• Malgré un avantage financier, les républicains restent à la traîne dans les sondages et pourraient même perdre des terres conservatrices

Début septembre, les républicains faisaient le pari de remonter dans les sondages des élections de mi-mandat grâce à une offensive publicitaire majeure, rendue possible par leur considérable avantage de trésorerie. Un mois et un demi-milliard de dollars dépensés plus tard, ils font un constat amer : non seulement ils ne remontent pas dans les courses les plus serrées, mais ils perdent du terrain dans des États qu’ils étaient sûrs de gagner il y a encore quelques semaines.

Les démocrates ont certes moins d’argent à dépenser au total, mais ils ont commencé plus tôt, ce qui leur a permis de se positionner avant que les prix de la minute publicitaire flambent et d’anticiper les attaques des républicains. Par ailleurs, ils achètent plus de temps d’antenne avec moins de dollars. Le prix des spots est en effet inférieur quand ce sont les campagnes des candidats qui les achètent directement plutôt que des Super PAC, ces comités politiques indépendants financés par les grandes fortunes. Or, au niveau individuel, les candidats démocrates ont levé plus d’argent que les républicains.

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La semaine dernière à Dallas, rapporte le Washington Post, la campagne du prétendant démocrate au Sénat James Talarico a dépensé 950 000 dollars pour que chaque téléspectateur voie le spot en moyenne dix fois. Les alliés du candidat républicain Ken Paxton, distancé dans les sondages, ont eux dépensé 4,65 millions de dollars de publicité pour une moyenne de 13 vues. Soit cinq fois plus d’argent pour une fréquence d'exposition supérieure de seulement 30 %.

Comme pour tenter de se rassurer, certains stratèges républicains expliquent que le matraquage publicitaire dans ces courses serrées permet de rester compétitifs et que leurs candidats remonteront lentement mais sûrement. Pourtant, le parti semble avoir déjà fait une croix sur certaines batailles, comme les duels pour le Sénat en Géorgie et en Caroline du Nord. Dans ce dernier État, les républicains ont tout simplement coupé les vannes. Le SLF, le Super PAC qui aide les républicains à conserver la majorité au Sénat, a annulé toutes les publicités prévues, alors que le candidat Michael Whatley semble accuser un retard irrécupérable face au démocrate Roy Cooper.

Cet argent est redirigé vers des terrains surprenants, preuve que les républicains sentent le danger y compris dans leurs fiefs. Le SLF qui a repris ses billes en Caroline du Nord vient de verser 14 millions de dollars au Kansas, un État qui n’a pas élu de sénateur démocrate depuis 1932 ! Il a aussi envoyé cinq millions de dollars en direction de la Caroline du Sud, un État remporté avec 18 points d’avance par Donald Trump en 2024. Ce financement est considéré comme une "police d’assurance", pour aider la candidate Darline Graham dont la victoire semble de moins en moins assurée.

Les sondages et l’argent ne sont pas les seuls indicateurs montrant que les républicains ont du souci à se faire dans les États "rouges". Les déplacements de Donald Trump dessinent eux aussi une carte encore impensable il y a quelques semaines. Le président américain retourne en Alabama ce week-end, après des visites en Oklahoma, au Nebraska ou encore au Texas, où la course James Talarico-Ken Paxton n’en finit pas de faire peur à son camp.

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Il ne s’agit plus de convaincre les indécis des États-clés mais de mobiliser la base Maga, celle qui reste fidèle au président – dont la cote de popularité souffre depuis plusieurs mois. La crainte n’est pas de voir ces électeurs voter démocrate, un parti qu’ils détestent, mais qu’ils restent tout simplement chez eux le 3 novembre. C’est le redouté "reflux républicain" théorisé par l’analyste politique Charlie Cook dont on vous parlait déjà la semaine dernière.

Un reportage du New York Times publié cette semaine illustre bien ce phénomène. Dans une région rurale du Michigan, qui a largement voté pour Donald Trump en 2024, la journaliste a observé peu de pancartes de campagne plantées devant les maisons. Les candidats républicains locaux peinent à trouver des bras pour le porte-à-porte. Les électeurs interrogés, las, ont arrêté de suivre les informations. Ils ne comprennent plus ce président qu’ils ont soutenu, entre sa guerre en Iran qui a fait flamber les prix et ses projets de salle de bal à la Maison Blanche, loin de leurs propres préoccupations. "Le président Trump a dit 'Votez comme si j’étais sur le bulletin !', et c’est exactement ce que je vais faire – je ne vais pas voter", résume Brandon Tremaine, un étudiant de 24 ans interrogé par le New York Times.

Malgré tous ces signaux alarmants, certains républicains veulent encore y croire : et si les sondages avaient encore tout faux ? "Je pense qu’on peut garder la majorité", a assuré le chef de la majorité républicaine au Sénat John Thune à Politico. "Je pense que toutes ces courses sont dans la marge d’erreur, en tout cas celles qu’il nous faut gagner. Et historiquement, si on regarde les sondages, on a tendance à faire mieux que prévu." C’était vrai pour les dernières élections présidentielles où Donald Trump était candidat, mais pas pour les deux derniers scrutins de mi-mandat, rappelle l’analyste et statisticien politique Nate Silver.

Certains sondeurs expriment toutefois leurs doutes. Ils sont particulièrement préoccupés par les électeurs républicains des régions rurales qui ne répondent pas au téléphone mais qui pourraient aller voter quand même. Nate Silver n’exclut pas cette possibilité mais conclut avec malice : "Pour l'instant, le meilleur argument des républicains pour rester optimistes sur le 3 novembre, c'est : 'Bon, les sondages se trompent peut-être.' C'est tout à fait possible, mais ce n'est jamais très rassurant quand c'est le meilleur espoir de son camp."

  • La course de la semaine : le Kansas, la bataille qu’on n’attendait pas

Avec le Kansas, les démocrates ont trouvé leur "histoire de Cendrillon" de ces midterms. La comparaison – qui fait référence à une ascension fulgurante – est signée par le Cook Political Report. Celui-ci vient de classer cette semaine l’État dans la catégorie des duels incertains au Sénat. Des récents sondages pointent tous dans la même direction : le démocrate Adam Hamilton est au coude-à-coude voire devance le républicain Roger Marshall. Comment de telles projections sont-elles possibles, dans cet État "rouge" par excellence, remporté avec 16 points d’avance par Donald Trump en 2024 ?

La personnalité d'Adam Hamilton compte pour beaucoup : ancien républicain, pasteur fondateur de la plus grande congrégation méthodiste unie du pays, il fait une campagne modérée et promeut le dialogue. Quand on lui demande s’il est conservateur ou progressiste, il répond d’une pirouette : "Oui, bien sûr", comme pour tenter de se placer au-dessus des débats partisans. Ainsi, il se dit opposé au socialisme tout en refusant des coupes dans les budgets de la santé. Conscient que l’électorat du Kansas est peu friand de la marque démocrate, il a aussi appelé les ténors de l’establishment démocrate Kamala Harris et Chuck Schumer à ne pas se déplacer au Kansas faire campagne pour lui.

Le candidat démocrate au Sénat pour le Kansas Adam Hamilton, le 12 août 2026 à Olathe.
Le candidat démocrate au Sénat pour le Kansas Adam Hamilton, le 12 août 2026 à Olathe. © Colin E. Braley, AP

D’après une analyse du New York Times, il aurait même encore une marge de progression dans les sondages. Adam Hamilton bénéficie d’une excellente cote de popularité, or 28 % des électeurs qui voteraient éventuellement pour lui disent ne pas encore savoir qui il est. "Le danger pour les républicains est évident : si davantage d'électeurs découvrent qu'il n'est pas un démocrate ordinaire, M. Hamilton pourrait gagner en soutien", écrit le quotidien new-yorkais.

À l’inverse, son concurrent, un ancien obstétricien, pâtit d’une image salie par un récent scandale : il aurait poursuivi plus de 700 patientes pour des factures impayées, ses avocats allant jusqu’à demander l’arrestation de certaines d’entre elles.

La cote de popularité en berne de Donald Trump pourrait aussi expliquer les chiffres actuels. Le Kansas est un État agricole qui souffre des prix élevés du diesel et des engrais, une inflation directement liée à la guerre en Iran initiée par le président américain. Les éleveurs de bœuf se sont aussi sentis trahis quand l’administration Trump a autorisé l’importation de viande étrangère pour faire baisser les prix du marché.

Si le Kansas élit un sénateur démocrate en novembre, ce sera une première depuis près d’un siècle. Et probablement le signe que d’autres États "rouges" sont gagnables, avec le bon candidat. Reste à savoir si les démocrates, dont le budget est serré et qui se concentrent sur une poignée de duels indécis, pourront débloquer suffisamment d’argent pour cet État jusqu’au 3 novembre. "Partout, il est l'heure de se serrer la ceinture, et les campagnes comme les comités doivent s'assurer que l'argent est dépensé pour les sièges qui permettront d'obtenir une majorité", a déclaré cette semaine un cadre démocrate à Politico. "La dure réalité, c'est qu'il n'y a pas les fonds au niveau national pour investir dans le deuxième cercle d'États sans mettre en danger les véritables courses indécises."

  • Quand les candidats débattent en direct, les attaques personnelles fusent

Jeudi soir, trois débats télévisés ont été organisés dans le Michigan, le Maine et la Géorgie pour les courses sénatoriales, trois scrutins suivis de près pour savoir quel parti remportera la majorité au Sénat.

Dans le Michigan, le démocrate Abdul El-Sayed (dont on vous parlait la semaine dernière), en légère avance dans les sondages, a essuyé une flopée d’attaques sur ses origines égyptiennes et sa religion musulmane. Hamas, Hezbollah, Al-Qaïda… Son rival Mike Rogers l’a accusé, sans preuve, d’être financé par des groupes terroristes islamistes.

De son côté, Abdul El-Sayed a accusé Mike Rogers d’avoir soutenu la guerre en Iran. Il a aussi tenté de recentrer le débat sur le coût de la vie et sur les préoccupations des électeurs. "Je vous avais prévenus de ce à quoi allait ressembler ce débat. Lui me montrant du doigt en prononçant tout un tas de noms étrangers. Ou lui parlant de lui-même. Et je vous l’ai dit : moi, ce qui m’intéresse, c’est vous. J’ai bien compris que l’essence coûte trop cher, que les courses sont inabordables, que c’est très difficile de voir un docteur. Et je veux trouver une solution." La joute verbale entre les deux hommes a été si vive qu’elle a même continué pendant les pauses publicitaires.

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En Géorgie, le démocrate Jon Ossoff, qui dispose désormais d’une avance un peu plus confortable que dans les autres courses serrées, a accusé son rival républicain Mike Collins d’être intolérant et proche du mouvement nationaliste blanc. "Vous avez embauché la moitié du IIIe Reich", lui a-t-il notamment lancé, en référence aux positions antisémites de certains de ses anciens attachés parlementaires. Ou encore : "Si John Lewis (icône des droits civiques américains qui a marché aux côtés de Martin Luther King, NDLR) marchait aujourd’hui de Selma à Montgomery, Mike Collins serait en train d’attraper une matraque."

Mike Collins, lui, a assuré condamner "le racisme, l’antisémitisme et la haine" et accusé Jon Ossoff de soutenir Abdul El-Sayed dans le Michigan, un candidat qui selon lui "hait Israël" et "adore l’Iran".

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Dans le Maine, Susan Collins – nous vous en parlions il y a deux semaines –, la candidate républicaine en difficulté pour se faire réélire, a essuyé des accusations de corruption de la part de son rival démocrate Troy Jackson, qui faisait référence à une affaire récente. Elle a dénoncé des mensonges, mais s’est aussi trouvée sur la défensive face aux questions sur la guerre en Iran et les droits de douane, deux politiques de Donald Trump qu’elle dit ne pas soutenir personnellement. "Nous sommes en crise maintenant parce qu’elle et ses collègues républicains n’ont pas tenu tête à Donald Trump", a lancé Troy Jackson.

  • L’actu de la semaine : Donald Trump sur la défensive

- La bataille autour des publicités de Donald Trump se poursuit

Le président américain, attaqué pour des spots très politiques financés par le gouvernement en amont des midterms, a indiqué qu’il utiliserait désormais son propre argent ainsi que celui de son Super PAC Maga Inc. Mais la Maison Blanche a refusé de rembourser les 10 millions de dollars dépensés pour les clips déjà diffusés. Le Parti démocrate a déposé plainte dans cette affaire.

- Quand deux proches de Donald Trump font campagne dans les Balkans

Ils sont censés piloter la campagne des midterms, mais ils étaient récemment en Republika Srpska, l’entité serbe de Bosnie : Chris LaCivita et James Blair, deux proches de Donald Trump, auraient touché des centaines de milliers de dollars pour des activités de conseil électoral auprès des autorités nationalistes prorusses. Le dirigeant de fait, Milorad Dodik, a annoncé dimanche que son parti avait remporté les élections. Face au scandale qui monte, Donald Trump a dû réagir en personne : "Chris LaCivita et James Blair sont des consultants extérieurs. (...) Je n'ai aucune idée de leurs autres clients mais, à la réflexion, je vais leur demander et, s'il y a un conflit, je mettrai fin à leur mission", a écrit jeudi le président américain sur Truth Social.

  • La pub de la semaine : "Daisy L.A."

Le Lincoln Project, un groupe d’anciens républicains opposés à Donald Trump, qui fait activement campagne pour les démocrates, a diffusé mercredi un clip choc en réaction à des propos du président américain. Ce dernier a suggéré en meeting qu’il ne serait pas opposé à ce qu’une puissance étrangère comme l’Iran lance une bombe nucléaire sur les villes démocrates de Los Angeles et San Diego.

Le Lincoln Project reprend les images de "Daisy", la célèbre publicité de la campagne de Lyndon B. Johnson en 1964, qui souhaitait combattre les positions guerrières pronucléaires de son concurrent Barry Goldwater. Dans le clip, extrêmement angoissant dans le contexte de l’époque, deux ans après la crise des missiles de Cuba, une petite fille cueille les pétales d’une marguerite tout en les comptant. La caméra zoome sur ses yeux puis, en voix off, on entend le compte à rebours du lancement d’une bombe nucléaire, avant que l’explosion ne se produise.

Dans la version 2026, "Daisy L.A." (Marguerite Los Angeles), l’explosion en noir et blanc est cette fois en couleur et la ville ressemble fort à celle de Los Angeles. "Aucun président n’a jamais appelé une puissance étrangère à attaquer l’Amérique. Aucun, jusqu’à maintenant", dit une voix off, avant que ne soient diffusés pour preuve les propos de Donald Trump en personne, ainsi qu'un appel à voter démocrate en novembre.

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Jeudi, Donald Trump a dû se défendre sur son réseau Truth Social, affirmant que ses propos n’étaient rien d’autre qu’une comparaison entre deux possibilités liées au succès ou non de la dénucléarisation de l’Iran : "Payer un peu plus, pendant une courte période de temps, pour l’essence, versus le bombardement de nos grandes villes."