Une sonde spatiale et deux engins français ont commencé mardi leur voyage vers les lunes de Mars pour tenter l'exploit inédit d'y récupérer des échantillons et peut-être de lever le voile sur les origines du Système solaire et de la vie sur Terre.

L'agence spatiale japonaise a annoncé mardi que la sonde Martian Moons eXploration (MMX), qui vise à être la première à récupérer des échantillons de l'une des lunes de Mars, a décollé du centre spatial de Tanegashima (sud du Japon) et qu'elle était bien en route vers la région martienne, après une séparation réussie de sa fusée.

La sonde MMX, née d'une collaboration de l'agence spatiale japonaise (Jaxa) avec le Centre national d'études spatiales (Cnes), la Nasa, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre aérospatial allemand (DLR), devrait arriver près de Mars en août 2027.

Elle restera trois ans à proximité de la planète rouge, en orbite autour de Phobos, l'une de ses deux lunes. Puis elle se posera sur ce satellite pour recueillir au moins 10 grammes de matière.

A Bord, un rover nommé Idefix

Avant cela, le rover franco-allemand nommé Idefix, en référence au chien de la bande dessinée Astérix, doit être le tout premier engin de l'histoire à sillonner Phobos. Il effectuera des observations de surface et servira d'éclaireur à la sonde pour lui garantir un atterrissage en toute sécurité.

Par ailleurs, Mirs, un spectromètre développé par le Cnes et l'Observatoire de Paris-PSL, doit "aider les scientifiques à choisir les sites les plus intéressants pour le prélèvement des échantillons", résume l'astronome Antonella Barucci, responsable scientifique de Mirs.

Le rover IDEFIX lors de sa présentation au Centre national d'études spatiales à Toulouse, le 7 septembre 2023 [AFP - Charly TRIBALLEAU]
Le rover IDEFIX lors de sa présentation au Centre national d'études spatiales à Toulouse, le 7 septembre 2023 [AFP - Charly TRIBALLEAU]

"Une première mondiale"

"Le prélèvement d'échantillons sur Phobos sera une première mondiale", a déclaré le chef du projet MMX, Yasuhiro Kawakatsu.

L'agence spatiale japonaise a indiqué que la mission étudierait aussi la possibilité d'employer Phobos comme une "station spatiale naturelle" en définissant les exigences pour un aller-retour vers Mars, élément "essentiel pour l'exploration habitée" de cette planète, a-t-il ajouté.

La mission doit aussi observer l'autre lune, Deimos, sans s'y poser, avant de revenir vers la Terre.

Avec l'espoir que la mission dévoilera comment Mars et ses deux lunes se sont formées, une donnée primordiale pour comprendre la naissance du Système solaire.

Indices sur les origines de la vie

MMX éclairera aussi "les mécanismes de transport qui ont acheminé l'eau, les éléments volatils et les composés organiques depuis les régions externes du Système solaire vers les planètes rocheuses internes (Mercure, Vénus, la Terre et Mars), des processus qui ont peut-être joué un rôle clé dans l'habitabilité de ces mondes", avait expliqué en août l'astrophysicien français Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS.

"Si Phobos et Deimos sont effectivement des vestiges de ces premiers systèmes d'acheminement, ils pourraient détenir des indices sur les origines mêmes de la vie", avait-il ajouté lors de la préparation de cette mission.

afp/bero