« Une revanche sur la vie » : international de rugby à 7 passé par le RCT, Teiva Jacquelain veut relancer sa carrière
« Ils ont voulu m’enterrer, mais la graine a fini par pousser et, aujourd’hui, c’est devenu un tronc solide prêt à affronter les tempêtes. »
Dans ces quelques mots, avec poésie et détermination, le rugbyman international à 7 (35 sélections), Teiva Jacquelain, résume les trois années et demie qui le séparent désormais de son dernier match en Top 14.
Comète dans la galaxie du rugby professionnel français de la dernière décennie, le trois-quarts aile de 32 ans se dit aujourd’hui prêt à relever de nouveau le défi du (très) haut niveau. « Je n’ai pas arrêté de travailler cet été. Aujourd’hui, si un club m’appelle, je prends mes crampons et je suis prêt à performer. »
« Je suis expérimenté, JIFF (joueur issu des filières de formation), j’ai un profil d’ailier pas forcément habituel en France », énumère-t-il, au moment d’évoquer son avenir dans le rugby et les atouts qu’il possède pour retrouver un effectif pro. Mais n’y voyez aucun orgueil, l’homme en est aux antipodes.
Car s’il est aujourd’hui en capacité de « se vendre », il lui aura fallu plusieurs décennies de travail sur lui-même, de rencontres humaines et spirituelles, avant d’enfin pouvoir se défaire d’un syndrome de l’imposteur tenace, forgé au cœur de l’enfance.
« Mon corps était ici, mais ma tête et mon cœur étaient à Tahiti »
Né à Tahiti, au cœur du Pacifique, descendant d’une famille originaire de l’île voisine de Moorea, il se souvient aujourd’hui d’une enfance passée « avec [ses] cousins et ses amis », en permanence « dehors, en train de faire du sport ». Mais aussi d’une adolescence marquée par le déracinement.
« Mon papa était marin militaire, c’est comme ça que je suis arrivé à Toulon pour la première fois », se rappelle celui qui prend, à cette époque, la première licence de rugby de sa vie… au Rugby club Hyères - Carqueiranne - La Crau (RCHCC).
C’est aussi à ce moment qu’il découvre une enceinte qui le marquera à vie : le stade Mayol. « On était dans les couloirs sous les tribunes et on entendait crier le public, c’était fou, on aurait dit une arène de gladiateurs. » Son cœur d’enfant bat la chamade. Le petit Teiva, du haut de ses 11 ans, lance alors à son père : « Un jour, je jouerai sur cette pelouse. »
Mais derrière ces parenthèses, d’apparences heureuses, se cache un mal du pays qui pèse lourd sur les épaules du jeune garçon. « Mon corps était ici, mais ma tête et mon cœur étaient à Tahiti, raconte-t-il, encore de l’émotion dans la voix, ça a été un vraiment arrachement pour moi. » Un exil forcé, couplé à une figure paternelle toxique dans le privé, qui fragilisent bien plus qu’ils ne renforcent la construction mentale de l’adolescent.
« Dans ma famille, je me suis toujours battu pour mon rêve, je n’ai jamais ressenti de soutien », glisse le colosse aux pieds d’argile (1,85 m pour près de 100 kg).
« Réussir a été une échappatoire »
La rage au ventre, il le sait, son salut viendra du rugby. Alors, quand il revient dans la région à 20 ans, après être rentré quelques années dans le Pacifique, il se présente dans ce qui est aujourd’hui le Campus RCT mais qui n’était alors que « Berg » : le centre d’entraînement vétuste d’une équipe du RCT qui régnait alors sans partage sur l’Europe du rugby. « Ils m’ont d’abord pris comme aspirant, et au fil de mes prestations, j’ai pu intégrer le centre de formation. »
Toujours rabaissé, par un père qui ne croit pas en lui, il s’accroche tant bien que mal. Et l’opportunité vient. Performant avec les espoirs, mais barré par un changement de coach, il quitte le Var pour l’Isère et signe son premier contrat pro avec Grenoble. Il souffle alors un grand coup : « Réussir a été échappatoire. Parce que je n’étais plus sous son toit. Je ne lui devais plus rien. »
Après une montée en Top 14 avec le FCG, il passera ensuite par Mont-de-Marsan et l’Aviron bayonnais. Finalement indépendant, il comblera sa deuxième faille, celle de l’exil, en trouvant l’amour : « Je crois que ce sentiment de devoir un peu m’adapter aux autres, de ne pas pouvoir être pleinement moi-même, s’est arrangé quand j’ai rencontré Heinui. »
Avec celle qui est aujourd’hui la mère de ses deux enfants, il retrouve un bout de Tahiti qui ne le quittera plus : « Elle a apaisé quelque chose en moi. On vient du même endroit, on se comprend. » Et pour boucler la boucle, il tient la promesse qu’il avait faite à son paternel dix ans plus tôt : « Il est venu m’applaudir à Mayol (sous les couleurs de Bayonne le 3 septembre 2022). C’était mon rêve, mais c’était aussi une revanche sur la vie. »
Revenu de longs mois de convalescence, durant lesquels il a « retrouvé la foi », Teiva Jacquelain marche à présent vers la paix.
Épaulé par sa femme et ses enfants, renforcé par la spiritualité et un physique qui ne le trahit plus, il ne demande désormais plus qu’une chose : « Reprendre le cours de [s]a carrière. » Le reste suivra.