"Ça m’appelait, cette aventure" : à 23 ans, cette jeune Lotoise va embarquer pour une expédition scientifique transatlantique pendant huit mois sur un voilier
l'essentiel Mélie Ravayrol, 23 ans, s'apprête à traverser l'Atlantique pour une expédition scientifique et pédagogique avec le projet Odyssciences. Début novembre, elle embarquera avec quatre autres jeunes dans une mission visant à étudier la biodiversité marine jusqu'aux Antilles.
Il y a quelques semaines à peine, Mélie Ravayrol n'avait jamais navigué. Jamais. Dans quelques semaines, début novembre, la jeune Lotoise va embarquer pour une expédition scientifique et pédagogique, d'un rivage à l'autre de l'Atlantique. Des mois de navigation, et trois semaines en haute mer, sans voir la terre. Le projet Odyssciences mêle tout ce qu'elle aime : partir pour un ailleurs, loin de tout, et pratiquer les sciences en milieu naturel, avec de forts enjeux environnementaux. "Ça m'appelait, cette aventure", résume la jeune femme de 23 ans.
Scientifique de formation, aventurière de caractère
Mélie Ravayrol a toujours fonctionné comme ça, mélange d'impulsion, de bonne intuition et de confiance. Le bac en poche, après une scolarité à Gourdon puis à Cahors, elle décide de quitter le confort de la maison familiale de Montfaucon pour s'installer à Paris, pour suivre une licence CPES "Sciences et lettres".
Elle s'envole ensuite deux ans à Montréal en master "Environnement et développement durable", pour perfectionner son anglais et voir autre chose. "À chaque fois, je me disais que ça avait l'air sympa, alors hop, j'y suis allée", raconte-t-elle le plus naturellement du monde. Alors quand une amie la contacte, il y a un peu plus d'un an, parce qu'il leur manque un équipier pour Odyssciences, Mélie n'a pas hésité.
Des prélèvements pour mieux connaître la biodiversité marine
Durant neuf mois, de novembre à juin, de Marseille aux Antilles en passant par les Canaries et le Cap-Vert, l'équipage de cinq (trois filles et deux garçons, tous de formation scientifique), va collecter des données pour mieux connaître la biodiversité marine, pour le compte de chercheurs, associations et instituts. Le bateau Carlina appartient à l'association Ocean Trotter, qui chapeaute l'expédition. Ce voilier de 13 m de 1982 amarré dans la cité phocéenne, a déjà servi à deux expéditions. "Actuellement, on bricole, on range, on démonte, énumère Mélie Ravayrol. C'est très chouette de voir vraiment ce qu'il a dans le ventre."
Début septembre, la jeune troupe a effectué un intense stage de navigation sur l'étang de Thau, pour se familiariser avec les manœuvres de base, les virements de bord... L'une des membres d'Odyssciences est skippeuse et endossera le rôle de capitaine. "C'était très intense, j'appréhendais un peu car je ne voulais pas être le boulet de l'équipe, confie Mélie. Je me sens assez sereine maintenant." Elle dit même avoir été "piquée par la navigation, la cartographie, les vents et les courants, ça m'intéresse beaucoup."
En communauté, dans un espace réduit, pendant des mois
Mélie apprend aussi la vie en groupe. Car si les cinq scientifiques se connaissent, ils ne sont pas (encore) amis. C'est presque l'aspect qui l'inquiète le plus : vivre en communauté, dans un espace réduit, pendant de longs mois. Elle qui chérit tant sa campagne lotoise, le calme de Montfaucon - "Mes racines, mon port d'attache" - et la quiétude dans laquelle elle aime se plonger.
"Je découvre les autres, on a un but commun et tout se passe bien. Là, je suis plus dans l'excitation que dans l'appréhension. Tous ces préparatifs, c'est déjà le début de l'aventure." Ce qu'on nomme l'appel du grand large.
Etudier le plancton, écouter les baleines... et transmettre aux enfants
Le programme s'avère chargé pour les cinq étudiants qui embarquent pour Odyssciences. L'expédition vise à analyser la biodiversité marine. Ils ont pour mission de prélever des échantillons de plancton pour l'association Plankton Planet. Ces données, corrélées avec la couleur de l’eau prise par image satellite (par la NASA et l'Agence spatiale europeenne), permettront de mieux comprendre l’état de santé des océans. Idem avec des prélèvements de microplastiques pour le compte d'OceanEye.
Odyssciences va aussi enregistrer le chant des baleines pour un bureau d'études canadien, voire prendre des photos des grands mammifères marins. Enfin, en Guadeloupe et en Martinique, Mélie Ravayrol et ses collègues vont procéder à un inventaire de la biodiversité de la mangrove pour le compte d'un chercheur britannique.
"Nous n'avons pas envie de mener notre projet tout seuls dans notre coin"
"Mais nous n'avons pas envie de mener notre projet tout seuls dans notre coin, soutient la scientifique lotoise. Tout ça, nous avons envie de le partager." Des contacts sont déjà pris avec des écoles des Antilles. Dans le Lot, Mélie Ravayrol est intervenue devant des élèves du lycée des Territoires du Montat. Le 5 octobre prochain, elle et deux autres équipiers présenteront leur mission à des lycéens de Clément-Marot, à Cahors, son lycée d'origine (joueuse de Pradines Lot Basket, elle y était en section basket) . "En Terminale, une scientifique était venue parler de son métier et des dauphins. C'était la première fois que je rencontrais une chercheuse, j'étais fascinée, raconte la jeune femme. Moi qui voulais devenir ingénieure à la base, cette rencontre a été déterminante dans mon orientation vers la recherche en milieu naturel. Et surtout pas dans un labo, très peu pour moi!"