, les bateaux ont remplacé la ferraille. Le port est sorti d’eau il y a trois ans. La communauté de communes Rives de Moselle a investi plus de 2 millions d’euros pour la halte fluviale d’une dizaine de places. La Ville de Talange, moitié moins pour la cinquantaine d’anneaux côté sud (plus quelques aménagements le long du canal). « Le tout, subventionné à 40 %. Honnêtement, quand on compare à d’autres investissements communautaires – déchetteries, piscines – je trouve ça très correct, et les frais de fonctionnement sont minimes », justifie le maire de Talange.

L’activité poussive du port donne néanmoins du crédit aux élus qui, de 2013 à 2020, accueillaient ce projet avec scepticisme. Pour son troisième été, le port est toujours plongé dans une torpeur qui tranche avec la fréquentation de ceux de Scy-Chazelles, Metz, Longeville-lès-Metz ou Basse-Ham. Les résidents permanents sont pour la plupart des locaux. Quant aux plaisanciers de passage, ils se comptent sur les doigts d’une main.

390 logements à venir

Patrick Abate voit le verre à moitié plein. Dans un contexte difficile, le taux d’occupation du port (40 % en moyenne selon nos informations) est « encourageant » et sa dynamique positive. L’équipement est « un investissement à long terme » qui doit trouver sa place dans un tissu urbain en devenir, rappelle-t-il. Comme prévu dans les plans initiaux , un parc immobilier d’environ 390 logements, dont 35 maisons, doit sortir de terre derrière le port. Le promoteur a été choisi et la phase de commercialisation a commencé. Les premiers travaux sont espérés pour le printemps 2027. « Ce qui compte pour nous, c’est le premier immeuble et son parvis éclairé qui viendront couronner la halte fluviale », indique le maire.

Cela n’empêche : trois ans après son lancement, le port reste isolé au milieu de la friche, et la rue qui y donne accès n’a pas été baptisée. Le bureau de la capitainerie se trouve encore dans un préfabriqué, censé être temporaire. Et les quais au nord n’ont pas vu le jour.

40 % d’occupation

Autre problème, peut-être plus grave : les conditions climatiques et la sécheresse qui abaissent les niveaux d’eau. Début août, VNF a suspendu la navigation entre Pompey/Frouard et Neuves-Maisons. Au nord, le Rhin accuse une faiblesse de débit rarement observée à cette période de l’année. « On ne voit personne sur le canal. On ne navigue pas », confirme Robert, un plaisancier. Un phénomène amené à se reproduire ces prochaines années, dans le contexte de changement climatique.

De quoi faire regretter au maire de Talange les retards accusés dans ce projet, en partie imputables aux oppositions politiques, notamment de l’ancien président de Rives de Moselle, Jean-Claude Mahler, et d’autres élus d’Hagondange, d’Ennery et d’Antilly. « On avait pourtant les feux verts de VNF et 40 % de subventions dès le départ. Mais on ne refera pas l’histoire. Cela étant, notre rôle en tant qu’élus est de tout faire pour que nos cours d’eau retrouvent leur débit. C’est une nécessité sanitaire, environnementale, économique, touristique… », pousse le maire de Talange.

Contacté, Julien Freyburger, président de Rives de Moselle, n’a pas pu être joint.