"Je reste ouvert à toute possibilité": l'Anglais Junior Kpoku évoque le XV de France
Le polyvalent troisième ligne, capable également d'évoluer dans la cage, impressionne depuis sa signature à Toulon. Devenu JIFF cette saison, l'ancien champion du monde des moins de 20 ans avec les Baby Roses en 2024 a prolongé son aventure sur la rade jusqu'en 2029 lors de la précédente intersaison. En contact avec des clubs anglais pour rentrer au pays, il s'explique sur son choix, qui le rend à nouveau inéligible à la sélection anglaise, mais aussi sur la perspective de potentiellement pouvoir postuler au XV de France à l'automne 2028.
À la terrasse du Campus RCT, en août dernier, Junior Kpoku est arrivé avec un sourire éclatant, comme toujours. Le jeune homme de 21 ans dégage une bonhomie et une énergie contagieuses depuis sa signature à Toulon en janvier dernier. Il a le "check" facile et le goût des blagues. Au détour d'une première discussion, sa grande confiance en lui saute immédiatement aux yeux. Ce cocktail surprend, notamment Franck Azéma qui s'est confié sur un élément qu'il apprend à découvrir depuis son retour à Toulon : "Il ne faut pas le mettre dans une case. Il faut lui laisser de la liberté, mais il travaille dur pour l’équipe. Il est attachant, très jeune encore. Je trouve que c’est quelqu’un de riche." Humainement, et professionnellement.
Le cadet d'une fratrie de trois rugbymen de haut niveau - Jonathan (Albi) et Joel (Nissa Rugby) - concentre de fortes attentes depuis son éclosion à la coupe du Monde des moins de 20 ans avec les Baby Roses en 2024. Aux côtés notamment d'Henry Pollock, il a été prépondérant dans la victoire finale et a rapidement été starifié outre-Manche. À l'aube de sa première saison complète avec le RCT, après une pige remarquée en prêt, "JK" a accepté de parler d'un sujet sérieux, et plutôt sensible pour lui : son choix de sélection nationale. L'intéressé n'a jamais eu la chance de porter le maillot du XV de la Rose. Comme les frères Willis et bien d'autres avant lui, le Londonien est inéligible parce qu'il évolue en dehors du sol national. En même temps, il pourrait être disponible pour le XV de France à l'automne 2028. Il cochera alors le critère 8.1 (c) du règlement World Rugby : avoir été enregistré pendant 60 mois consécutifs auprès d'une fédération ou d'un organisme de rugby du pays.
Pour Kpoku, la décision de rester en France a été "difficile"
Avec ses mensurations (2,04 m et plus de 120 kilos), l'ex-joueur du Racing 92 est l'archétype du joueur moderne, capable de couvrir une quantité intéressante de postes (quatre, cinq, six et sept). Dans un rugby à XV qui pousse à la polyvalence, aussi bien chez les titulaires que les finisseurs, il est l'un des exemples les plus frappants de ce que tend à réclamer le jeu. Contre Vannes, positionné comme flanker - son poste préférentiel à ses yeux - il a montré qu'il savait lutter au sol (trois grattages complétés dès le premier quart d'heure), être à l'aise dans le jeu aérien (il a été utilisé en touche) et ballon en main. Il a d'ailleurs offert le bonus offensif aux siens dans les toutes dernières minutes face aux Bretons.
Des atouts qui font de lui l'un des joueurs du présent, mais aussi de demain. Pas étonnant, donc, que ce joueur formé à l'académie des Saracens a reçu plusieurs offres lors du précédent été : "J'ai eu plusieurs discussions avec des clubs anglais, et j'ai même été à deux doigts de signer avec l'un d'entre eux. Quand mon agent m'a appelé pour me demander si je voulais rester à Toulon, j'ai répondu : "Quel sera le staff de Toulon l'année prochaine ? Est-ce que je peux progresser encore ici ?" Je suis allé voir Pierre (Mignoni) et le président évidemment. Quand j'ai su qu'Alex (Codling, entraîneur des avants) allait arriver, ça a confirmé ma décision de rester ici. C'est un excellent entraîneur, avec une grande réputation en Angleterre. Il va me permettre de passer un cap. L'arrivée de Franck (Azéma) est aussi une bonne nouvelle. Il a eu de superbes résultats par le passé. Puis, le club a aussi été formidable avec moi depuis mon arrivée ici. Ces sept derniers mois ont eu une importance."
Et ils ont fini par le faire repousser un retour au pays, alors que le sélectionneur Steve Borthwick n'a jamais caché qu'il était attiré par ce potentiel rare en vue d'une potentielle intégration au sein du XV de la Rose. "C'était une décision difficile, reprend le joueur. Elle m'empêche de pouvoir éventuellement postuler à une place pour la prochaine Coupe du monde. Je la regarderai donc à la télé (rires). En même temps, je sais ce que j'ai à faire pour progresser. Personnellement, je pense que je ne suis pas encore prêt pour le niveau du dessus. Le Top 14 est déjà d'un tel niveau. Je suis resté parce que j'avais envie d'affronter des joueurs de classe mondiale chaque week-end. Toulon m'offrait cette perspective. Je vais donc me donner trois ans pour voir ce qui se passera ici. Après, soit je resigne ici pour jouer avec la France, soit je retourne au Royaume-Uni et j'essaie de me faire une place en équipe d'Angleterre."
Fabien Galthié maintient le contact avec lui
Depuis son arrivée dans l'Hexagone en 2023, il a toujours pris soin de faire attention à sa communication - il s'exprime par exemple toujours en anglais dans un cadre professionnel malgré sa parfaite maîtrise du français - et c'est ainsi la première fois, à notre connaissance, qu'il ouvre la perspective de porter le maillot frappé du coq : "C'est dans ma tête, confirme-t-il. C'est évidemment un immense honneur de jouer pour n'importe quelle équipe nationale. Vous savez, mes parents sont congolais et nous parlions le français à la maison avec le lingala. Moi, je suis né au Royaume-Uni. J'y ai fait toutes mes classes en tant que rugbyman avant de finir ma formation ici. On verra où le rugby me mènera. Je ne peux pas encore trop me projeter. Je pense seulement au présent. Vous savez, c'est un choix personnel, comme j'ai déjà réalisé des choix pour ma carrière en club. J'ai dû bien réfléchir avant de signer, car je suis désormais bloqué pour la sélection anglaise. Mais, en évoluant à Toulon, dans un environnement favorable, je pense que je vais être bientôt prêt pour le niveau international, d'ici deux ans à mon sens. Que ce soit l'Angleterre ou la France, il me suffit de travailler et d'être prêt dans deux ans. C'est un objectif et je reste ouvert à toute possibilité. À l'heure où nous parlons de cela, je n'ai pas pris une décision à 100 % de ce que je vais faire."
- À lire aussi : "Avec de la confiance, on va mieux jouer" : à Toulon, une victoire et un "ouf" de soulagement
Dernièrement au Campus RCT, il a eu, selon nos informations, le plaisir de discuter avec le sélectionneur du XV de France Fabien Galthié : "Oui, c'est vrai que nous avons déjà parlé. On a juste parlé tranquillement de mon jeu et de ce que je dois améliorer pour arriver à mon plein potentiel. C'était vraiment intéressant et enrichissant. Par contre, nous n'avons pas parlé de mon choix de sélection. S'il est toujours sélectionneur dans plusieurs années, ou même si un autre arrive, il me sera ainsi facile de savoir le rôle que je pourrais avoir à jouer avec la France." Ce pourrait être, alors, une sacrée prise entre concurrents de l'Hémisphère nord.