"Un tatouage arc-en-ciel pour un Belge champion du monde ? Pourquoi pas…" : rencontre avec notre porte-drapeau pour le Mondial de Montréal 2026
"Quand je rencontre un Belge, il me dit que j'ai pris l'accent québécois et ici on me souffle souvent que même ma fille de cinq ans, née près de Montréal d'une maman canadienne, a un parler très belge…" Bruxellois d'origine, Québécois d'adoption, Geoffroy Hubert incarne un pont discret mais évident entre les deux rives de l'Atlantique : un sourire franc et une bonne humeur à toute épreuve.
Installé dans la Belle Province depuis 2004, ce passionné de cyclisme sera notre porte-drapeau samedi lors de la cérémonie d'ouverture des championnats du monde. "Je crois que mon oui est sorti de ma bouche avant même que l'organisation n'a pu terminer la question de savoir si j'étais intéressé", rigole ce quadragénaire actif dans le secteur médical.
Très attaché à l'héritage que laissera ce Mondial à la population canadienne au point de créer un comité entier dédié au legs, le comité d'organisation de Montréal 2026 a voulu mettre en avant la dimension très internationale de la métropole en proposant à un membre de chaque communauté de porter les couleurs de son pays d'origine lors du lever de rideau arc-en-ciel.
"Le chrono, c'est un truc qui ne ment jamais !": Alec Segaert, l'autre atout belge pour le Mondial de contre-la-montre, est amoureux de la discipline"Je suis arrivé au Québec en 2004 avec mon ex-femme et notre enfant de six mois, raconte Geoffroy. J'avais fait des études de kinésithérapeute et là où l'accès à la profession était compliqué en Belgique, on cherchait des profils comme le mien au Canada. Si on avait initialement imaginé tenter une expérience d'un an de l'autre côté de l'Atlantique, on s'est tellement investi dans ce projet qu'on s'y est rapidement ancré pour de bon (rires)…"
Préposé à l'identification des coureurs pour les médias québécois
Pour réussir son intégration, le Bruxellois met un point d'honneur à s'immerger totalement dans la vie québécoise. "À Montréal, certains expatriés vivent en vase clos. Beaucoup de Français sont, par exemple, rassemblés dans le quartier du Plateau. Je n'avais pas envie d'une expérience comme celle-là. La seule exception que je m'autorisais dans ce plongeon culturel, c'était de continuer à entretenir ma passion pour… le cyclisme. Je suis amoureux de ce sport. Petit, quand j'allais au camp scout, mon papa m'envoyait des coupures de journaux pour que je puisse avoir des infos sur le déroulement du Tour de France."

En 2010, lorsque le projet des Grands Prix de Québec et de Montréal est lancé, Geoffroy Hubert est évidemment au bord du parcours.
La chronique d'Axel Merckx : "Le Mondial de Montréal 1974 : une des victoires de mon papa que j'ai le plus regardées en vidéo""Après la course, j'avais été attiré par une petite affiche qui expliquait que l'organisation cherchait des bénévoles. Je me suis présenté et j'ai immédiatement intégré l'équipe. Ma première fonction, cela a été d'aider les journalistes québécois à reconnaître les coureurs. À cette époque, le cyclisme n'était pas aussi populaire qu'aujourd'hui. J'intriguais les Québécois par mes tenues en lycra quand je partais rouler alors qu'aujourd'hui je refais le scénario des courses avec des collègues à la machine à café (rires)… Je devais donc guider les médias à la gare de Montréal lorsque les coureurs débarquaient en civile en provenance de Québec car les journalistes ne pouvaient pas identifier Ryder Hesjedal ou Philippe Gilbert, par exemple."
guillementUn agent de police a lancé à Pogi que le téléphone était interdit... au guidon.
Aujourd'hui, la fonction de Geoffroy sur les Grands Prix a évolué. "Avec mes deux fils, Maxandre (22 ans) et Gaspard (20 ans), nous sommes toujours en charge des médias. Notre mission est de veiller à ce que tout se passe au mieux pour eux mais nous avons également une mission particulière et très privilégiée : amener les trois premiers coureurs du podium à la salle de presse. Nous avons donc guidé Greg Van Avermaet, Arnaud De Lie et Remco Evenepoel cette année à Québec. On adopte l'attitude adéquate à ce job mais c'est fantastique de pouvoir côtoyer d'aussi près des champions qu'on regarde à la télé pendant tout le reste de la saison cycliste. L'année dernière, nous nous sommes occupés de Tadej Pogacar après le GP de Montréal. On a demandé à la brigade cycliste de la police de l'escorter en créant une bulle autour de lui. Comme le Slovène trouvait ça comique, il a sorti son téléphone pour filmer la scène mais un agent lui a lancé l'expression typiquement québécoise, "c'est un sketch" pour lui signifier que l'usage du smartphone était aussi interdit au… guidon."

Désormais doté de la double nationalité, Geoffroy Hubert s'est gravé le rappel de ses origines dans la peau. "Je me suis tatoué le label "made in Belgium" sur le mollet. Sur les bras, j'ai un cycliste d'un côté et des pavés que j'imagine être ceux du Mur de Grammont dans mon esprit (sourire). Est-ce que je me tatouerai un arc-en-ciel si un Belge est champion du monde le dimanche 27 ? Ce n'est pas exclu (rire)… Ce serait aussi un symbole fort sur le plan personnel. Je sauterais au plafond si Remco endossait une seconde fois ce maillot mythique mais je trouverais cela encore plus fort si Wout van Aert parvenait à lever les bras. Je verrais ça comme l'apothéose de sa carrière. Mais ma fille me redemanderait alors de repasser en boucle le morceau électro à sa gloire qu'elle adore écouter sur le chemin de l'école…"
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