"Une leçon utile": après la mort d'Édouard Balladur, les candidats à la présidentielle tirent les enseignements de son échec de 1995

Publié aujourd'hui à 14h25

Lire dans l'app

La mort d'Édouard Balladur coïncidant avec le début de la campagne présidentielle, les candidats et leurs soutiens retiennent les leçons de l'échec du Premier ministre à l'élection de 1995.

Un grand favori sûr de lui, dépassé par un rival de son propre camp dans la dernière ligne droite vers la présidentielle. L'échec d'Édouard Balladur a beau dater de 1995, des responsables politiques cherchent à y voir un parallèle édifiant avec l'élection de 2027.

Les hommages pleuvent depuis l'annonce lundi soir de son décès à 97 ans, mais certains glissent entre leurs éloges quelques références choisies à sa défaite.

"Ce que ma génération, sans doute, retiendra de lui, c'est cette grande course de 1995 où il était donné gagnant, finalement il n'accède pas au second tour", a souligné mardi l'eurodéputée LFI, Manon Aubry, sur Europe 1/CNews.

"C'est peut-être une leçon d'humilité dont d'aucuns feraient bien de se souvenir à l'aune de la nouvelle campagne présidentielle", a-t-elle noté.

Les fractures de la droite

Édouard Balladur, Premier ministre de cohabitation et largement en tête des sondages, avait été dépassé par Jacques Chirac, alors ambitieux maire de Paris et chef du parti gaulliste RPR.

Ce dernier avait enclenché une campagne offensive et lui avait ravi une victoire lui semblant promise, exposant les fractures de la droite et l'inimitié entre deux hommes autrefois amis. Une remontée spectaculaire qui reste comme l'un des hauts faits électoraux de la Ve République.

placeholder video

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national et favorite des sondages, doit-elle craindre de connaître un sort similaire?

Questionné à ce sujet, son lieutenant Jean-Philippe Tanguy a estimé mardi qu'"il faut toujours être dans l'humilité". "Les seuls souverains, c'est le peuple français, ils sont libres de choisir", a-t-il dit sur franceinfo.

Mais le destin d'Édouard Balladur et la surprise créée par Jacques Chirac, qui s'installa pour 12 ans à l'Elysée, peuvent aussi être source d'espoir pour les candidats en mal d'intentions de vote.

L'ancien Premier ministre Michel Barnier, qui soutient Bruno Retailleau (LR) actuellement distancé dans les sondages, y a vu mardi une "leçon utile pour les mois qui viennent".

"Je recommande à tous les candidats de ne pas trop se fier aux sondages", qui changeront probablement d'ici à l'année prochaine, a-t-il dit sur France Inter.

"Distance" et "froideur"

Le contre-exemple d'Édouard Balladur a été maintes fois invoqué par des candidats voulant prouver que rien n'est encore joué.

L'inspiration est particulièrement assumée chez Gabriel Attal, qui cherche à déloger Édouard Philippe de sa place de favori du bloc central.

Ses soutiens voient le candidat trentenaire doté de l'audace du "Chirac 1995", face à un maire du Havre qui, comme celui dont il partage le prénom, miserait trop sur son avance.

Pour eux, les talents de communication et l'énergie d'un outsider peuvent renverser la vapeur.

Edouard Philippe, à l'inverse, est parfois décrit par ses critiques comme trop prudent en campagne, ce qui fait écho aux reproches adressés à l'époque à Édouard Balladur.

Le candidat malheureux de 1995 "était moins fait pour plaire, pour faire des campagnes et du populisme que pour gouverner", a jugé Michel Barnier.

En avril, Édouard Balladur lui-même faisait un constat similaire dans les pages du journal Le Figaro.

"Quand on gouverne, il ne suffit pas d'être sincère et bien intentionné, il faut entraîner l'adhésion populaire. Je n'y suis pas toujours parvenu", écrivait-il, reconnaissant avoir manifesté "trop de distance et de froideur".

Il livrait aussi, dans cette tribune publiée quelques mois avant sa mort, ses propres impressions sur la campagne balbutiante de 2027.

L'ancien candidat y invitait la droite et le centre-droit à s'entendre pour accéder au second tour.

Édouard Balladur, évoquant un problème qu'il connaissait bien, appelait à "mettre un terme à la pluralité des candidatures".

Sujets liés :