Le 20 juillet 1976, la catastrophe industrielle de Seveso changeait l'Europe. Cinquante ans plus tard reste un traumatisme collectif. Alors pour tenter de se réapproprier leur histoire, des citoyens se sont lancés dans un projet d'archives informelles pour documenter l'époque et donner la parole à celles et ceux qui n'ont pas été entendus.

Seveso est désormais connu comme le nom d'une directive européenne majeure: un texte adopté en 1982 qui impose aux Etats membres de recenser les sites industriels à risque, d'élaborer un plan de prévention et d'urgence et d'informer les citoyens alentours. C'est l'équivalent de l'OPAM (l'Ordonnance sur la Protection contre les Accidents Majeurs) en Suisse.

Mais avant, Seveso était seulement le nom d'une petite ville située à 25 kilomètres au nord de Milan qui a connu la première catastrophe industrielle d'Italie.

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Des soldats en tenue de protection après l'accident chimique à l'usine Icmesa près de Seveso, en Italie, le 22 février 1977. [KEYSTONE - KARL MATHIS]KEYSTONE - KARL MATHIS

Seveso: l'histoire méconnue d'une catastrophe industrielle qui a changé l'Europe / Tout un monde / 5 min. / hier à 08:13

Le 10 juillet 1976, un nuage âcre de dioxine s'échappe de l'usine "Icmesa" appartenant au groupe suisse Hoffman-La Roche et se répand sur la plaine lombarde.

"Catastrophe minimisée"

Il est important que des citoyens se chargent de documenter l'événement car les institutions politiques n'ont rien fait pour en préserver la mémoire et la perception, dénonce Davide Biggi, fin connaisseur de l'ancienne usine et cofondateur de l'association Archivio Seveso Memoria di parte avec laquelle il collecte des archives pour tenter de reconstituer cette mémoire collective parcellaire. "Elles ont une lourde responsabilité", souligne-t-il. La catastrophe de Seveso est devenue le combat de sa vie.

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La catastrophe de Seveso

La catastrophe de Seveso / Temps présent / 5 min. / le 3 février 1977

Un engagement partagé aujourd'hui par l'anthropologue Sara di Tosi, âgée de 30 ans. "Je me suis rendue compte en recueillant des témoignages à quel point les différentes reconstructions de la mémoire ont été le fruit de la minimisation de la catastrophe après 1976 et de sa gestion."

Après l'événement, un comité a vu le jour. "Le Comité technique et scientifique populaire a incarné une véritable collaboration entre les techniciens, les ouvriers, la population, les femmes, apportant une contre-information, qui a permis à certaines personnes de bénéficier d’examens supplémentaires compte tenu de leur état de santé ou aux femmes d’avoir une meilleure compréhension de ce que signifiait avorter", explique Sara di Tosi.

"Avec ce travail, nous mettons en valeur cette partie de l’histoire de ceux qui n’ont pas été des victimes mais qui ont réagi, qui se sont battus. Leur donner de la place constitue, à mon sens, un acte politique", ajoute Davide Biggi.

Régulièrement, Davide, Sara et les membres de l'association installent un stand sur les marchés du coin et enregistrent toutes les personnes qui souhaitent partager un souvenir afin de nourrir cette mémoire collective.

Sujet audio: Jihane Bergahoui

Adaptation web: Julie Marty