Tribune libre. « Protéger la mer sans condamner ceux qui en vivent » : dix-huit maires de droite du littoral méditerranéen en soutien des pêcheurs, mobilisés pour la survie de leur métier
Envoyée par le cabinet du maire de Sète, la tribune aborde les points de crispation de la profession : contraintes européennes, thon rouge, prix du gasoil, préservation de la ressource.
« La Méditerranée n’est pas seulement une mer. Pour nos villes et nos pêcheurs, elle est aussi un territoire de travail dont dépendent directement des ports, des entreprises, des familles et toute une économie. La pêche, chez nous, n’est pas une simple activité. Elle fait partie de notre histoire et de notre identité.
Aujourd’hui, partout sur le littoral méditerranéen, les professionnels sont en détresse et nous alertent : leur modèle économique est fragilisé, les contraintes et les normes nationales et européennes s’accumulent. L’avenir de toute une filière s’obscurcit.
Depuis plusieurs années, nos pêcheurs ont pourtant assumé leur part des efforts nécessaires à la préservation de la ressource. Ils ont accepté et se sont adaptés à toutes les contraintes qui leur ont été imposées : réduction de la flotte, diminution de l’effort de pêche, fermetures de zones et de périodes, renforcement de la sélectivité des engins. Le plan WestMed en est l’une des illustrations.
Seulement 33 % du quota de thon rouge pour la Méditerranée
Alors que la flotte a déjà été profondément réduite, de nouvelles restrictions continuent de peser sur les navires qui restent en activité. L’augmentation de la maille, la réduction des zones accessibles et la limitation des jours de mer pèsent directement sur les revenus et sur l’activité de nos ports.
À cela s’ajoutent désormais les tensions autour du thon rouge. La répartition, pour 2026, des 234 tonnes de flexibilité interannuelle a suscité une vive incompréhension chez les professionnels méditerranéens : 66 % de cette enveloppe ont été attribués à la façade atlantique contre 33 % à la Méditerranée. Plusieurs organisations professionnelles ont contesté cette clé de répartition, estimant qu’elle pénalisait les petits métiers méditerranéens.
Et le prix du gasoil est aujourd’hui la goûte d’essence qui fait déborder le réservoir. Les aides, quand elles sont versées, sont insuffisantes. Pour un chalutier, l’énergie constitue une dépense majeure. Dans ce contexte, réduire les possibilités de pêche sans permettre parallèlement aux navires de réduire leur consommation et d’en supporter les coûts revient à fragiliser davantage leur modèle économique.
Les pêcheurs dépendent directement de la ressource halieutique
C’est là toute la contradiction à laquelle nous devons désormais apporter une réponse. Nous demandons à nos pêcheurs de pêcher de manière plus durable, avec des navires plus économes, des engins plus sélectifs et un impact mieux maîtrisé. Mais comment leur permettre d’accomplir cette transition si les dispositifs d’accompagnement ne sont pas adaptés ?
Les travaux scientifiques, en mettant en évidence le rôle des changements affectant le plancton et les apports nutritifs, nous rappellent d’ailleurs que l’évolution des ressources halieutiques ne peut pas toujours être expliquée par la seule activité de pêche. Cela ne diminue en rien l’exigence de préserver la ressource. Personne ne la conteste. Au contraire. Les pêcheurs en sont les premiers convaincus et les premiers acteurs : ils dépendent directement de cette ressource.
La protection de la Méditerranée ne peut donc pas se penser sans celles et ceux qui y travaillent. Elle doit se construire avec eux. Il faut désormais regarder cette question autrement. Il faut passer d’une logique d’accumulation des contraintes à une logique de simplification et d’équilibre pour assurer la viabilité économique et le renouvellement des générations.
« Les conditions d’un même avenir »
Nous appelons donc l’État à ouvrir avec les professionnels et les élus de Méditerranée un véritable dialogue sur l’avenir de la pêche. Nos voisins méditerranéens doivent nous servir d’exemple.
Nous appelons également les institutions européennes à ne plus rester insensibles à la détresse des pêcheurs méditerranéens. Les réalités vécues en mer et sur nos ports doivent enfin être entendues jusqu’à Bruxelles. Les moyens européens doivent pouvoir servir à préparer l’avenir : moderniser les navires, améliorer leur efficacité énergétique, renforcer leur sécurité, favoriser la sélectivité des engins et permettre aux jeunes générations de reprendre le flambeau. Le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture doit être pleinement mobilisé dans cette perspective.
Protéger la ressource et préserver la pêche ne sont pas deux objectifs contradictoires. Ils sont les deux conditions d’un même avenir. Car si nous voulons demain encore manger du poisson pêché en Méditerranée, faire vivre nos criées, maintenir nos ports en activité et transmettre ce métier aux générations suivantes, nous devons permettre à ceux qui pêchent aujourd’hui de continuer à exercer leur métier.
La responsabilité collective qui est la nôtre est simple : protéger la mer sans condamner ceux qui en vivent. La Méditerranée doit rester une mer vivante. Elle doit aussi rester une mer travaillée, une mer nourricière et une mer de pêche. La Méditerranée doit rester notre horizon.«
Hervé Marquès (DVD), maire de Sète, David Lisnard (LR), maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, Jean-Charles Orsucci (Renaissance), maire de Bonifacio et président de l’Association nationale des élus des littoraux, Charly Crespe (DVD), maire du Grau-du-Roi, Éric Ciotti (UDR), maire de Nice, Josée Massi (DVD), maire de Toulon, Jean Leonetti (LR), maire d’Antibes, Gilles Simeoni (Femu a Corsica), maire de Bastia, Frédéric Masquelier (LR), maire de Saint-Raphaël, Joseph Segura (DVD), maire de Saint-Laurent-du-Var, Kevin Luciano (LR), maire de Vallauris, Sébastien Leroy (LR), maire de Mandelieu-la-Napoule, Vincent Morisse (LR), maire de Sainte-Maxime, Yves Michel (LR), maire de Marseillan, Christian Jeanjean (DVD), maire de Palavas-les-Flots, Michel Py (LR), maire de Leucate, Daniel Ballester (DVD), maire de Valras-Plage, Georges Botella (DVD), maire de Théoule-sur-Mer.