Publié20. octobre 2026, 01:48

Exploration spatialeUne sonde japonaise part chercher des roches sur une lune de Mars

La sonde MMX a décollé mardi du Japon avec deux instruments français. Elle doit rapporter des fragments de Phobos, une première mondiale.

Module de propulsion et modules d’exploration du vaisseau spatial MMX de la JAXA au Centre spatial de Tanegashima, en août 2026.

Module de propulsion et modules d’exploration du vaisseau spatial MMX de la JAXA au Centre spatial de Tanegashima, en août 2026.AFP

Une sonde spatiale et deux engins français ont commencé mardi leur voyage vers les lunes de  Mars pour tenter l’exploit inédit d’y récupérer des échantillons et peut-être de lever le voile sur les origines du Système solaire et de la vie sur Terre.

La sonde Martian Moons eXploration (MMX), née d’une collaboration de l’agence spatiale japonaise (Jaxa) avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), la Nasa, l’Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre aérospatial allemand (DLR), pourrait également contribuer à poser les bases d’une future exploration humaine.

La fusée H3 transportant MMX, ainsi que deux contributions françaises – un rover et un spectromètre – a décollé du centre spatial de Tanegashima (sud du Japon) mardi à 04 h 41 (21 h 41 en Suisse lundi), selon une retransmission en direct de l’agence spatiale japonaise.

Arrivée près de Mars en août 2027

En dépit de l’heure très matinale, des milliers de Japonais ont suivi l’événement en direct et posté des messages d’encouragement en ligne. Plus d’une heure après, la Jaxa a fait savoir que la sonde s’était correctement séparée de la fusée et avait «commencé son voyage» vers la région de Mars, selon son flux en direct. «J’avais rêvé de ce jour, donc je suis incroyablement heureuse», s’est réjouie la scientifique Mari Aida de la Jaxa, se disant «soulagée».

La sonde devrait arriver près de Mars en août 2027. Elle restera trois ans à proximité de la planète rouge, en orbite autour de Phobos, l’une de ses deux lunes. Puis elle se posera sur ce satellite pour recueillir au moins 10 grammes de matière.

Avant cela, le rover franco-allemand nommé Idefix, en référence au chien de la bande dessinée Astérix, doit être le tout premier engin de l’histoire à sillonner Phobos. Il effectuera des observations de surface et servira d’éclaireur à la sonde pour lui garantir un atterrissage en toute sécurité.

Par ailleurs, Mirs, un spectromètre développé par le Cnes et l’Observatoire de Paris-PSL, doit «aider les scientifiques à choisir les sites les plus intéressants pour le prélèvement des échantillons», résume l’astronome Antonella Barucci, responsable scientifique de Mirs.

«Une première mondiale»

«Le prélèvement d’échantillons sur Phobos sera une première mondiale», a déclaré à l’AFP le chef du projet MMX, Yasuhiro Kawakatsu. La Jaxa a indiqué que la mission étudierait aussi la possibilité d’employer Phobos comme une «station spatiale naturelle» en définissant les exigences pour un aller-retour vers Mars – élément «essentiel pour l’exploration habitée» de cette planète, a-t-il ajouté.

La mission doit aussi observer l’autre lune, Deimos, sans s’y poser, avant de revenir vers la Terre. La Jaxa espère que la mission dévoilera comment Mars et ses deux lunes se sont formées, une donnée primordiale pour comprendre la naissance du Système solaire.

MMX éclairera aussi «les mécanismes de transport qui ont acheminé l’eau, les éléments volatils et les composés organiques depuis les régions externes du Système solaire vers les planètes rocheuses internes (Mercure, Vénus, la Terre et Mars, ndlr), des processus qui ont peut-être joué un rôle clé dans l’habitabilité de ces mondes», avait expliqué à l’AFP en août l’astrophysicien français Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS.

«Indices sur les origines mêmes de la vie»

«Si Phobos et Deimos sont effectivement des vestiges de ces premiers systèmes d’acheminement, ils pourraient détenir des indices sur les origines mêmes de la vie», avait-il ajouté lors de la préparation de cette mission.

Le Japon a déjà expérimenté le retour d’échantillons spatiaux, notamment avec la sonde Hayabusa-2 de la Jaxa qui, en 2020, a rapporté 5,4 grammes de roches et de poussières recueillies sur un astéroïde à plusieurs centaines de millions de kilomètres de la Terre.

Les agences spatiales américaine et chinoise sont également engagées dans cette course pour ramener sur Terre des échantillons rocheux prélevés à la surface de Mars. Le rover Perseverance de la Nasa, qui parcourt la planète rouge depuis 2021, a déjà recueilli des échantillons prêts à être rapatriés sur Terre. La mission a cependant été stoppée de fait par le gouvernement du président Donald Trump après un vote du Congrès américain en janvier. La Chine a également annoncé que son engin spatial Tianwen-3 devait être lancé vers 2028 avec l’objectif de ramener des échantillons martiens vers 2031, potentiellement avant le retour de MMX.

(afp/sdn)