"Wild Horse Nine" : les mémoires d'un agent de la CIA à Venise
Jeudi soir, après l'entrée en piste manquée en Compétition à Venise du vieux Werner Herzog avec l'improbable Bucking Fastard (fable décalée portée par les soeurs Rooney et Kate Mara), Martin McDonagh entrait pour la troisième fois en lice pour le Lion d'or avec Wild Horse Nine. Et ce après avoir décroché deux prix du scénario sur le Lido, pour Three Billboards en 2017 et pour Les Banshees d'Inisherin en 2022.
Le cinéaste irlando-britannique a de nouveau fait mouche avec un nouveau duo improbable, non plus incarné par Brendan Glazer et Colin Farrell (comme dans Bons baisers de Bruges et Les Banshees), mais par John Malkovich et Sam Rockwell, en balade dans les paysages verdoyants de l'île de Pâques…
Toute l'actualité de la 83e Mostra de VeniseQuelques semaines avant le coup d'État du 11 septembre 1973 — qui renversera Salvador Allende pour mettre le général Pinochet au pouvoir —, Chris (Malkovich) et Lee (Rockwell), deux agents de la CIA, passent quelques jours de repos sur l'île de Pâques. Le premier a toujours rêvé de voir "les grosses têtes"…
En fin de vie et perdant la tête, Chris ne se fait pas très discret à l'aéroport de Santiago, dévoilant à deux jeunes étudiantes (Mariana Di Girólamo et Ailín Salas) travailler activement à la déstabilisation de la démocratie chilienne… De quoi inquiéter sérieusement MJ (Steve Buscemi), le chef du bureau de la CIA à Santiago du Chili, qui voit par ailleurs d'un mauvais œil le projet d'écriture de ses mémoires de son vieil espion, qui a participé à tous les sales coups des services secrets américains ces 30 dernières années. Dont un à Dallas en 1963…
Écriture imparable
Issu du théâtre, Martin McDonagh est un cinéaste rare. Wild Horse Nine n'est que son cinquième film depuis Bons Baisers de Bruges en 2008. Mais, à chaque fois, il parvient à imposer sa tonalité si particulière. Si Les Banshees d'Inisherin (tiré de l'une de ses pièces) nous plongeait dans l'absurde pour parler de l'amitié et de la fierté mal placée, il revient ici à son questionnement sur l'Amérique, comme dans le génial Three Billboards. Non plus pour montrer l'état de délabrement de la société américaine — on était alors au lendemain de la première élection de Donald Trump —, mais pour évoquer son histoire politique.
Par le biais d'un humour ravageur — tant dans les dialogues que les situations, parodiant avec ironie les films d'espionnage —, Wild Horse Nine ausculte avec finesse le rôle de l'impérialisme étasunien au cours de l'Histoire. Avec pas mal de cynisme, mais aussi un brin d'optimisme. À travers une galerie de personnages dont aucun ne se résume à l'image que l'on pourrait avoir de lui au moment où on le découvre. Du pain béni pour un casting à nouveau aux petits oignons, qui se prête au jeu avec un plaisir évident, John Malkovich et Sam Rockwell en tête.

Fable historique Scénario et réalisation Martin McDonagh Photographie Ben Davis Musique Carter Burwell Montage Mikkel E.G. Nielsen Avec John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Parker Posey, Mariana Di Girólamo… Durée 1h58
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