À Orp-Jauche, les tortues de Floride envahissent la réserve naturelle du Paradis, aidées par un mystérieux vandale
Depuis une dizaine d'années, des tortues de Floride coulent des jours heureux à l'étang du Paradis, à Orp-Jauche. A priori, cela peut prêter à sourire. Sauf que cette espèce est en réalité exotique et invasive. L'ASBL la Petite Jauce lutte contre ce phénomène mais éprouve des difficultés à se défaire des reptiles.
"Des personnes dont on ne connaît pas l'identité ont déposé des tortues de Floride à joues rouges, il y a une dizaine d'années. C'est une espèce que l'on vendait auparavant pour des aquariums. Quand elles sont devenues trop grosses pour l'aquarium, les personnes les ont déposées, sans doute avec une bonne intention, dans l'étang de la cimenterie, où elles ont énormément grossi. On en a dénombré plus d'une dizaine, dont une vraiment énorme", explique Joël Doneux, le président de l'association.
"Une vraie calamité"
Leur présence n'est pas sans conséquence dans cette réserve naturelle. "Elles détruisent énormément la biodiversité sur place. C'est une espèce omnivore. Elle mange des batraciens et des poissons notamment. Elle les mord et arrache une partie du corps du poisson. Il y a des plantes rares dans cette réserve, c'est une vraie calamité pour le site…"
Du coup, l'ASBL est chargée de mettre en place un système destiné à retirer les tortues de Floride, en respectant le bien-être animal. "On a posé des cages: des cages avec apparts où elles peuvent entrer mais plus ressortir. On en a piégé deux de la sorte, qui ont été conduites au parc animalier Pairi Daiza. On a payé pour qu'elles soient hébergées là-bas." Preuve que l'association prend en compte leur bien-être. "Mais tout le monde ne comprend pas notre démarche. Le troisième piège installé a été détruit et écrasé. Une personne l'a remarqué et s'oppose peut-être à cette capture. On a ensuite posé un piège à un autre endroit, moins visible des passants, parce qu'il s'agit d'un lieu public. Là aussi il a été détruit", déplore Joël Doneux.
La Commune a alors communiqué sur le sujet pour expliquer la démarche et rappeler que le dépôt et l'import de toute espèce ou plante exotique dans une réserve naturelle était interdite et susceptible de poursuite. Un panneau va également être apposé prochainement, à l'entrée de la réserve naturelle. "Avec le responsable des espèces envahissantes du Contrat de rivière Dyle-Gette, on envisage la possibilité de placer un piège flottant, avec moins de probabilités qu'il soit détruit. On réfléchit aussi à l'installation de caméras de surveillance, pour repérer l'auteur des faits et expliquer que ce n'est pas de la maltraitance animale."
Finalement, l'opération qui a rencontré le plus de succès jusqu'à présent a été"réalisée par une personne très habile. Elle a réussi à attraper cinq tortues à l'aide d'un filet. Elle les a déposées chez elle, dans un bassin, avant de les emmener à Pairi Daiza. Selon cette personne, il y avait au moins cinq autres tortues, nettement plus farouches."
Une troisième méthode a été envisagée, mais elle ne fait pas l'unanimité: demander à des chasseurs de tirer sur les tortues, lorsqu'elles se réchauffent au soleil. "C'est plus violent, mais elles ne souffriront pas si elles sont tuées sur le coup."
Vu la lenteur des tortues terrestres, on pouvait cependant imaginer une capture nettement plus facile. "Il y a plusieurs arbres qui sont tombés dans l'étang et ressortent en partie de l'eau. Les tortues sont des animaux à sang froid, elles se réchauffent au soleil en restant sur les branches. Dès qu'on s'approche à une cinquantaine de mètres, elles plongent dans l'eau. Il faut les attraper par surprise, quand elles sont au sol, mais c'est rarement le cas. Mine de rien, l'étang fait trois ou quatre mètres de profondeur. Quand elles sont dans l'eau, c'est impossible pour nous."
Le président de la Petite Jauce insiste bien sur le fait que "c'est pour le bien des tortues qu'on essaie de les attraper. Elles seront soignées à Pairi Daiza, ou dans le centre Creaves de Huy. On ne va pas les torturer, bien entendu. Il faut bien comprendre que leur présence est néfaste pour la réserve naturelle."
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