"Ça nous a resserrés dans l’état d’esprit" : ces dix minutes qui ont tout changé pour Toulon
Dans un début de match chaotique, les Toulonnais, indisciplinés et imprécis, ont formé un groupe uni et solidaire au terme d’une interminable séquence défensive. Cette parenthèse pure de dévouement doit faire socle pour l’avenir.
"Je pense que l’on gagne le match grâce à nos dix premières minutes." Malgré les mots de Franck Azéma, ne vous y méprenez pas, Toulon a été très loin de l’entame idéale. C’est même tout l’inverse. "Elle est ratée", tranche Fickou. Albornoz, malheureux, a tapé le coup d’envoi directement en dehors des limites. À la vue de la mine déconfite de l’ouvreur, on a compris que ce n’était pas une stratégie née de la vieille époque pour se donner un rendez-vous en mêlée.
Derrière cette erreur, le malicieux Spring, en première main, a trouvé un superbe 50-22 et les vieux démons étaient devant Toulon : "Là, s’est remémoré Ollivon, on a été très vite dans le vif du sujet. Ça a été un bon test." Les Varois n’ont pas respecté la règle avec cinq pénalités concédées en moins de dix minutes, mais ils ont montré un tempérament insoupçonné. Il était diamétralement opposé à celui affiché à Montpellier, il y a six jours (28-0). Même sans Sinckler, averti pour une répétition de fautes, même face à la puissance de Taofifenua, retourné dans l’en-but par le sécateur Kpoku, le navire n’a pas coulé en rade.
Au total, six minutes et trente secondes d’une bagarre de rue entre costauds, à défendre des mauls et des charges inouïs : "Et, au final, on n’a pas pris de point, s’est satisfait le troisième ligne aile. Ça nous a resserrés dans l’état d’esprit et au niveau de l’équipe. Ça a été un moment très important. Puis, au moins, on n’a pas gambergé, ni réfléchi. On s’est juste jetés dans la bataille." Dans une semaine "pas facile", l’ex-Racingman Fickou, qui s’est beaucoup employé sur la stratégie défensive, s’est satisfait d’avoir retrouvé la notion de don de soi qui fait le sel des bonnes et grandes équipes : "J’ai senti qu’on était directement dedans. On a eu un énorme état d’esprit. Je voulais qu’on arrête d’attendre. Je voulais surtout qu’on les agresse, sinon je savais qu’on allait se faire renverser. On s’est tous sacrifiés, malgré la différence de gabarit que l’on avait avec les mecs d’en face. La beauté du rugby, c’est que ce n’est pas toujours les plus costauds qui gagnent."
Azéma : "Des attitudes que l’on retrouve lors d’un test-match"
Cette résilience et cette solidarité ont donné le ton pour le reste de la partie. "Il y a toujours cette crainte et cette peur (en Top 14), a conclu Azéma. Il y avait de la tension mais c’était de la bonne tension. Sur le terrain, j’ai vu des attitudes que l’on retrouve en test-match. Maintenant, il ne faut pas s’enflammer et c’est à remettre en question. Mais c’était important d’être capable de le réaliser et de ne pas rester uniquement sur des mots. C’est plaisant pour les joueurs quand tu bastonnes comme ça. C’est ce qui nourrit ton ambition et le plaisir que tu peux prendre en équipe. (…) C’est ce qu’on attendait tous. Mais il fallait le faire." Et tant pis pour les supporters cardiaques du RCT.