Le peintre du bonheur est confronté à un bien malheureux événement, depuis ce mardi 8 septembre 2026 à l’aube.

Le musée Jean-Auguste Renoir, inauguré en 1960 dans ce qui fut la demeure de l’artiste, a été la cible d’un audacieux vol de tableaux. Quatre œuvres ont été arrachées à ses murs, deux d’entre eux elles manquent toujours à l’appel.

Branle-bas de combat, ce mardi, à Cagnes-sur-Mer. Il est exactement 5 h 48 quand l’alarme du musée retentit au centre de supervision urbain de la Ville. Les caméras de vidéoprotection repèrent la présence de deux individus à l’intérieur.

En l’espace de cinq minutes selon la mairie, la police municipale est sur place, au 19 chemin des Collettes. Les équipages de police nationale du commissariat de Cagnes lui emboîtent le pas. Les enquêteurs de la police judiciaire les rejoignent bientôt.

Ils découpent le grillage

Pas moins de quatre œuvres ont été dérobées, sur la douzaine de peintures originales que possède le musée Renoir : « Portrait de Madame Stephen Pichon », « Madame Colonna Romano », « Coco lisant » et une œuvre inachevée, « Jeune femme au puits ».

Le lieu de l’effraction, ce mardi matin au Musée Renoir.

La première d’entre elles n’aura pas voyagé bien longtemps. Elle est retrouvée dans la foulée, dans le jardin méditerranéen remarquable qui entoure le musée. Les voleurs l’ont abandonnée au beau milieu des oliviers centenaires, orangers et figuiers qui ont bien peu mobilisé leur attention.

Ils se sont davantage intéressés au grillage qui entoure la propriété, allée Victor-Vasarely. Ils l’ont découpé pour s’y introduire, comme en témoigne la rubalise déployée par la police pour en barrer l’accès.

Les cambrioleurs ont découpé le grillage entourant la propriété pour s’y introduire.
Les cambrioleurs ont découpé le grillage entourant la propriété pour s’y introduire.
Cyril Dodergny / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

La police judiciaire saisie

Selon les premiers éléments recueillis, les malfaiteurs auraient profité du changement de ronde pour tromper la vigilance des gardiens. Ce qui laisse supposer qu’ils ont ciblé ce moment précis.

En cours de matinée, bonne nouvelle : les malfrats ont laissé derrière un deuxième tableau. Il s’agit de « Coco lisant », portrait du fils de Renoir mondialement connu. Deux œuvres restent donc, à ce stade, dans la nature. Le précieux « Madame Colonna Romano ». Et la « Jeune femme au puits ».

Entre-temps, le parquet de Grasse a ouvert une enquête de flagrance. Le service interdépartemental de police judiciaire des Alpes-Maritimes (SIPJ 06) en est chargé. La brigade de répression du banditisme conduira les investigations.

Les riverains du musée médusés

Le réveil a été brutal pour les habitants du quartier résidentiel des Colettes, à Cagnes-sur-Mer, habituellement si paisible. À proximité immédiate du musée Renoir, la stupeur l’emporte sur le calme matinal alors que l’on apprend le vol de deux tableaux.

Si certains riverains n’ont absolument rien entendu, d’autres ont perçu des bruits suspects au lever du jour. Une habitante de l’allée Victor-Vasarely confirme avoir « entendu des portes de voiture claquer. Mais je n’y ai pas prêté plus attention que ça. Je ne savais pas qu’ils avaient cambriolé le musée. »

Un voisin, dont l’habitation est mitoyenne du musée, raconte : « C’est très grave ce qu’il se passe. Le musée Renoir, c’est notre patrimoine. »

Une autre résidente du quartier partage cette vive inquiétude pour ce lieu qui fait la fierté de la commune : « C’est très inquiétant parce que c’est quand même un quartier très résidentiel. On ne s’attendait pas à avoir un vol dans un musée historique avec des caméras, gardé et protégé. »

Un précédent à Nice

Dès lors, la brigade de répression du banditisme connaîtra-t-elle le même succès qu’avec le musée des Beaux-Arts Jules-Chéret ? Les amateurs d’art et les amoureux du patrimoine culturel peuvent l’espérer.

En 2007, c’est à Nice que quatre tableaux majeurs avaient été volés. Ils furent retrouvés un an plus tard, intacts, dans une camionnette à Marseille. Toute l’équipe, commanditaire compris, a été condamnée lors de deux procès successifs.

Depuis, les seuls vols d’œuvres d’art recensés sur la Côte d’Azur avaient été commis chez des particuliers. Mais ce type de cambriolage tend à défrayer la chronique et alimenter les circuits occultes. En témoigne le retentissant fric-frac du 19 octobre 2025 au Louvre.

Si la valeur des tableaux dérobés à Cagnes est inestimable, le préjudice se chiffre en millions d’euros. Même si de telles œuvres sont invendables sur le marché de l’art.

Les malfaiteurs ont-ils agi sur commande d’un particulier ? L’intervention de la police municipale, chien à l’appui, a-t-elle précipité leur fuite et ainsi limité la casse ? Autant de questions soumises aux enquêteurs, rompus à une autre forme d’art : celui de l’investigation.