"Avec ma compagne, on recherche une perle rare pour prendre soin de nos deux petits amours. Nous aimerions nous offrir une escapade de deux jours et une seule nuit." On imagine un couple épuisé qui a besoin de faire une pause dans un quotidien agité avec deux enfants en bas âge. En fait, pas du tout. La suite du message posté sur un groupe Facebook le montre : "Comme nous ne pouvons malheureusement pas emmener nos chats, nous cherchons une personne de confiance qui pourrait venir s'occuper d'eux pendant notre absence."

Alice (28 ans) est, elle, à la recherche d'une dog-sitter parce qu'elle ne peut pas prendre son labrador de six ans, "adorable, propre, très calme", en déplacement professionnel. La jeune femme assume : "Cette boule de poils est comme mon enfant, donc je cherche vraiment quelqu'un de confiance et qui sera aux petits soins pour lui."

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"Je recherche un logement avec ma chatte"

Les chiens, chats, hamsters et autres animaux de compagnie sont aujourd'hui souvent considérés comme des membres de la famille (presque) comme les autres. Ils sont pris en compte dans la gestion du quotidien, quitte même à devenir un "critère prioritaire" dans la recherche d'un logement. Manuella, 42 ans, en reconversion professionnelle, le dit cash dans l'annonce qu'elle publie sur un site ad hoc : "Bonjour, je recherche un logement (un bail d'un an renouvelable) avec ma chatte. Budget maximum : 575 euros hors charges, avec un accès extérieur ou espace vert proche." La quadragénaire évoque une possible alternative : "Une colocation respectueuse des animaux où ma chatte peut circuler librement en sécurité. Budget maximum : 600 euros tout compris."

Gaga de son chat ? Zinzin de son chien ? Ces comportements peuvent prêter à (sou) rire ou sembler complètement déraisonnables aux yeux de certains. Les relations entre les animaux de compagnie et leurs humains sont plus complexes qu'en apparence. Elles vont aussi très loin, jusqu'à recourir à la communication animale pour tenter de mieux comprendre son chien ou son chat et mieux échanger avec lui. Voire à rester en contact avec l'animal après la mort de Médor, Câline ou Lola.

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Un sujet à aborder avec précaution

Les demandes en ce sens sont de plus en plus nombreuses. "J'aimerais contacter quelqu'un suite au décès de mon chien mais j'ai peur d'être déçue si c'est de l'arnaque. Je voudrais aussi essayer la communication animale avec mon chiot parce que je ne comprends pas certains trucs qu'il fait", écrit Florence.

Sur internet, des personnes se présentant comme spécialistes en "médiation animale" ou en "communication intuitive" multiplient leurs offres de services (parfois très onéreux). Le recours à ce type de pratique est assez nouveau et en expansion rapide, confirme Véronique Servais (ULiège), psychologue et anthropologue, responsable du Certificat d'université en médiation animale et relations à la nature. "C'est un sujet qu'en tant qu'anthropologue il faut aborder avec précaution. Peut-être que la communication télépathique existe. Je n'en sais rien et je n'ai pas à me prononcer là-dessus", indique Mme Servais.

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"Réanimer" la nature

Des études sont en cours à l'Université de Liège, menées par Vanessa Wijngaarden, sur l'Intuitive Interspecies Communication (IIC) (communication intuitive entre espèces) "Ce sont des formes d'écoute ou de communication qui varient culturellement mais qui sont globalement pratiquées par beaucoup de sociétés animistes de par le monde, dans des contextes culturels très différents du nôtre. Il est alors intéressant d'observer comment se manifestent, dans nos sociétés, des formes de communication qui se réclament d'un rapport immédiat et intuitif avec la nature et les animaux et qui connaissent un certain engouement", explique Véronique Servais.

Plus globalement, il convient de se demander ce que cela dit de notre relation aux animaux, ajoute-t-elle. "J'y vois notamment une tentative pour "réanimer" la nature, comme dirait le philosophe Baptiste Morizot, c'est-à-dire pour ramener de la spiritualité dans nos relations avec la nature et les animaux, dans un contexte d'exploitation capitaliste et d'utilitarisme technique où la nature et les animaux ont été réduits à de la matière". Même si ces pratiques de communication – "et ce n'est pas le moindre des paradoxes" – s'inscrivent très bien dans une économie capitaliste, ajoute l'experte.

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