"Une attaque sur la faune inquiétante” ou "un outil pas suffisant"… Contre l’ours, l’ouverture de l’effarouchement aux éleveurs ou aux bergers pose question
Dans les Pyrénées, les personnes autorisées à effaroucher les ours à proximité des troupeaux seront désormais plus nombreuses, à la suite d’un arrêté publié au Journal officiel le 14 juillet. La décision est saluée par les bergers qui y voient "une aide importante". Les associations de protection des animaux sauvages, One Voice en tête, dénonce une "une attaque sur la biodiversité et la faune extrêmement inquiétante". Explications.
"Les éleveurs veulent, bien entendu, voir aucune faune sauvage nulle part." C’est en ces termes que Muriel Arnal a rebondi, ce jeudi, à la nouvelle directive concernant des ours des Pyrénées publiée au Journal officiel ce 14 juillet 2026. Cet arrêté concerne l’effarouchement, c’est-à-dire le tir à effet sonore utilisé pour terroriser et faire fuir les ours bruns à l’approche des troupeaux. Et désormais, cet "effarouchement n’est plus fait uniquement par les agents de l’Office français de la biodiversité mais par un nombre plus important de personnes, parmi lesquelles les éleveurs", explique Muriel Arnal, présidente de One Voice, association qui milite pour le droit des animaux.
"Les ours n’ont pas d’autre prédateur que nous"
Jusqu’à présent, seuls des agents de l’OFB, formés et encadrés, pouvaient procéder à ces tirs de nuit. Avec ce nouvel arrêté, "les éleveurs, les membres de groupements pastoraux, les gestionnaires d’estives, les bergers et les lieutenants de louveterie (chasseurs) pourront tirer eux-mêmes, munis d’un simple permis de chasser et après une formation assurée par l’OFB", assure l’association dans un long communiqué. Le texte les autorise aussi à faire usage de bombes au poivre (lacrymogènes) contre les ours jugés "menaçants".
L’effarouchement est "gravissime pour la population extrêmement fragile des ours", poursuit Muriel Arnal. Mais, en plein cœur de l’Ariège, à la Ferme de Montaignon, on salue cette nouvelle directive. Travaillant sur des terres datant du temps de son arrière-arrière-grand-mère, Manon André y assure que "contre l’ours, il n’y a pas de moyen de protection". Et de considérer que "l’élargissement de l’effarouchement, c’est mieux que rien".
Manon André considère d’ailleurs ce dernier comme "un test pour montrer qu’il est possible de se protéger des ours" alors que la famille d’éleveurs assure être obligée d’enfermer toutes les nuits ses troupeaux de vaches gasconnes et de brebis tarasconnaises. "Devoir les rentrer tous les soirs, c’est presque de la maltraitance, confie encore la fille de famille à Midi Libre. Les animaux sont faits pour être en liberté." La Ferme de Montaignon abrite plus de 600 brebis ainsi qu’une quarantaine de vaches. Et si Manon André regrette les complications liées aux ours, elle admet qu’il ne "faut pas rompre la chaîne alimentaire, ni perturber la stabilité de l’écosystème”. Celle qui œuvre au pied des Pyrénées et souhaite simplement "protéger les troupeaux contre les ours" finit par conclure : "les ours n’ont pas d’autre prédateur que nous".
"Aujourd’hui en France, on voit une vraie volonté pour faire disparaître toute la biodiversité, tranche encore Muriel Arnal. Malgré les canicules, les incendies, la fragilisation énorme des Pyrénées, on continue de s’attaquer à la nature. Et il s’agit là d’une nouvelle attaque sur la biodiversité et la faune extrêmement inquiétante." Selon l’experte de la protection des animaux, les 108 ours bruns peuplant les Pyrénées sont "peu nombreux dans la montagne" "C’est une population fragile", avance encore l’activiste de 57 ans avant d’expliquer que l’effarouchement menace particulièrement les oursons. "Ils ne peuvent pas se déplacer vers d’autres territoires alors qu’ils risquent d’être tués par un ours mâle", explique-t-elle.
Que le gouvernement agisse
Ici, dans cette estive familiale de l’Ariège, "l’effarouchement n’est pas pratiqué". Aussi, Manon André espère que cet élargissement mènera à "plus d’aide du gouvernement contre le danger des ours sur nos troupeaux", car "l’effarouchement un outil bénéfique, mais il n’est pas suffisant." Pas faux, reprend Muriel Arnal, ajoutant toutefois une nuance : "nous ne sommes plus du tout sur le pastoralisme d’il y a cinquante ans : des troupeaux de brebis comptent parfois 1 000 à 5 000 têtes. De ce fait, l’élevage industriel en montagne, c’est impossible à sécuriser."
Selon celle qui consacre sa vie à la défense d’animaux, la solution n’est ainsi pas l’effarouchement renforcé mais plutôt la mise en place "de troupeaux de taille protégeable". Et d’ajouter que "protéger les troupeaux est possible si l’on en a la volonté", espérant que ce budget octroyé à l’effarouchement soit redirigé vers la protection des troupeaux sans menacer l’ours brun des Pyrénées, une espèce classée en "danger critique d’extinction" par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Au final, les deux femmes comptent désormais sur le gouvernement pour agir.