Trump envisage de nouvelles taxes sur les semiconducteurs, semant l'inquiétude dans le secteur de la tech : « c'est peut-être la manière la plus stupide de poursuivre la domination américaine dans l'IA »
Le secteur technologique américain exprime de vives inquiétudes face au projet de l'administration Trump d'imposer de nouvelles taxes douanières sur les semiconducteurs et leurs dérivés. Ces mesures pourraient lourdement pénaliser la construction de centres de données indispensables au développement de l'IA. Les experts avertissent que ces taxes risquent d'entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et de freiner l'innovation au profit de rivaux étrangers. Donald Trump cherche à relocaliser la production de puces, mais l'industrie souligne que la capacité de fabrication américaine actuelle est insuffisante pour répondre à la demande immédiate.
L'administration Trump se prépare à annoncer de nouveaux tarifs douaniers d'envergure sur les semiconducteurs, une décision qui inquiète profondément l'industrie technologique à un moment particulièrement critique. Selon des personnes proches du dossier, ces taxes douanières, qui pourraient être imposées dans les semaines ou mois à venir, risquent de compromettre gravement l'innovation en matière d'intelligence artificielle aux États-Unis.
En effet, le projet à l'étude ne se limiterait pas aux puces elles-mêmes, mais s'étendrait également à de nombreux produits finis qui les intègrent, comme les consoles de jeux ou les serveurs indispensables au fonctionnement des centres de données. Face à cette perspective, de nombreux groupes industriels tirent la sonnette d'alarme contre une réglementation qu'ils considèrent comme potentiellement ruineuse pour l'économie nationale.
Selon les experts de l'industrie, ces nouvelles taxes pourraient également mettre des entreprises comme Apple en difficulté en réduisant leur compétitivité à l’international face à des fabricants étrangers capables d’acheter les mêmes puces sans payer les droits de douane américains.
Conséquences économiques et impact sur l'adoption de l'IA
Selon les experts, les répercussions financières d'une taxation aussi large s'annoncent colossales pour le pays. L'Association de l'industrie informatique et des communications (CCIA) estime qu'appliquer ces tarifs aux infrastructures de centres de données amputerait le produit intérieur brut américain de 90 milliards de dollars par an, tout en provoquant le report ou l'annulation de 20 % des projets de centres de données prévus d'ici à 2030.
De plus, au lieu de forcer le développement d'infrastructures sur le sol américain comme le souhaite l'administration Trump, cette hausse importante des coûts pourrait inciter les entreprises à délocaliser la construction de leurs centres de données hors des États-Unis. Pour le grand public, les prix des smartphones, ordinateurs portables, tablettes et véhicules subiraient une hausse significative, ce qui menacerait de ralentir l'adoption globale de l'IA.
Ce scénario est le cauchemar de l'industrie technologique. Depuis l’entrée en fonction de Donald Trump, les associations professionnelles ont averti que l’imposition de droits de douane à la fois sur les semiconducteurs et sur les produits en aval qui les utilisent serait désastreuse pour l’économie. Dans une lettre commune adressée au secrétaire au Trésor Scott Bessent, une vingtaine d'associations professionnelles ont tiré la sonnette d'alarme.
La lettre des associations professionnelles souligne notamment : « les appareils grand public sont l'interface principale par laquelle les Américains accèdent aux outils alimentés par l'IA. L'IA ne tient sa promesse que lorsque les gens peuvent réellement l'utiliser, et des taxes douanières qui excluent les consommateurs du marché des appareils ralentiraient l'adoption de l'IA au moment même où les États-Unis sont positionnés pour prendre la tête ».
Une grande contradiction stratégique au cœur de ce projet
L'industrie technologique met en avant une contradiction fondamentale au sein de la politique commerciale envisagée par le gouvernement. La construction de nouvelles usines de fabrication de semiconducteurs sur le sol américain prendra plusieurs années. Cette réalité temporelle ne peut pas être accélérée et maintient les entreprises américaines dans « une dépendance totale » vis-à-vis des importations à court et moyen terme.
Dans ces conditions, les associations professionnelles soulignent que « taxer les importations durant cette phase de transition revient donc directement à renchérir le coût de l'infrastructure d'IA » que l'administration prétend vouloir développer massivement à l'échelle nationale.
Un responsable du secteur technologique, ayant travaillé sous le premier mandat de Donald Trump, a vivement critiqué cette approche en affirmant que : « cela pourrait être la manière la plus stupide imaginable de poursuivre la domination américaine dans l'IA », assimilant cette mesure à un geste consistant à « se briser les genoux sur la ligne de départ ». Les défenseurs du secteur affirment ne pas s’opposer à l’objectif de rapatrier la production.
Cependant, une fonderie de puces n'est pas un simple bureau professionnel : elle suit un plan d'action, ce qui nécessite du temps. Par ailleurs, ces taxes risquent de pénaliser lourdement les concepteurs de puces américains, comme Nvidia et AMD, qui conçoivent leurs produits aux États-Unis, mais dépendent de fabricants étrangers pour leur production matérielle, au profit potentiel de concurrents chinois qui échapperaient à ces taxes douanières.
Intransigeance de Washington et impasse des négociations
Malgré les rencontres organisées depuis le début de l'été entre les représentants de l'industrie et les responsables américains pour exempter au moins les centres de données, les négociations ont récemment échoué. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, reste ferme et s'oppose à des exemptions de large portée, estimant que ces taxes doivent être appliquées de façon globale afin de forcer la relocalisation de la chaîne d'approvisionnement.
Selon des personnes au fait de ce projet, le dispositif envisagé par Howard Lutnick consisterait à accorder un quota de puces importées exemptes de taxes douanières, mais ce volume serait directement indexé sur le montant des investissements de production promis par chaque entreprise sur le sol américain.
Les professionnels rejettent toutefois la viabilité de ce calcul, affirmant que les quotas proposés ne couvriraient même pas les besoins des grands acteurs du cloud (hyperscaleurs), sans parler du reste du secteur technologique, pour des composants qui ne peuvent tout simplement pas être achetés localement à l'heure actuelle. Un représentant de l'industrie a dénoncé cette approche en déclarant : « le calcul ne fonctionne littéralement pas ».
Les alternatives et exemptions réclamées par l'industrie
Les semiconducteurs proviennent en grande majorité d’une poignée de fournisseurs asiatiques, notamment la Malaisie, la Corée du Sud et Taïwan. L'État insulaire produit à lui seul plus de 90 % des puces les plus avancées au monde. Washington mise sur une politique dure pour relocaliser la production. Cependant, tant que cette capacité n’existera pas, les entreprises américaines resteront fortement dépendantes des composants asiatiques.
Outre la relocalisation de la production, les partisans d’une politique commerciale dure à Washington craignent également que la dépendance des entreprises technologiques américaines vis-à-vis des puces taïwanaises ne constitue une grave menace pour la sécurité nationale si la Chine venait à envahir l’île.
Dans l'idéal, l'industrie technologique souhaite que l'administration renonce totalement à l'imposition de tarifs sur les semiconducteurs et leurs produits dérivés. Si le gouvernement maintient sa décision, les groupes professionnels plaident pour une mise en œuvre nuancée et ciblée, suggérant notamment d'abaisser le taux de taxe envisagé de 25 % à 10 % et d'exclure expressément les serveurs d'IA afin de protéger les projets les plus fragiles.
Ils demandent d'exempter les appareils dont l'intégration de puces est minime ou purement...
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