Euro d'athlétisme Birmingham : Innes Fitzgerald, la Britannique qui veut faire le 'pont' entre haut-niveau et militantisme climatique - RTBF Actus
En décembre 2022, à seulement 16 ans, elle termine au pied du podium des championnats d'Europe de cross juniors (moins de 20 ans) à Turin. Au-delà de son âge, une autre donnée impressionne : Fitzgerald a réussi à briller en Italie malgré un voyage pénible de 20 heures entre bus de nuit, vélo et train.
"C'était une aventure en soi", sourit-elle trois ans plus tard, consciente que son trajet chaotique lui a probablement coûté la médaille.
Mais prendre l'avion est alors inenvisageable pour l'adolescente. Un mois plus tard, quand elle est qualifiable pour les championnats du monde de cross en Australie, elle décline la sélection.
"J'avais neuf ans lors de l'accord de Paris en 2015 et huit ans plus tard, les émissions mondiales continuent d'augmenter et nous mènent à la catastrophe climatique", écrit-elle dans une lettre adressée à la fédération britannique d'athlétisme, expliquant que l'impact environnemental d'un vol pour l'Australie est trop important pour qu'elle puisse se résoudre à monter dans l'avion.
Sa prise de parole, rarissime dans le haut-niveau, est relayée par de nombreux médias impressionnés par la solidité des convictions écologiques de celle qu'ils surnomment alors la "Greta Thunberg du sport".
"Ca a été très difficile mais je suis heureuse de l'avoir fait car on en a beaucoup parlé, j'ai réussi à faire réfléchir les gens. Ca vaut bien plus que n'importe quelle course", explique-t-elle à l'AFP.
Désormais âgée de 20 ans, Innes Fitzgerald garde intactes ses convictions mais, devenue athlète professionnelle avec des résultats de plus en plus solides, elle a dû se résoudre à un compromis difficile : prendre parfois l'avion pour vivre ses rêves sportifs.
"Plus je progresse et plus les portes s'ouvrent pour des compétitions internationales. C'est plus dur d'y renoncer", explique la multiple championne d'Europe junior (cross, 3.000 m, 5.000 m), qui a participé en 2025 à ses premières Ligues de Diamant et à ses premiers Mondiaux seniors, à Tokyo.
"Quand je monte dans un avion pour aller à une compétition, je n'ai pas envie d'être là. J'ai une boule au ventre, une partie de moi qui se dit que ce n'est pas bien", affirme-t-elle.
L'athlète essaye malgré tout de garder un mode de vie le plus sobre possible : elle est vegan, étudie l'hiver à Exeter et ne part pas en stage d'entraînement à l'étranger. Elle participe aussi parfois à des manifestations pour le climat.
"Certains trouveront que c'est hypocrite mais c'est un compromis que je suis prête à faire pour le moment (...) Je continue à me questionner et je me suis fait la promesse de toujours parler des enjeux climatiques car j'ai une influence grâce à mes résultats sportifs", souligne Fitzgerald.
"Les gens scientifiques et soucieux du climat ne se mélangent pas trop aux sportifs. Pour moi, être ce pont entre ces deux mondes, c'est très important."