La gestion financière est un sujet aussi complexe que tabou et l’argent reste un sujet de préoccupation majeur : il peut être source de stress ou de conflit, alors qu’une majorité des Français déclare manquer de connaissances à ce propos. Dans un contexte où le pouvoir d’achat se réduit, il est important d’adopter de bons réflexes pour éviter les mauvaises surprises. Dans son livre Votre argent, vos choix (*), Alix de Renty, qui a travaillé pendant plus de 15 ans en banque privée et s’engage pour l’éducation financière, donne quelques conseils pour faire des choix adaptés à nos ressources et nos besoins.

Avant toute chose, il faut savoir où l’on en est financièrement. L’idée est de faire un état des lieux de votre compte bancaire, votre épargne, vos assurances, crédits ou prélèvements. « Vous listez ce que vous possédez, ce que vous devez, et comment votre argent est organisé : les comptes bancaires, fiscalités, assurances. Cela permettra de comprendre votre situation réelle », conseille Alix de Renty. L’objectif : avoir une vision globale de sa situation et repérer les dépenses ou contrats trop élevés ou dont on n’a plus vraiment besoin.

Faire son budget sur une année

« Vous allez analyser tout ce qui rentre et tout ce qui sort. La capacité d’épargne, c’est le delta entre les deux. Le mieux, c’est quand même de le faire sur un an, pour intégrer des dépenses qui n’arrivent qu’une ou deux fois par an, comme les vacances, les frais de rentrée scolaire », poursuit-elle. Les charges fixes qui reviennent tous les mois (loyer, crédit, frais de scolarités, factures) et les charges variables (courses, sorties, vacances, loisirs)… Ce budget permettra ensuite de savoir ce que vous pouvez réellement mettre de côté chaque mois, plutôt que de vous fixer un montant d’épargne impossible à tenir.

Traquer les petites dépenses qui s’accumulent

« Si, en analysant votre budget, vous ne pouvez pas épargner, alors il va falloir le décortiquer de plus près », poursuit l’experte, qui conseille de traquer les petites dépenses inutiles pouvant peser lourd à la fin de l’année. Commencez par fouiller du côté des abonnements de streaming mensuels (les utilisez-vous vraiment ?) ou des applications souscrites alors que vous ne vouliez que profiter de la période d’essai. Le café ou le repas acheté régulièrement à l’extérieur peut aussi devenir une dépense importante. Même chose pour les sorties ou certains achats impulsifs.

Aidez-vous pour cela de vos relevés bancaires et regardez chaque ligne. Inutile de chercher de grosses économies mais ces petites sommes éparpillées peuvent être importantes. « Ce sont des petites choses à ajuster, des réflexes », ajoute-t-elle, qui vous éviteront peut-être de finir à découvert.

Ne pas épargner « pour épargner »

Même si votre capacité d’épargne est faible, elle reste importante. Alix de Renty recommande de donner un objectif concret à l’épargne et d’analyser ses projets sous trois temps : court, moyen et long terme. Par exemple, vous avez une machine à laver à remplacer d’ici la fin de l’année, des vacances à financer sous un an ou une voiture à acheter sous deux ans, un projet immobilier dans cinq ans… « Plutôt que de chercher à épargner pour épargner pour le principe, je pense qu’il faut chercher à comprendre ses projets et donc les matérialiser », note-t-elle. Même une petite somme peut alors prendre du sens.

Garder une épargne de sécurité

Avant de penser rendement, mieux vaut pouvoir absorber un coup dur. Alix de Renty conseille de constituer une réserve de sécurité disponible en cas de chômage, de maladie ou de grosse dépense imprévue. Elle recommande de viser trois à six mois de dépenses courantes, qu’elle conseille de mettre en réserve.

L’experte distingue d’ailleurs plusieurs poches d’épargne. Sur le compte courant, elle conseille de conserver uniquement l’argent nécessaire aux dépenses du quotidien, avec une petite marge pour les imprévus comme une facture plus élevée ou des billets de train. Pour les dépenses prévues dans l’année, comme les vacances ou la rentrée, elle recommande de placer son argent sur des livrets (livret A, livret de développement durable et solidaire) pour avoir son argent disponible à tout moment et le faire fructifier lorsque vous ne l’utilisez pas. Enfin, elle recommande de placer l’épargne de précaution sur une enveloppe comme l’assurance-vie, avec des supports adaptés à son horizon et à son niveau de risques. L’objectif : ne pas laisser dormir inutilement son argent tout en conservant une épargne accessible lorsqu’on en a réellement besoin. « On peut prendre un petit peu plus de risque dessus, puisque la probabilité qu’on en ait besoin est quand même plus faible », indique-t-elle.

Ne pas investir dans ce qu’on ne comprend pas

Une fois le budget maîtrisé et une épargne de sécurité constituée, il est possible de réfléchir aux placements si vos finances vous le permettent. Mais pas question de vous laisser séduire par la promesse de gains rapides grâce à des formations accélérées ou des placements douteux, qui pullulent sur internet. « De nos jours, tout doit être compréhensible. Si vous ne comprenez pas, vous évitez », prévient Alix de Renty. Avant de choisir un placement, il faut notamment se demander quand on aura besoin de cet argent, quel risque on accepte de prendre, et s’il doit rester disponible. Le bon placement est d’abord celui qui correspond à sa propre situation. Avec cette vision plus claire, vous pouvez vous adresser à un banquier ou à un conseiller de façon plus assurée.

(*) Votre argent vos choix, Alix de Renty, chez Albin Michel, 19,90 euros.