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Publié le 08/07/2026 12:12

Mis à jour le 14/07/2026 17:11

Temps de lecture : 8min

Un pompier arrose des volutes de fumée pour empêcher toute reprise de feu alors qu'un incendie fait rage dans les Pyrénées-Orientales, le 7 juillet 2026. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
Un pompier arrose des volutes de fumée pour empêcher toute reprise de feu alors qu'un incendie fait rage dans les Pyrénées-Orientales, le 7 juillet 2026. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

La troisième canicule de la saison s'étend dans l'hexagone, mercredi, et les risques de feux de forêt sont "très sévères" préviennent les autorités, qui usent d'un vocabulaire spécifique pour parler des incendies.

La saison des feux de forêt et le jargon qui les accompagne sont de retour. Des dizaines d'incendies se sont déclarés depuis plusieurs jours à travers la France, brûlant des milliers d'hectares. Lors des déclarations officielles, de nombreux termes spécifiques sont employés, sans que l'on sache précisément leur signification.

Franceinfo s'est entretenu avec Francis Cros, vice-président de la Fédération nationale des communes forestières, membre du conseil d'administration de l'ONF, l'Office national des forêts, et ancien pompier volontaire, afin de répondre aux questions qu'il est légitime de se poser sur la lutte contre les incendies.

1 Qu'est-ce que le triangle du feu ?

Pour qu'un feu se déclenche et se propage, il y a la combinaison de trois éléments, "le triangle du feu", décrit Francis Cros : "Du combustible - les végétaux, arbres et broussailles -, un comburant - l'oxygène -, et une source de chaleur - un mégot, une allumette, un camping-car qui s'enflamme..." Pour éteindre un incendie, il faut enlever un de ses trois maillons. "Comme il y aura toujours de l'oxygène dans l'air, souligne Francis Cros, les pompiers peuvent donc jouer sur les deux autres leviers, la mise à feu, d'origine humaine dans 90% des cas, ou la masse combustible."

Le vice-président de la Fédération nationale des communes forestières souligne l'importance de mettre en place "les obligations légales de débroussaillement" autour des habitations, c'est-à-dire "de diminuer au maximum la masse combustible afin d'intervenir le plus rapidement possible". "Avec des moyens relativement dérisoires, on peut arrêter un incendie au départ parce qu'il y a moins de masse combustible à brûler."

L'ancien pompier volontaire alerte sur les conditions actuelles dans le sud de la France qui peuvent rendre difficile l'action des soldats du feu : "Lorsque les végétaux sont extrêmement secs et lorsque le vent est violent, une énergie est développée par l'incendie qui crée sa propre météo au-dessus de lui, un phénomène de 'pyrocumulus', et là, le feu peut être très difficile à arrêter."

2 Qui sont le directeur et le commandant des opérations de secours ?

La lutte contre les incendies répond à un ordre des priorités et à une organisation bien huilée. Si l'incendie s'est uniquement déclaré sur une commune, le maire est le directeur des opérations de secours, le "DOS", et s'appuie sur les conseils techniques du commandant des opérations de secours, le "COS", qui est, lui, sapeur-pompier.

"Le maire connaît parfaitement son territoire, les fermes, les hameaux, les lieux-dits, souligne Francis Cros. Pour une évacuation, il sait si les chemins sont dimensionnés pour le passage des engins des pompiers." Lorsqu'un le feu s'étend à plusieurs communes, le préfet du département prend la main sur la direction des opérations de secours.

"Lorsqu'un incendie se déclare, la priorité c'est le sauvetage des vies humaines et des biens", reprend Francis Cros. Parallèlement, des équipes vont attaquer le feu directement. "Là, selon l'organisation habituelle, lorsque les moyens aériens sont disponibles, la priorité, c'est de taper sur la tête du feu, détaille l'élu. Un feu soumis à un vent se dirige dans un certain axe, que l'on peut imaginer comme une flèche. L'idée est de taper la pointe de la flèche de manière à stopper cet incendie en paralysant sa progression. Parallèlement, il y a le flanc droit et le flanc gauche, les côtés de la flèche, sur lesquels on essaye de travailler, surtout dans un deuxième temps. Les avions calment l'incendie, mais ce sont les troupes au sol qui éteignent le feu pour éviter qu'il redémarre", insiste-t-il.

3 Quelles sont les différences entre un Canadair, un Dash et un hélicoptère bombardier d'eau ?

Un Canadair, du nom de la marque canadienne qui l'a développé à l'origine, est un hydravion. "Cela lui permet de se poser sur un plan d'eau, tels que la mer ou des lacs, qui se situent au plus près de l'incendie, précise Francis Cros. On appelle ça un écopage : il va remplir ses deux soutes en deux ou trois minutes et repart sur les lieux de l'incendie pour larguer six tonnes d'eau." "L'intérêt est que c'est très rapide, ces avions tournent d'habitude en groupe pour vraiment taper le feu efficacement." Contrairement à certaines idées reçues, il est tout à fait possible de larguer de l'eau de mer sur un incendie. "Il n'y a aucun problème avec les avions, pas de souci d'oxydation, assure Francis Cros. La seule difficulté du Canadair lorsqu'il écope en mer, c'est lorsqu'il y a beaucoup de vent, il peut être gêné par les vagues."

Le Dash, lui, est un avion qui doit se poser sur une piste d'aéroport pour pouvoir être rechargé en produits retardants. "Comme on peut voir sur les images de largages, le retardant est un produit coloré, rose orangé, ce qui permet aux soldats du feu de repérer les zones aspergées, décrit l'ancien pompier. Il s'agit d'eau mélangée à un produit chimique non dangereux. Le largage s'effectue devant le feu pour créer ce qu'on appelle 'des barrières de retardant'. Le feu arrivant sur ces barrières de retardant va perdre en intensité et cela permet aux troupes au sol d'intervenir. On peut mettre également des barrières de retardant avec des camions de pompiers spécialement adaptés pour élargir la zone", ajoute-t-il.

"Le Dash largue dix tonnes d'eau, soit plus qu'un Canadair, mais il faut qu'il aille sur une piste adaptée, équipée de bases de retardant pour pouvoir le remplir. Donc les rotations sont beaucoup plus longues qu'avec les Canadair."

Francis Cros

à franceinfo

Tous les aéroports ne sont pas équipés pour accueillir des Dash : on en compte une quinzaine en France, principalement dans le Sud et dans l'Est. "Et une base vient d'être ouverte à Cahors, dans le Lot", précise Francis Cros qui commente : "On voit bien que les incendies ne se situent plus uniquement sur le pourtour méditerranéen."

Les hélicoptères bombardiers d'eau, les "HBE" dans le jargon, "transportent un saut au bout d'un filin, image l'élu, qu'ils remplissent dans un plan d'eau, qui peut même être une piscine, et le larguent sur un point bien précis, de façon chirurgicale. Ce n'est pas une grosse quantité d'eau, entre 400 et 500 litres, mais c'est extrêmement efficace sur des départs de feu, par exemple, ou pour préserver une maison."

4 Qu’entend-on par feu "circonscrit", "fixé", "maîtrisé", "noyé", "éteint" ?

Venir à bout d'un incendie est "un combat de longue haleine". "Un feu circonscrit signifie que les pompiers sont arrivés à se placer autour du feu, précise Francis Cros. Une fois circonscrit, le feu est fixé lorsqu'il ne progresse plus. Une fois qu'il a été fixé, on dit qu'il est maîtrisé, parce qu'il n'y a plus de flamme. On traite alors les lisières pour éviter qu'avec un coup de vent, des braises repartent et entraînent une reprise de feu. Lorsqu'il est noyé, c'est qu'on a mis de l'eau partout sur les lisières, mais on attend quelque temps, de manière être sûr qu'il n'y a pas de reprise. Après, cela peut être des jours voire des semaines plus tard, le feu est dit éteint."

Avant de déclarer un feu éteint, les soldats du feu "travaillent sur les lisières, entre la partie qui a brûlé et la partie qui n'a pas brûlé", insiste l'ancien pompier. Pour cela, "il faut les noyer, soit avec de l'eau, soit il y a des bulldozers de la sécurité civile". Dans les Pyrénées-Orientales actuellement, il y a 40 kilomètres de lisières de feu, "c'est important", commente-t-il. "Il faut absolument éviter que le feu redémarre, ce qui est un risque, vu la situation, vu l'état de sécheresse quand le vent va de nouveau se lever, il y a aura de grosses reprises", craint-il.

Surtout, qu'il est possible d'avoir un incendie sans flamme. "Même si vous ne le voyez pas en surface, le terrain est tellement sec que les racines souterraines peuvent continuer à brûler. Donc le feu est capable de sortir dans un espace qui n'a pas encore été touché 10 ou 20 mètres plus loin et redémarrer, comme si c'était un départ de feu nouveau", alerte Francis Cros. Pour l'éviter, "il faut être présent, il faut surveiller, il faut passer le bulldozer si c'est possible, comme si on me faisait une grosse tranchée pour éviter que le feu passe sous terre."

5 Peut-on combattre "le feu par le feu" ?

Dans leur arsenal, les pompiers peuvent allumer des contre-feux, "le terme technique étant des 'feux tactiques'", détaille Francis Cros. Dans certains secteurs, "parce que le terrain s'y prête, parce que la végétation est basse ou parce que les pompiers manquent d'eau, ils allument une ligne de feu en direction du feu qui va arriver. Lorsque les deux feux se rencontrent, eh bien, il n’y a plus rien à brûler de chaque côté et le feu va s'arrêter."

"C'est surtout utilisé sur des points stratégiques de préservation d'habitations ou vers des barrières rocheuses, des endroits inaccessibles aux véhicules."

6 Quelle est la différence entre hectares "parcourus" et "brûlés" ?

Les pompiers ont à leur disposition des moyens satellitaires mais aussi des drones équipés de GPS pour cartographier la zone en proie à un incendie de manière très précise. Lorsque le feu se déclare, il parcourt un certain nombre d'hectares de végétation, mais partout où il passe, il ne brûle pas forcément de la même manière les végétaux.

"Quand c'est brûlé, c'est vraiment qu'il ne reste rien, c'est calciné, explique Francis Cros. Mais, parfois, autour d'un ruisseau par exemple, la végétation va être protégée parce qu'il y a plus d'humidité. Le feu va passer, mais il ne va pas brûler les abords du ruisseau." "Souvent, en première approche, on donne le nombre d'hectares parcourus. C'est après le feu qu'on arrive à déterminer ce qui a été effectivement brûlé." C'est la raison pour laquelle le nombre d'espaces parcourus est toujours supérieur au nombre d'hectares brûlés.

En ce début de mois juillet, "près de 14 500 hectares ont déjà brûlé", a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu lundi, un bilan déjà trois fois plus élevé qu'en 2025.

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