La quasi-totalité des migrants arrivés illégalement dans l’enclave de la Ceuta sont repartis, assure le ministre espagnol de l’Intérieur - RTBF Actus
Les 84.000 habitants de Ceuta "peuvent se promener, font leurs courses, les commerces ont rouvert", a insisté le ministre Fernando Grande-Marlaska, reconnaissant toutefois que cette crise migratoire qui s’est muée en querelle diplomatique au sein de l’Union européenne n’était "pas terminée".
Au moins 67 personnes sont mortes – beaucoup se sont noyées – en essayant de pénétrer sur ce territoire bordant le détroit de Gibraltar, a-t-il déploré.
L’AFP a de son côté aperçu deux hommes sortir de l’eau sur la plage jouxtant la frontière, puis s’écrouler sur le sable, visiblement à bout de force.
Plus à l’intérieur des terres, l’AFP a vu des centaines de migrants, dont beaucoup d’Africains subsahariens, attendre devant le centre d’accueil qui leur est dédié mais dont la police bloquait l’accès.
"En Afrique, il n’y a pas beaucoup d’opportunités. Alors on espère aller en Europe pour pouvoir travailler et gagner notre vie, c’est tout", a confié Souleye Bodian, un Sénégalais de 19 ans.
"Un ami m’a appelé, il m’a dit que la frontière était ouverte", a raconté à l’AFP Soufiane, un Marocain de 42 ans, qui est arrivé à Ceuta en nageant "trois, cinq minutes" dans l’espoir de rejoindre Madrid, à des centaines de kilomètres plus au nord, pour voir sa mère, "victime d’une leucémie".
Selon lui, l’entrée massive de migrants ces derniers jours montre que "tout le monde veut 'monter' (en Espagne) et souhaite avoir un bon avenir".
Cet afflux soudain de migrants a provoqué la panique chez nombre de dirigeants de nations européennes, où les sujets de l’immigration et du contrôle des frontières de l’espace Schengen restent inflammables.
Les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE discuteront d’ailleurs mardi en visioconférence des événements à Ceuta, a annoncé samedi l’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne.
Par missives interposées, l’Espagne, puis un groupe de 22 Etats, dont l’Italie, l’Allemagne et le Danemark, ont tour à tour réclamé cette réunion.
"Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l’instrumentalisation des migrations ou d’autres menaces hybrides donnent le sentiment qu’il est possible d’entrer illégalement dans l’Union européenne. Et qu’une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal", ont écrit dans une lettre ouverte les représentants de ces 22 pays.
"Les événements de ces derniers jours exigent une réponse européenne immédiate et coordonnée", ont-ils poursuivi.
Ce texte est le résultat d’une initiative de la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni, dont le pays a provisoirement cessé d’appliquer les règles de l’espace Schengen vis-à-vis de l’Espagne, et son homologue danoise Mette Frederiksen, qui a jugé vendredi que l’UE devrait envisager de suspendre la coopération Schengen avec l’Espagne.
"La défense des frontières extérieures de l’Union n’est pas l’intérêt d’une seule nation. C’est une responsabilité commune de l’Europe", a martelé sur X la cheffe du gouvernement italien.
Parmi les autres signataires figurent les chefs des gouvernements hongrois, suédois et polonais mais pas les dirigeants français et portugais dont les pays sont des voisins immédiats de l’Espagne.