La ritournelle politique
Depuis la fin du mois de mai, la Belgique enchaîne les épisodes caniculaires. Dans les Hautes Fagnes, des milliers d'hectares ont brûlé. L'émotion et la colère parfois sont légitimes. Mais largement insuffisantes. Tout comme sont ineptes les petites phrases politiques qui, depuis quelques heures, pullulent sur les réseaux sociaux. En voici quelques-unes, parmi d'autres. "C'est la faute de tel parti." "Le dérèglement climatique montre brutalement sa réalité." "La meilleure prévention, c'est de limiter le réchauffement." "Ces incendies sont dus à des individus, volontairement ou par négligence." Ces quelques petites phrases sont peut-être vraies, en partie, mais elles ne constituent en rien une politique. Le hic, c'est que nous avons pris l'habitude de nous en contenter, et de traiter les crises comme des parenthèses. Notre fameuse culture du "zapping". On mobilise, on salue la solidarité, on déplore les victimes et on promet de "tirer les leçons". Puis vient la rentrée, puis une autre urgence, etc. Bref, on passe à autre chose. Cette ritournelle devient inaudible.
Incendie en Hautes Fagnes: "Ces particules sont les plus dangereuses car elles pénètrent dans les poumons et la circulation sanguine"Car des épisodes "exceptionnels" – canicules, incendies ou inondations – se reproduiront plus souvent, c'est prévisible (et prévu). On connaît tous le contexte budgétaire dans lequel nous nous trouvons, mais s'adapter ne signifie pas forcément dépenser sans compter. Revoir les protocoles, cartographier les risques, former les personnels, protéger ou adapter les bâtiments, repenser certains aménagements, mieux coordonner les services (quand la Flandre propose son aide, on a l'impression que c'est un autre pays qui se manifeste) : tout ne nécessite pas de lourds investissements. Mais, c'est vrai, cela exige une volonté politique et une méthode qui font pour l'instant défaut. Là est l'enjeu. Que se passera-t-il à la rentrée ? Quelles mesures seront décidées, avec quel calendrier, quels responsables et quels moyens ? Bref, répondre aux questions de bon sens, avec méthode et un peu de courage au
ssi sans doute. Le feu finira par s'éteindre dans les Hautes Fagnes. La canicule passera. Mais si notre mémoire politique s'éteint aussi, là serait le vrai drame. Les Belges méritent un débat politique sur ces enjeux d'une autre tenue que les échanges simplistes et électoralistes des derniers jours. La convocation, lundi soir, d'une réunion extraordinaire de la Commission de l'Intérieur à la Chambre sur les incendies cette semaine est en ce sens un pas dans la bonne direction.
La Belgique face à l'un des pires incendies de son histoire dans les Hautes FagnesPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.