Pratiquement neuf mois après l'enlèvement de l'ancien président vénézuélien Nicolas Maduro par l'armée américaine, les États-Unis et le Venezuela ont annoncé un accord pétrolier qualifié d'historique par le président américain Donald Trump.

Sur Truth Social, le locataire de la Maison-Blanche a précisé que son pays allait mettre la main sur 65 milliards de barils de pétrole, soit environ 21 % des réserves estimées du Venezuela (303 milliards de barils).

Notons que cet accord n'est pas une grande surprise. Juste après l'enlèvement de Nicolas Maduro, Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris avait annoncé qu'un deal "pétrole contre survie politique" serait probablement signé par les nouveaux dirigeants vénézuéliens et l'Administration Trump.

Face aux doutes, la présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, a assuré que Caracas conserverait sa souveraineté sur les champs pétroliers amenés à être exploités par les États-Unis.

"Un deal pétrole contre survie politique est possible entre Trump et les dirigeants du Venezuela"

Un message qui est toutefois en contradiction avec celui de Donald Trump. Sur Truth Social, le président américain a précisé que l'accord doublerait les réserves pétrolières des États-Unis. Le Républicain a précisé que l'accord a été établi "en étroite collaboration avec la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez" et "au travers d'un partenariat avec des entreprises privées".

Quoi qu'il en soit, les analystes sont partagés face à cette annonce. Certains dénoncent le capitalisme prédateur de Donald Trump, qui n'hésite pas à forcer des accords pour mettre la main sur des ressources stratégiques.

Les plus grandes réserves du monde

D'autres estiment que l'industrie pétrolière vénézuélienne est incapable d'exploiter seule les vastes ressources du pays. Si Caracas dispose des plus importantes réserves pétrolières mondiales, sa production a chuté au cours des dernières décennies (passant de 3 à 1 million de barils par jour). La production vénézuélienne ne représente d'ailleurs qu'environ un dixième de la production américaine, alors que les États-Unis disposent de réserves nettement plus restreintes.

On évoque d'ailleurs un investissement de l'ordre de 100 milliards de dollars pour relancer l'industrie pétrolière vénézuélienne. Un montant gigantesque. Il faudra voir si des entreprises privées voudront se lancer dans cette aventure, alors que des décennies seront nécessaires pour rendre leur investissement rentable. Or, l'implication du secteur privé sera indispensable, puisque Donald Trump a affirmé que le deal ne coûterait rien aux contribuables américains.

Trump met la main sur les plus grandes réserves pétrolières au monde

Les expropriations menées par le régime vénézuélien dans le passé risquent de ne pas rassurer les investisseurs. Le géant américain ExxonMobil en a fait les frais à deux reprises. "Le principal problème au Venezuela concernait la sûreté et la sécurité", commente d'ailleurs à l'AFP John Kilduff, analyste d'Again Capital. Selon lui, les États-Unis pourraient chercher avec cet accord à créer une zone où les entreprises américaines seraient protégées. Il reste à voir si cette protection résisterait aux changements politiques, tant aux États-Unis qu'au Venezuela.

Notons aussi que le pétrole du Venezuela est aussi plus compliqué à exploiter que certains autres bruts. Il s'agit d'un pétrole extra-lourd qui nécessite l'injection de vapeur à haute pression pour le faire remonter et qui doit être mélangé avec du pétrole plus léger ou du naphta pour être transporté. En outre, il est vendu moins cher sur le marché car il est plus compliqué à raffiner.

Trump embêté

Par ailleurs, d'autres critiques, venues de l'opposition vénézuélienne, pointent le fait que la classe dirigeante du pays est restée la même, à l'exception de Nicolas Maduro. Ces critiques redoutent donc que les éventuels gains générés par le pétrole ne soient pas bien gérés.

Enfin, cette annonce est intervenue alors que Donald Trump fait face au prix élevé des carburants, à l'approche des élections de mi-mandat. Alors que le Républicain avait promis une baisse des prix, la guerre menée contre l'Iran a eu l'effet inverse. Donald Trump a d'ailleurs annoncé que l'accord avec le Venezuela allait faire baisser les prix des carburants. Néanmoins, il y a peu de chances que le deal ait un impact rapidement. "Ce sont des projets qui mettront très certainement de nombreuses années avant de voir le jour et de porter leurs fruits", estime ainsi l'expert pétrolier Oswaldo Felizzola.

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