En s'attaquant au Canada ce mardi, Donald Trump pourrait s'attirer la foudre des "gym bros" adeptes de musculation
Alcool, produits laitiers, motos, poudres protéinées… Dès ce mardi, les États-Unis vont interdire l'importation de certains produits canadiens sur leur territoire. Une étape supplémentaire, qui va au-delà de nouvelles taxes donc, dans le bras de fer entre les deux pays voisins. Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez ING Belgique, le conflit dépasse désormais largement la seule question commerciale.
"Globalement, on a un peu une rupture presque plus politique", avance-t-elle, alors que les deux nations avaient ratifié en 2020 L'Aceum (accord Etats-Unis, Canada, Mexique, ou USMCA en anglais, qui avait succédé à l'Alena). Un accord mis à mal par cette nouvelle escalade commerciale donc.
"Normalement, quand on a un accord, on ne revient pas rajouter des droits de douane supplémentaires ou des interdictions sur cet accord. Là, il y a une vraie rupture", relève l'économiste.
guillement"Tout le monde le disait, mais Donald Trump n'a pas voulu l'entendre. Et donc il est un peu coincé."
Pour le Canada, l'enjeu est de taille. Son économie reste très dépendante de son voisin américain, pays avec lequel il partage son unique frontière, même si une revue de presse des médias canadiens permet de constater que l'escalade ne semble pas faire peur.
"Les chaînes de production en Amérique du Nord sont assez intégrées entre le Canada et les États-Unis. Donc ça va tout de même avoir des conséquences", explique Charlotte de Montpellier, bien que l'impact direct réel reste limité au niveau des prix. Précisons que le Québec, et son entreprise Bombardier Produits récréatifs (BRP), n'a exporté "que" 5 000 motos environ l'année dernière, par exemple (dont des moto-neige ou Can-Am).
La capitale du Canada va rebaptiser l'avenue Trump : "Je n'aime pas l'idée qu'il y ait, dans notre ville, quoi que ce soit portant son nom""Je ne dirais pas que ça va mener globalement à un effondrement, à une récession, ce genre de choses. On n'est pas dans ce débat-là", lance-t-elle. C'est une dégradation plus diffuse, "une fragilisation presque structurelle", poursuit-elle.
C'est cette dégradation qui a poussé le Premier ministre canadien, Mark Carney, à faire une excursion en Europe en parallèle du G7, mi-septembre, pour renforcer les liens avec le Vieux-Continent, et diversifier les partenaires commerciaux du Canada.
guillement"C'est quand même un peu embêtant de passer à côté des consommateurs qui ont le plus grand pouvoir d'achat du monde."
"Mais on a beau vouloir se diversifier, c'est quand même un peu embêtant de passer à côté des consommateurs qui ont l'un des plus grands pouvoirs d'achat du monde", rétorque Charlotte de Montpellier.
Poudres protéinées : vers une révolte des "gym bros" adeptes de musculation ?
Parmi les produits concernés par les nouvelles tensions commerciales, on retrouve le lactosérum, indispensable pour les poudres protéinées type "whey".
Ce qui peut sembler être anecdotique pourrait peser électoralement sur Donald Trump.
"Il ne faut pas rigoler. Les poudres protéinées, c'est devenu super important, comme les coupes faims ou l'Ozempic", ajoute Charlotte de Montpellier.

"Le marché de la protéine en tant que tel est en train d'exploser complètement. Et donc, effectivement, de plus en plus de gens sont sensibles au prix des poudres protéinées". Dont les adeptes de musculation, mais pas seulement.
"Peut-être que ça ne se fera sentir que dans deux mois ou trois mois. Mais effectivement, ça aura un impact", poursuit-elle.
Les marchés s'en fichent ?
Paradoxalement, les annonces de Donald Trump provoquent aujourd'hui moins de réactions sur les marchés que lors du Liberation day, en 2025, où il avait imposé des droits de douane au monde entier pour tenter de rétablir la balance commerciale américaine.
Trump menace l'Union européenne de "droits de douane très lourds", en cas d'association avec le Canada"Donald Trump menace, menace, menace, mais finalement, on n'a pas le pire scénario qui se répercute", poursuit l'économiste. Résultat ? 6 % de taxes en moyenne sur les produits importés de l'étranger. On est au-dessus des 2,4 % avant la "crise commerciale", mais on reste en dessous des 12 %, voire 25 % ou même davantage imposés lors du Liberation day, et depuis détricotés par la Cour suprême américaine qui, pour rappel, les a déclarés illégaux.
"Tout ça montre que le monde se transforme, que les tensions commerciales, ça va rester une réalité, que cela va renforcer la volatilité de l'inflation, mais c'est une nouvelle réalité", estime Charlotte de Montpellier.
Le prix du burger, la grande panique de Trump ?
Il y a toutefois des produits sur lesquels la hausse des prix devient beaucoup plus difficile à ignorer politiquement.
La viande hachée en est un bon exemple. Début septembre, l'administration Trump a temporairement réduit certaines barrières douanières sur le bœuf importé pour une période de 90 jours, dans un contexte de forte hausse des prix de la viande aux États-Unis.
Tensions avec Trump et question du contrat F-35 au Canada : "Ils ont le choix entre deux mauvaises solutions"Une décision qui, selon Charlotte de Montpellier, illustre la difficulté de mener une politique commerciale agressive sans en faire payer la facture aux consommateurs.
"Typiquement, la viande de bœuf, ça ne l'arrange pas, parce que les Américains le sentent directement dans le prix de leurs burgers", glisse-t-elle. Néanmoins, cet assouplissement a fait rager… les éleveurs américains, qui estiment être lésés à leur tour.

Et à l'approche des élections de mi-mandat (midterms), prévues début novembre, la question du pouvoir d'achat est centrale, ainsi que celle des soutiens des secteurs comme les agriculteurs et éleveurs.
"Il ne faut pas se leurrer : si on met des droits de douane, même si ce n'est pas sur quelque chose qui est directement acheté par le consommateur, ça se répercute quand même sur lui en bout de course", rappelle l'économiste. "Tout le monde le disait, mais Donald Trump n'a pas voulu l'entendre. Donc il est un peu coincé. Mais je pense que sa priorité sera surtout de trouver une solution au Moyen-Orient, pour limiter les prix à la pompe", termine l'économiste.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.