Paroles d'ex - Les souvenirs d'Iker Casillas sur la finale de la Coupe du monde 2010 entre l'Espagne et les Pays-Bas : « Robben a choisi la pire option »
« Quel est votre premier souvenir de Coupe du monde ?
Tout est allé très vite pour moi. Avant le Mondial 2002, Santiago Canizares était le numéro un, mais il se blesse à un pied (un flacon de parfum lui sectionne le tendon quelques jours avant le début de la compétition). José Antonio Camacho (le sélectionneur) me dit alors : "Fiston, tu vas être le gardien titulaire, tiens-toi prêt, j'ai confiance en toi, on sait ce que tu vaux, alors pas d'excuses." J'avais tout juste 21 ans et le tournoi s'est plutôt bien passé pour moi. Dommage qu'on perde aux tirs au but contre la Corée du Sud (0-0, 3-5 aux t.a.b. en quarts de finale) et encore plus dommage pour le match en lui-même, parce que je ne crois pas qu'on aurait dû en arriver là.
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Cette Coupe du monde a beaucoup marqué le monde du football. Je crois qu'elle a sérieusement ébranlé les instances arbitrales et tout ce qui peut se passer en coulisses dans le choix des arbitres et leurs décisions. L'Italie (éliminée par la Corée du Sud en huitièmes de finale, 2-1 après prolongation) et le Portugal (sorti en phase de groupes, après une défaite 1-0 contre les Sud-Coréens) ont aussi été lésés. Pour moi, il y a eu une véritable conspiration contre les équipes européennes. Enfin, appelez ça comme vous voulez, toujours est-il que je crois que l'image de la FIFA a été sérieusement écornée par ce Mondial.
Iker Casillas en bref
45 ans (ESP). Ancien gardien de but. 167 sélections.
Parcours professionnel : Real Madrid (1999-2015), FC Porto (2015-2020).
Palmarès : (principaux trophées) Coupe du monde 2010, Euros 2008 et 2012, Ligue des champions (2000, 2002, 2014), Championnat d'Espagne (2001, 2003, 2007, 2008, 2012), Coupe du Roi (2011, 2014), Championnat du Portugal (2018).
Le sélectionneur qui vous a le plus marqué ?
Luis Aragonés (sélectionneur de l'Espagne de 2004 à 2008), parce qu'il m'a confié le brassard très tôt. Quand il décide de ne plus convoquer les anciens, je suis le deuxième joueur le plus expérimenté en sélection. J'avais à peine 25 ans. C'était très jeune. Ensuite, j'ai été capitaine de la sélection pendant dix ans. Une plutôt belle longévité, non ?
Le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué avec la Roja ?
Houla, c'est difficile. J'ai joué avec de très grands joueurs. Carles Puyol était très fort, à la fois physiquement et mentalement. Sergio Ramos aussi, dans son style. J'ai toujours voulu avoir un Ramos dans ma défense, un Puyol, un (Gerard) Piqué aussi. Ce sont des joueurs qui t'offrent des garanties.
« Quand j'ai vu Robben foncer vers moi, la seule chose à laquelle je pensais, c'était : "Tiens bon, tiens bon, tiens bon, tiens bon !" »
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Le match qui a changé le destin de l'Espagne ?
Le huitième de finale contre la France en 2006 (1-3). Sur les onze joueurs alignés ce soir-là, je crois qu'on était sept ou huit à faire partie ensuite de l'équipe finaliste de l'Euro 2008 contre l'Allemagne (six en réalité : lui-même, Puyol, Ramos, Xavi, Fabregas, Torres). Ces deux années de maturité supplémentaires ont été essentielles en termes d'expérience, c'est là qu'on a semé les graines du futur de la sélection espagnole, devenue imbattable les années qui ont suivi (*). Ce match-là nous a marqués, en bien, pour l'avenir.
(*) La Roja a enchaîné une victoire à l'Euro 2008 contre l'Allemagne (1-0), à la Coupe du monde 2010 face aux Pays-Bas (1-0, a.p.) et à l'Euro 2012 contre l'Italie (4-0).

Iker Casillas (au centre) et Carles Puyol (à droite) célèbrent la première Coupe du monde remportée par l'Espagne, en 2010. (S. Mantey/L'Equipe)
Le moment où vous vous êtes senti le plus fort ?
Lors de mon face-à-face avec Arjen Robben en finale du Mondial 2010 (1-0 a.p. face aux Pays-Bas). Wesley Sneijder le trouve dans la profondeur et prend notre défense à contre-pied. Puyol comme Piqué ne s'attendaient pas à cette passe. Quand j'ai vu Robben foncer vers moi, la seule chose à laquelle je pensais c'était : "Tiens bon, tiens bon, tiens bon, tiens bon !" Je me suis finalement jeté parce que je pensais qu'il allait me dribbler. Parmi toutes les options qu'avait Robben, il a choisi la pire. Sincèrement, s'il marque là, il y a fort à parier que ce match se termine différemment.
Vous n'avez pas pensé à vous faire tatouer cette parade d'anthologie, comme l'a fait Emiliano Martinez sur un des mollets après son arrêt face à Randal Kolo Muani en finale du Mondial 2022 ?
Non, non. "Dibu"et moi, on est complètement différents.
La plus grosse fête après un match ?
Après notre victoire en Afrique du Sud, bien sûr. Tout est allé très vite. Après le match, on a célébré sur la pelouse du Soccer City (le stade de la finale, à Johannesburg) pendant une heure et demie, puis on a continué dans le vestiaire. Ensuite, on a pris un avion pour l'Espagne, on a bu du champagne et la fête s'est poursuivie toute la nuit... On n'était pas vraiment conscient de ce que cela signifiait. Quand on est arrivés à Barajas (l'aéroport de Madrid), après douze heures pratiquement sans dormir, on a réalisé ce qu'on avait accompli. On a fait le tour de Madrid en car pendant six ou sept heures. C'était à la fois dingue et merveilleux de voir tout le pays célébrer et s'unir derrière nous, de voir ressurgir cette fierté espagnole qui s'était un peu éteinte.
« Je n'étais pas grand (1,85 m) ni imposant physiquement, mais je compensais ce manque de taille par ma rapidité de mouvements »
Le joueur perdu de vue que vous aimeriez revoir ?
Victor Valdés. Ça fait très longtemps que je ne l'ai pas vu. Vraiment très longtemps. On a vécu tellement de choses ensemble... Je l'ai aperçu lorsqu'il était entraîneur du Real Avila, l'an dernier (club de Quatrième Division, en fin de saison 2024-2025), mais on n'a pas pu parler ou prendre un café. Et là, il est reparti dans la nature (sourire).
La défaite qui vous a fait le plus mal ?
Contre les Pays-Bas (1-5 en phase de groupes) en 2014. C'était vraiment cruel pour cette équipe de terminer ainsi. Surtout au vu de ce qu'on avait fait avant. On mène 1-0, on rate une occasion en or avant la mi-temps, ils égalisent, et en deuxième période tout s'effondre. À partir de là, notre Mondial a été un désastre (défaite 2-0 contre le Chili lors du deuxième match et élimination dès la phase de groupes). Je crois que cette sélection aurait mérité de mieux finir.
Le gardien actuel qui vous ressemble le plus ?
Je dirais Joan Garcia du Barça. Ou même David Raya. Ce ne sont pas des gardiens très grands (1,93 m et 1,86 m) comme peuvent l'être (Gianluigi) Donnarumma, (Thibaut) Courtois ou (Manuel) Neuer (qui font respectivement 1,96 m, 1,99 m et 1,93 m). Mais ils sont agiles et rapides. Moi-même, ce qui me caractérisait, c'était d'être assez rapide dans mes interventions. Je n'étais pas grand (1,85 m) ni imposant physiquement, mais je compensais ce manque de taille par ma rapidité de mouvements. »
Sa vie d'ex
Second joueur le plus capé de l'histoire de l'Espagne (167 sélections) derrière Sergio Ramos (180), l'ancien portier du Real Madrid (725 matches) et du FC Porto (156 matches), qui a fêté ses 45 ans le 20 mai, ne s'est pas vraiment éloigné du football. Ambassadeur de la Liga et directeur adjoint de la fondation du Real Madrid, il est aussi vice-président de l'AFE, le syndicat des footballeurs espagnols. En 2020, il a envisagé de briguer la présidence de la Fédération espagnole, avant de renoncer. « Je ne me suis pas senti le bienvenu, j'ai préféré ne pas insister », lâche-t-il.
Associé à son ancien coéquipier Gerard Piqué dans l'aventure de la Kings League, il a monté une agence de marketing sportif et anime désormais le podcast Bajo los Palos ( « Entre les poteaux »), lors duquel il reçoit des légendes, tel que David Villa, Romario ou Luis Figo. F. To.