l'essentiel Une enquête du quotidien japonais Nihon Keizai Shimbun a révélé que des milliers d'enfants ukrainiens auraient été envoyés en Corée du Nord par la Russie depuis au moins deux ans. Le but : les forcer à participer à des camps "d'éducation patriotique" russe, avec des entraînements militaires quotidiens. 

Si l'envoi de soldats nord-coréens en Russie est une pratique connue depuis le début de la guerre, on a maintenant passé un cap. Depuis au moins 2023, plusieurs milliers d'enfants ukrainiens sont envoyés chaque année par Moscou dans des camps en Corée du Nord, souvent installés dans d’anciens centres de vacances ou campings. Au programme : entraînements militaires, propagande, et "rééducation patriotique" russe.

C'est une enquête du média japonais Nihon Keizai Shimbun qui a révélé l'ampleur du phénomène, en recueillant des témoignages d'enfants revenus de ces camps de rééducation, disséminés partout en Russie, en Biélorussie, dans les territoires ukrainiens occupés, et dans un nouveau site, le "Camp international pour enfants de Songdowon", situé à Wonsan, dans l’est de la Corée du Nord.

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"On leur lave le cerveau"

On ne connait pas le nombre exact d'enfants qui ont été envoyés dans ces camps, mais en 2025, ils auraient été plus de 7 000, selon le Centre régional des droits humains (CRDH). Misha, 13 ans, est l'un d'eux. Il est originaire de l'oblast de Donetsk, à l'est de l'Ukraine, région occupée par la Russie, et a séjourné dans un camp installé au sein d'une station balnéaire nord-coréenne, d'après le quotidien japonais, cité par Courrier International. Le jeune a passé des tests de sélection avant d'intégrer un "camp d'amitié entre jeunes nord-coréens et russes" en Corée du Nord en juillet et août 2025. Activités patriotes, cérémonies de levée des drapeaux, ateliers de cuisine, représentations musicales... Misha a expliqué aux médias des territoires ukrainiens occupés s’être "fait plein d’amis russes et nord-coréens". 

“On leur lave le cerveau en leur répétant encore et encore que l’Ukraine est l’ennemi et que leurs parents et leurs communautés d’origine ne veulent plus d’eux”, explique au média japonais Nathaniel Raymond, responsable du Laboratoire de recherche humanitaire de l’université Yale. Les enfants parcourent 9 000 kilomètres à travers l’Eurasie pour rejoindre la Corée du Nord. Depuis Makiivka, sa ville de résidence, Misha a d’abord gagné Vladivostok en avion, avec une escale à Moscou, avant de prendre un vol pour Pyongyang. Un bus l’a ensuite conduit jusqu’au camp de Wonsan.

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Selon la professeure de relations internationales japonaise Atsuko Higashino, citée par le Nihon Keizai Shimbun, l’objectif serait de faire de ces enfants "des ressources humaines d’excellence", une politique d’assimilation qui pourrait mener à ce que "ces enfants, une fois adultes, prennent la tête de la lutte contre l’Ukraine", alerte la spécialiste. 

"La grande Russie"

Quand on connaît la dureté de la dictature nord-coréenne et sa propagande du régime, il est difficile de ne pas imaginer les techniques utilisées pour enrôler ces jeunes adolescents. Lors de l’édition de 2024, la dimension idéologique et militaire était très marquée. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un intervenant russe appelait les enfants à "se préparer à l’invasion américaine". La propagande de Moscou a semblé opérer sur Misha, qui affirmait, dans une vidéo publiée en 2023, que sa ville natale faisait "désormais partie de la Grande Russie". La Russie, elle, rejette ces accusations.

Selon le gouvernement ukrainien, au moins 20 000 enfants ont été enlevés depuis l’invasion en 2022, et seulement 2 000 sont depuis retournés chez eux. En 2023, la Cour pénale internationale (CPI) avait émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Vladimir Poutine pour la déportation illégale d’enfants hors des territoires occupés. 

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En juin 2024, la Russie et la Corée du Nord avaient signé un "traité de partenariat stratégique global", à la suite duquel une organisation de jeunesse russe, le Mouvement du Premier, avait annoncé envoyer des enfants de Russie au camp de Songdowon. Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, la Corée du Nord fournit des armes à la Russie, et plus de 10 000 soldats nord-coréens ont été envoyés sur le front russe.