Diego Poncelet rêvait de devenir le planchiste le plus rapide au monde. Après des années de préparation, c'est au Québec, sur la route du Port, aux Éboulements, qu'il a inscrit son nom dans le livre des records Guinness en atteignant une vitesse de pointe de 151,83 km/h le 22 septembre.

L'Espagnol de 27 ans avait déjà réalisé son lot d'exploits depuis qu'il a commencé ce sport à l'âge de 14 ans. Être le plus rapide sur la planète était le rêve d'une vie pour ce double champion du monde en descente en planche à roulettes.

J'ai commencé à canaliser toutes mes énergies sur ce projet il y a environ quatre ans. C'est devenu une obsession même. Ce n'était pas seulement pour battre un record, mais aussi pour sentir quelque chose que personne n'avait jamais ressenti, a-t-il expliqué.

Pendant des années, il a analysé des dizaines de descentes aux quatre coins du globe, mais il revenait toujours au Québec comme destination idéale pour réussir son défi.

Vous avez les routes les plus rapides au monde. Difficile de savoir exactement pourquoi, mais vous avez des ingénieurs assez fous qui ont fait de bonnes pentes, ce qui est absolument incroyable pour nous. Vous avez des routes très larges avec de grosses pentes. J'ai passé tellement de temps sur Google Maps à chercher des routes partout à travers le monde et je dirais que, dans le top 10 des meilleures routes pour faire ça, vous en avez sûrement cinq au Québec, a-t-il souligné.

Ça a pris beaucoup de temps parce que c'était un défi très difficile. Le dernier record avait été battu avec un gros vent arrière qui arrive seulement une fois par année.

La route idéale

Ce dernier record avait justement été établi en 2017 sur la route du Port, aux Éboulements, par le Britannique Peter Connelly, parvenu à atteindre une vitesse de 146,73 km/h.

Cependant, la route s'est depuis détériorée en raison des hivers québécois et Diego Poncelet s'était fait dire qu'il était impensable d'y dépasser les 150 km/h. Il est venu constater l'état de la chaussée par lui-même et a conclu que ça restait sa meilleure option, qu'aucune autre route n'offrait cette combinaison idéale entre la longueur et le degré de la pente.

Un homme en position aérodynamique sur sa planche à roulettes, à pleine vitesse.

Diego Poncelet bat le record Guinness pour la descente la plus rapide en planche à roulettes.

Photo : Gracieuseté Red Bull/Diego Poncelet

Je suis tombé en amour avec l'endroit, les gens et la route, a-t-il confié. C'était praticable. Il fallait juste que je m'adapte un peu pour éviter les cracs et les bosses. Ça a pris beaucoup de temps pour développer des aspects de mon corps qui aideraient pour être plus aérodynamique. J'ai aussi travaillé sur ma technique et sur mon mental.

Quand on parle de l'aspect mental, il est aussi question de la gestion du risque et de la peur. Si Diego Poncelet a habituellement de la facilité à manœuvrer à travers les inconforts, il révèle que ce défi était particulier.

Étant donné que personne n'était jamais allé à cette vitesse, nous ne savions pas si c'était possible de freiner. Peu importe ce qui allait arriver, je ne pouvais pas arrêter avant d'être rendu complètement en bas. Si j'avais un moment de doute à 130 km/h et que je commençais à me relever, c'était une très mauvaise idée parce que le vent allait devenir trop fort et allait me faire tomber de ma planche. Je devais rester dans ma position parfaite. Quand j'étais dans le haut de la pente, j'allais déjà à 110 km/h et je ne voyais que le fleuve Saint-Laurent, a-t-il raconté.

Nous serons tous effrayés par quelque chose au courant de notre vie. C'est inévitable. L'idée n'est pas de savoir si on a peur ou non, mais c'est comment on transforme cette peur en quelque chose positif. D'utiliser ce feu pour repousser tes limites.

Pendant sa descente, une voiture se trouve devant et une autre, très proche de lui, derrière. Si cette proximité peut sembler dangereuse, Diego Poncelet croit que c'est un élément indispensable dans son aventure.

C'est très important d'essayer de transmettre ce que je ressens pendant une descente, a-t-il précisé. Nous avons donc besoin d'une caméra avec un angle très large pour capter l'effet de vitesse. Si on prend une caméra avec un zoom, tout est perdu.

Aussi, je ne vois pas très loin devant moi. Pour être dans ma meilleure position, la plus aérodynamique, je vois à peu près à trois mètres de moi. À 150 km/h, j'ai donc très peu de temps de réaction. La personne qui est derrière moi peut aussi klaxonner ou communiquer avec moi avec un walkie-talkie pour me dire si, par exemple, il y a un animal qui passe sur la route.

C'est d'ailleurs ce qui est arrivé en juin dernier, lorsque son équipe et lui sont venus au Québec afin d'effectuer des tests. Un petit chevreuil est passé au milieu de la route et son ami, dans une voiture, a pu l'avertir à temps.

Tu laisses ton inconscient prendre le dessus

Lors du jour J, Diego Poncelet se sentait en pleine possession de ses moyens. Mentalement, il était dans sa zone, complètement concentré sur l'objectif. Il ne pensait à rien.

Quand tu fais ce genre de truc, tu laisses ton inconscient prendre le dessus. C'est ce que nous, les athlètes, appelons le flow state (zone optimale de concentration). J'aime dire qu'on a une personne à l'intérieur de nous qui est plus rapide et plus intelligente et c'est notre inconscient. Tu dois t'entraîner fort pour que cette mémoire musculaire soit déjà en toi et que, quand tu dois le faire, tu puisses juste te laisser aller, a-t-il expliqué.

Un homme en combinaison bleue sourit.

Diego Poncelet a descendu la route du Port aux Éboulements sur une planche à roulettes à une vitesse de pointe de 151,83 km/h.

Photo : Gracieuseté Red Bull/Diego Poncelet

Une fois la descente terminée, on lui a confirmé qu'il avait réussi son objectif. Il avait franchi la mythique barre des 150 km/h, atteignant une vitesse de pointe de 151,83 km/h.

J'ai vécu une double émotion, a-t-il dit. J'étais très content, très fier, très fier de mon équipe. J'ai aussi eu un sentiment mitigé parce que le gars qui détenait le record est décédé l'an dernier d'un cancer. C'est le seul qui pensait qu'atteindre 150 km/h était possible. Il m'a beaucoup aidé quand il s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas le faire.

Même s'il est seul sur la planche, Diego Poncelet parle constamment de notre record, en faisant référence à cette équipe sans qui cet exploit n'aurait pas pu se réaliser. Parmi ces personnes indispensables, il a Joan Llius, ce moine bouddhiste de 70 ans qui est devenu son ami alors qu'il n'était qu'un adolescent.

Il faisait partie de la communauté de planchistes quand je suis arrivé en Espagne. J'ai eu une grosse chute peu de temps après mon arrivée à Majorque et il avait une trousse de premiers soins. Il m'a soigné et nous sommes devenus amis, a-t-il raconté.

J'ai vécu un moment difficile quand j'avais 16 ou 17 ans. Je m'étais fracturé la jambe, j'étais super déprimé, mes examens ne se passaient pas bien. Je voulais transformer cette expérience négative en quelque chose de positif, alors je me suis promis qu'un jour, je serais champion du monde. C'était une façon de reprendre le contrôle de ma vie. Je lui ai demandé s'il voulait m'aider et il a accepté.

Chaque fois que Diego Poncelet a un projet, Joan Llius, qui habite en France, demande à son maître s'il peut sortir du monastère. Il est responsable de la sécurité alors qu'il se trouve dans la voiture en avant du planchiste.

Il a un walkie-talkie, je suis connecté à lui avec une oreillette et il va me dire si la route est libre. Il va me dire s'il y a un chevreuil ou une personne à vélo sur la route, par exemple. Il était là avec moi et c'est lui qui a célébré avec le plus d'émotion.

Et il y avait finalement sa mère qui était aussi sur place. Un mode de vie pas toujours facile à accepter pour un cœur de mère, une descente qui a été particulièrement difficile à regarder pour elle.

Tout le monde était très heureux. Ce n'était pas facile pour ma mère, a reconnu Diego Poncelet. On a eu quand même quelques jours difficiles avec un vent de côté et ça faisait peur. Le vent me tassait. Chaque fois qu'elle me voyait passer, la pauvre, elle pleurait, mais, heureusement, on a su transformer ces larmes de tristesse en larmes de joie quand on a battu le record.

Son nom vient à peine d'être inscrit dans le livre des records Guinness que, déjà, Diego Poncelet se cherche un nouveau défi, ou, comme il le dit lui-même, sa prochaine folie.

J'ai plusieurs options. J'aimerais attendre une autre marque, qui est le 100 miles à l'heure, donc 160,9 km/h. Le problème, pour l'instant, c'est qu'on ne sait pas s'il existe une route pour le faire. Il va falloir que je passe beaucoup de temps sur Google Maps pour la trouver, a-t-il rigolé.

Avec les informations de Jay Turnbull