Fin de vie : 24 ans après la loi autorisant l’euthanasie, quel bilan pour la Belgique ?
Alors que la France vient de voter sa loi sur l’aide à mourir, la Belgique offre un recul de 24 ans. Le professeur François Damas dirige la consultation « Fin de vie » à l’hôpital de Liège revient sur l’évolution des pratiques.
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Flora Zanichelli
Créé le 19 août 2026 • 08:30
Mis à jour le 19 août 2026 • 08:30
Photo archives Nice-Matin
« Quand une nouvelle loi arrive, cela crée un espace nouveau de possibilités, de réflexions, de décisions et d’actions qu’il faut pouvoir mettre en route… Tout ça prend du temps ». Vingt-quatre ans après la loi de 2002 qui autorise l’euthanasie en Belgique, le Pr François Damas, médecin et ancien chef du service des soins intensifs de l’hôpital de Liège tire de l’expérience belge un enseignement majeur : « Autoriser à pouvoir envisager une discussion, c’est libérer la parole du malade et l’écoute du médecin. »
En Belgique, l’euthanasie représente 4,5 % des décès soit environ 4 500 cas par an. Une possibilité qui intervient dans un cadre plus large, incluant notamment les souffrances psychiques et, à certaines conditions, les mineurs. En Belgique, si seule 1 demande sur 5 aboutit, au moins 20 % des personnes en fin de vie engagent ce dialogue avec leur médecin.
MARC TRIPPAERTS PHOTOGRAPHER
Loin d’éclipser les soins palliatifs, la loi les stimule, estime ce médecin qui souligne un renversement de paradigme : « C’est le malade qui décide, et le médecin qui consent. Cette loi a donné du pouvoir au malade. »
L’option rassure, observe le professeur Damas qui évoque également une libéralisation de la parole : « On accompagne jusqu’au bout sans rien cacher à personne, avec la famille qui travaille également à ce que la fin de vie soit la meilleure possible. »
Vieillissement de la population
Une vaste étude belge analysant 33 580 cas entre 2002 et 2023 confirme la maturité du système.
Si les cas ont augmenté, un tiers de la hausse découle directement du vieillissement de la population, avec une croissance qui s’est nettement stabilisée depuis 2015. Selon cette même étude, 84,7 % des patients ont plus de 60 ans et 65,1 % souffrent d’un cancer.
Les demandes pour troubles psychiatriques (1,27 %) ou démence (0,92 %) restent très rares et stables. De plus, la pratique s’est harmonisée entre la Flandre et la Wallonie, se déroulant surtout à domicile (46,8 %) ou à l’hôpital (35,9 %). Aujourd’hui, une majorité de médecins est pour, affirme le professeur Damas.
Mieux ritualiser le départ
Le professeur Damas constate : « En Belgique, il y a eu un changement d’attitude vis-à-vis de la mort qui se diffuse dans toute la société parce qu’une euthanasie, elle ne concerne pas seulement le malade et son médecin, elle concerne évidemment toute la famille et toute l’équipe soignante. »
Deux décennies d’application ont posé la nécessité d’humaniser l’accompagnement. Un constat que le professeur Damas a relaté dans son ouvrage Ritualiser la mort (Éd. Michalon). Il y insiste sur l’importance des rites d’adieu : « Ce qui est important, c’est de construire un dernier parcours de vie avec son patient et sa famille, pour que ça ait du sens encore pour lui et pour elle. »
Récemment, le professeur Damas a ainsi fait intervenir des célébrantes au moment du décès de certains de ses patients. Soucieux de former ses collègues, il a aussi mis en place une formation « End of life » (EOL) où médecins mais aussi psychologues et infirmières interviennent. Il insiste : « On organise des jeux de rôle… L’idée, c’est de travailler sur la transdisciplinarité ».
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