Une quinzaine de personnes ont participé à un sit-in à la station de métro Berri-UQAM mercredi en pleine heure de pointe pour dénoncer l’exclusion vécue par ceux qui n’ont pas les moyens de payer les transports en commun et interpeller les partis politiques en campagne électorale.

« Mobilité = liberté », « pas d’argent pas de transport », « se déplacer est un droit », « gratuité = gens en santé ». Ce sont les messages qu’affichaient une quinzaine de membres du collectif Les Assoiffé.e.s de justice, vêtus de vêtements noirs et de masques blancs, assis, vers 17 h, sur le quai de la ligne verte en direction Angrignon.

« On est ici pour rendre visible l’invisible, pour dénoncer la discrimination silencieuse des personnes qui ne sont pas capables de se payer des passages pour le transport en commun », explique Isabelle Mailloux-Béique, organisatrice communautaire à l’Association coopérative d’économie familiale du nord de Montréal, qui soutient le collectif depuis plus de six ans. « Ces gens-là sont exclus en quelque sorte de la société parce qu’ils ne peuvent pas aller à un rendez-vous médical, à la banque alimentaire, à l’épicerie, à leur emploi ou à l’école, ça fait que les gens sont très isolés. »

Entre le passage de deux rames de métro, plusieurs passants s’arrêtaient, l’air intrigué, pour observer la scène, et quelques-uns d’entre eux prenaient des photos et des vidéos.

Le collectif Les Assoiffé.e.s de justice, qui regroupe des citoyens vivant dans une situation de précarité, dénonce que la question de l’accès au transport en commun soit absente de la campagne électorale au Québec.

« On demande aux partis politiques de s’engager pour la gratuité du transport en commun, puis d’investir massivement dans le transport en commun, parce qu’on pense que c’est une mesure qui est universelle », clame Mme Mailloux-Béique. « Puis, quand les gouvernements nous disent qu’il n’y a pas d’argent, ce n’est pas vrai : c’est une question de choix politique. »

Urgence sociale et urgence climatique

Frédéric Mailhot-Houde, un membre du collectif qui a participé au sit-in, estime qu’« il y a un bassin de la population pour qui [la gratuité des transports en commun] représente un besoin vital », citant les personnes qui reçoivent des prestations d’aide sociale.

Souffrant d’insuffisance rénale, il a dû faire une croix sur des rendez-vous de prise de sang pendant la pandémie parce qu’il n’arrivait pas à joindre les deux bouts à la fin du mois. « Il y a beaucoup de gens qui sont obligés de faire des choix dramatiques comme ça », fait valoir M. Mailhot-Houde.

Les Assoiffé.e.s de justice estiment que rendre les transports en commun gratuits pour tous permettrait de répondre à « l’urgence sociale », mais aussi à « l’urgence climatique ». Le collectif estime le coût de cette mesure à un milliard de dollars par an. Car rendre les transports en commun gratuits encouragerait la population à délaisser leur voiture et ferait ainsi diminuer les émissions de gaz à effet de serre, affirme M. Mailhot-Houde.

Mme Mailloux-Béique rappelle que, selon des données de la Communauté métropolitaine de Montréal publiées en 2024, la facture de la congestion routière dans la métropole pourrait atteindre 10 milliards d’ici 2030. « On ne peut pas continuer comme ça. C’est le statu quo, pour nous, qui coûte cher. »