Colère de Ramos, réponse de Raynal, taux de réussite en baisse : la règle des 45 secondes anime le début de saison
La colère de Thomas Ramos, mécontent de la nouvelle règle n’autorisant que quarante-cinq secondes aux buteurs pour taper une transformation, a fait couler beaucoup d’encre en ce début de semaine. Depuis le début de saison, le taux de réussite global des buteurs a baissé...
Trois échecs en prime-time face à l’UBB, dans la continuité d’une pénalité de la gagne manquée à La Rochelle, auront suffi à déclencher la polémique. Parce que celui qui l’a lancée n’est autre que Thomas Ramos, meilleur réalisateur de l’histoire du XV de France et des finales du Top 14, celui-ci ne goûtant manifestement que peu à la règle expérimentale des 45 secondes offertes pour transformer un essai (contre 90 voilà deux ans et 60 la saison dernière). "Une minute sur les transformations, c’était très bien, regrettait à chaud le bien surnommé "Ralos" au micro du diffuseur. Pour moi qui joue à l’arrière, si l’essai est marqué à l’opposé, ça ne me laisse pas beaucoup de temps pour taper… Ce serait bien que sur des décisions comme ça, on puisse échanger avec les acteurs. On n’est pas trop consultés et c’est dommage, car je pense que la majorité des buteurs auraient plutôt voté pour une minute et que ça reste comme ça."
Des propos qui ont connu une résonance immédiate, incitant notamment le manager des arbitres de Top 14 et Pro D2 Mathieu Raynal à livrer sa version de l’histoire, après avoir lui-même pris l’initiative d’appeler dès lundi le buteur toulousain. "Nous avons échangé dans la semaine avec Thomas Ramos, parce qu’il n’avait pas le degré d’information nécessaire sur comment les choses se passent, nous expliquait l’ancien arbitre international. Ces décisions-là ne sont pas unilatérales : elles sont prises à l’unanimité lors du "Shape of the Game" français, avec l’ensemble des trente staffs des clubs professionnels, le syndicat des joueurs, le syndicat des entraîneurs, les staffs des équipes de France, la Direction Technique Nationale… Toutes les parties prenantes du rugby sont autour de la table quand on prend une décision comme celle-là, et c’est ce que j’ai dit à Thomas. S’il estime que les joueurs ne sont pas assez mis au courant, on va essayer de faire mieux, je vais d’ailleurs en discuter avec Malik Hamadache (président de Provale, NDLR) et Ugo Mola. Et si les joueurs veulent être présents, ou être mieux représentés par un représentant des joueurs, il n’y a aucun souci. La porte est ouverte."
Voilà pour la forme, donc. Mais en ce qui concerne le fond, à savoir cette problématique des 45 secondes, que d’aucuns estiment problématique car selon l’endroit où l’essai serait marqué (à savoir du côté du banc de touche ou à l’opposé du terrain) la transformation serait d’autant plus dure à réussir que le tee tarderait à arriver ? Figurez-vous que les législateurs ont apporté des solutions…
Des possibilités offertes d’utiliser un deuxième tee et un autre ballon
Comment ? Eh bien, par le biais de subterfuges que tous les clubs n’ont manifestement pas encore intégrés dans leurs habitudes… "Pour faciliter les choses, on a exceptionnellement donné le droit aux joueurs et aux staffs de mettre quelqu’un qui porterait un tee, de l’autre côté du terrain, divulguait Raynal. Donc, potentiellement, chaque équipe peut avoir un tee de chaque côté du terrain. On a aussi autorisé - ce qui normalement n’est pas permis dans la règle - à amener rapidement un ballon de match, afin de ne pas perdre de temps en tapant avec le ballon avec lequel tu as marqué. Parce qu’il y a parfois des célébrations, des ballons qui sont jetés dans le public… L’idée, c’est juste de gagner le plus de temps possible. Sur un match à 10 essais, on peut potentiellement gagner 2’ 30" de temps de jeu. Et c’était la volonté de tout le monde."
Reste qu’au-delà des échecs de Ramos, ces quinze secondes en moins pour effectuer l’exercice semblent avoir une incidence négative sur les buteurs, et cela se vérifie statistiquement. Après deux journées, nos bases de données (Sora et AIA Sports) sont formelles : les buteurs du Top 14 affichent un taux de réussite inférieur à celui des deux saisons précédentes. Celui-ci tournait autour de 78,1 % en 2024-2025 et de 81,2 % en 2025-2026, avant de chuter à 76,4 % sur ce début de saison 2026. Une baisse qu’il conviendra évidemment de surveiller au fil des journées, mais qui, pour l’heure, ne remet pas en cause l’expérimentation, appelée à se poursuivre jusqu’à son terme. "On n’est pas du tout fermés à dire : "ça a plus d’effets néfastes sur le jeu que d’effets bénéfiques, donc on va revenir à 60 secondes", affirmait Raynal. Rien n’est figé. Mais pour que les conclusions soient tirées correctement, il faut aller au bout. On a commencé la saison comme ça, on va la terminer comme ça." Aux buteurs, donc, d’adapter leur routine. Sous peine de laisser le tee à d’autres…