REPORTAGE. "Si ça devait m’arriver, bien sûr que je passerais par là…" À Auch, le nouveau droit à "l’aide à mourir" salué par la population
l'essentiel Une semaine après l'adoption de la loi instaurant un droit à "l'aide à mourir", les réactions au sein de la population sont plutôt positives. Jeunes, retraités, personnel soignant : nombreux sont ceux qui l'envisagent comme une avancée sur le plan sociétal. Reportage dans le Gers, à Auch.
Une loi "historique". C'est en ces termes que Pierre Juston accueille l'adoption par l'Assemblée nationale du texte concernant le droit à "l'aide à mourir", le 15 juillet. Pour le secrétaire général adjoint de l'Association du droit de mourir dans la dignité (ADMD), cette loi récompense un engagement sans relâche sur un sujet de société qui a tant fait parler de lui ces dernières années. "C'est une loi d’émancipation de l’individu, par lui-même et pour lui-même", se réjouit-il.
À lire aussi : Aide à mourir : décryptage de la nouvelle loi en 5 questions
Délégué de l'ADMD pour la Haute-Garonne et le Gers, Pierre Juston n'est pas naïf pour autant : il mesure bien le poids des résistances que cette loi a suscitées, à l'image de ce curé de paroisse gersois ayant récemment comparé le droit à l'aide à mourir au retour du nazisme. Lui-même en a fait les frais ces derniers mois : "J'ai reçu des menaces, des injures, des insultes, notamment par cette sphère-là que j’estime être intégriste. Elle ne représente absolument pas une immense majorité des croyants qui rejoint l’immense majorité des Français sur le sujet."
"C'est une liberté qui était confisquée"
Pour Pierre Juston, pas de doute : le droit à "l'aide à mourir" représente en effet une avancée pour les personnes concernées "qui se trouvaient dépossédées de cette liberté". "Nous estimions que c'est une liberté qui était confisquée", insiste le secrétaire général adjoint de l'ADMD.
Installé à Auch, Eric partage cet avis. Âgé de 58 ans, il approuve pleinement cette nouvelle loi au regard de son expérience personnelle et familiale. "Je préfère que les gens partent sereinement, avec de la dignité plutôt qu’avec de longues souffrances. J’ai perdu mon père dans un cancer il y a bientôt trois ans, j’ai vu ce que c’était que cette longue dégénérescence et ces souffrances abominables." Il ajoute, d'un ton catégorique : "Si ça devait m’arriver, bien sûr que je passerais par là, sans aucun doute."
À lire aussi : "Les députés ont changé le cours de ma mort..." Le message bouleversant de Charles Biétry, atteint de la maladie de Charcot après l’adoption de la loi sur l’aide à mourir
Pour cet autre Auscitain, qui a souhaité conserver l'anonymat, cette loi est aussi vécue comme un soulagement, le recours à l'euthanasie ou au suicide assisté ayant fait l'objet de nombreuses pratiques clandestines par le passé, dans le Gers comme ailleurs en France. Il rappelle ainsi le cas d'un "ami atteint du cancer en phase terminale et qui a souhaité abréger ses souffrances", avec le soutien de sa famille et de son médecin. "Avant, il fallait se cacher. Aujourd'hui au moins, on peut le faire dignement", salue-t-il.
"Ce n'est pas un geste facile"
Natif de Belgique, Quentin apprend avec surprise l'instauration de cette nouvelle loi en France, le plat pays l'ayant adoptée en 2002. "Je pensais que ça existait déjà un peu partout", glisse-t-il. Le jeune animateur de 24 ans a connu dans son entourage une personne victime de la maladie de Charcot ayant eu recours à la loi belge. "À un moment donné, quand elle ne savait plus manger, plus boire, elle a décidé de mettre fin à ses jours", témoigne-t-il. Pour lui, le droit à "l'aide à mourir" devrait être généralisé partout en Europe : "Pourquoi ne pas appliquer les mêmes lois partout ?", interroge-t-il.
Les soignants se montrent eux aussi favorables à cette nouvelle loi, à l'image de Marine, infirmière de 25 ans installée à Auch. "J’ai travaillé à l’Oncopole donc je pense que c’est peut-être bénéfique pour certaines personnes. Cela peut abréger leurs souffrances", livre-t-elle. Marine assure qu'elle pourrait accepter de prendre part à une procédure de ce type à l'avenir. Elle sait toutefois que la loi l'autorisera à changer d'avis, une clause de conscience étant prévue pour les professionnels de santé qui refuseraient d'y participer. "Ce n'est pas un geste facile. De savoir que c'est très réglementé, c'est rassurant", conclut-elle.
Pierre Juston : "Il faut aussi développer les soins palliatifs"
Si l'adoption de la loi sur le droit à l'aide à mourir représente une avancée majeure pour Pierre Juston, le secrétaire général adjoint de l'ADMD n'en oublie pas pour autant l'importance des soins palliatifs. "Il faut avancer sur deux jambes, assure-t-il. En Belgique, une aide à mourir sur deux se fait dans le cadre de soins palliatifs. Il n’y a pas d’opposition entre les deux. Simplement, il faut les deux."