Le Parlement turc a adopté lundi dans le cadre du processus de paix une loi historique pour réintégrer une partie des ex-combattants du PKK dans la vie civile. Le texte élude toutefois les revendications d’autonomie des régions kurdes, sur fond de discriminations persistantes et d’atteintes croissantes à l’État de droit en Turquie.

Luc Chaillot -

Aujourd’hui à 19:30

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Des militants kurdes brandissent le portrait du fondateur du PKK, Abdullah Ocalan, condamné à la prison à vie qui a appelé les combattants à déposer les armes. Photo Sipa/Bilal Seckin
Des militants kurdes brandissent le portrait du fondateur du PKK, Abdullah Ocalan, condamné à la prison à vie qui a appelé les combattants à déposer les armes. Photo Sipa/Bilal Seckin

Le processus de paix qui vise à mettre fin à plus de 40 ans de guérilla kurde en Turquie vient de franchir une nouvelle étape. Le Parlement turc a adopté lundi une loi historique qui encadre le retour à la vie civile des combattants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Cette organisation était à l’origine un mouvement sécessionniste en guerre contre le pouvoir turc pour créer un État kurde indépendant sur un territoire incluant le sud-est de la Turquie.

En février 2025, le fondateur du PKK, Abdullah Ocalan, a publiquement appelé les combattants à déposer les armes. Le leader kurde de 77 ans, condamné à la prison à vie et détenu à l’isolement depuis 1999 sur une île au large d’Istanbul, a expliqué que la lutte armée relevait du passé et que les droits des Kurdes devaient désormais être obtenus par la voie politique. Le PKK a annoncé sa dissolution trois mois plus tard. La loi, votée à une très large majorité de 468 députés sur 600, devrait conduire à la libération de 3 500 ex-membres de la guérilla sur les 10 000 détenus dans des prisons turques. Le texte ne prévoit pas d’amnistie générale et ne concerne que les prisonniers qui ne sont pas accusés de crime graves.

Le sort d’Ocalan reste à régler

« C’est un pas important mais pour autant tous les obstacles ne sont pas levés », commente Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). « Il y a un paradoxe avec la perspective du retour à la vie civile de combattants du PKK alors qu’au même moment des élus kurdes qui n’ont jamais été engagés dans la lutte armée restent en prison », ajoute ce spécialiste de la Turquie. La loi ne s’applique pas non plus au chef historique du PKK dont le sort reste à régler.

La déstabilisation du Moyen-Orient causée par la guerre américano-israélienne contre l’Iran n’est pas étrangère à cette accélération du processus de paix. La réintégration d’ex-combattants du PKK dans la vie civile vise à donner l’image d’une Turquie unie et renforcée face aux troubles dans la région.

« Pas d’avancées au niveau politique ou culturel »

Les membres du PKK restent partagés sur le processus qui doit conduire à la fin de la guérilla kurde. Les anciens séparatistes déplorent que les députés ne se soient pas penchés sur les discriminations dont souffre la minorité kurde, qui représente environ 20 % de la population en Turquie. L’identité des près de 20 millions de Kurdes turcs a longtemps été niée et la langue kurde interdite. « On est loin de la reconnaissance du kurde comme langue officielle. Il n’est pas question non plus de l’exigence d’une décentralisation, qui permettrait aux régions kurdes d’avoir plus d’autonomie. Il n’y a pas d’avancées au niveau politique ou culturel », constate Didier Billion. « L’état de droit et les libertés publiques sont dans un piètre état en Turquie. La nécessaire refondation politique ne pourra pas se faire en éludant la question kurde. »

En France, les Kurdes représentent toujours la majorité des demandes d’asile émanant de ressortissants turcs. « Ils craignent d’être persécutés en raison de leurs origines ethniques, de leur objection de conscience ou de leurs opinions politiques », souligne l’Office français de protection des réfugiés et apatrides dans son rapport 2025.