Proche de Pierre Boulez, à la fois compositeur, musicologue et ingénieur du son, il a notamment développé l’idée de “partitions sonores” pour le cinéma et aussi bien travaillé pour la télé que pour le documentaire. Il est mort le 31 août à l’âge de 96 ans.

Au cinéma, Michel Fano a travaillé avec Alain Resnais, Alain Robbe-Grillet et Jean-Pierre Mocky, entre autres.

Au cinéma, Michel Fano a travaillé avec Alain Resnais, Alain Robbe-Grillet et Jean-Pierre Mocky, entre autres. Photo Bernard Fau/Sygma via Getty Images

Par Eric Delhaye

Publié le 01 septembre 2026 à 14h11

Élève de Messiaen au conservatoire de Paris, proche de Boulez, le compositeur et théoricien Michel Fano est mort le 31 août à 96 ans. Il fut l’auteur d’une musique exigeante, tant pour ses interprètes — ses œuvres instrumentales étaient réputées très difficiles à jouer — que pour ses auditeurs, auxquels Fano demandait (dans son livre Aspect de la musique contemporaine) qu’ils pratiquent une écoute « active » : « De plus en plus agressé par un environnement sonore pollueur, peut-on espérer que la confusion entre “entendre” et “écouter” soit définitivement abolie : qu’il soit admis que l’écoute est un travail, au même titre que la lecture, l’appréhension d’un tableau ou d’un film ? »

Michel Fano se souvenait du choc éprouvé, à 12 ans, devant l’opéra Pelléas et Mélisande, de Claude Debussy. Ayant cachetonné comme pianiste avec Henri Salvador, il a développé son propre langage dans la musique sérielle en composant sa Sonate pour deux pianos puis son Étude pour quinze instruments — aussi hardie qu’ardue —, au début des années 1950. C’est aussi à cette époque qu’il a cosigné, avec le poète Pierre Jean Jouve, un essai critique de référence sur l’opéra d’Alban Berg, Wozzeck ou le nouvel opéra, publié chez Plon.

Ambiguïté dans les sons

Confronté aux limites atteintes par l’avant-garde, Fano est devenu ingénieur du son pour le cinéma. À rebours des conventionnelles « musiques de films », il a développé un langage adapté au rapport entre le son et l’image, sous la forme de « partitions sonores » (un concept emprunté à Edgar Varèse), permettant « de voir les structures, de cerner les répétitions, les variations du tissu sonore qui évolue au cinéma sur plus d’une heure trente minutes ». Le compositeur Philippe Manoury, qui fut l’un de ses compagnons de route, explique : « Il utilisait les sons réels du film, parfois mélangés avec des sons instrumentaux ou électroniques, qu’il travaillait avec une minutie d’horloger afin de leur donner une véritable structure musicale. Le résultat était souvent d’une très grande inventivité, car il se créait ainsi une véritable ambiguïté dans les sons, qui perdaient leur caractère réaliste, n’étant pas toujours synchronisés avec l’image, tout en acquérant un statut artistique et musical. […] Son apport à la musique pour le cinéma était d’une grande originalité et demeure unique. »

Outre une activité de coproducteur, pour Hiroshima mon amour (1959) et L’Année dernière à Marienbad (1961), d’Alain Resnais, notamment, Fano a appliqué ses « partitions sonores » à la plupart des films du romancier Alain Robbe-Grillet, à partir de L’Immortelle, en 1963. Il s’est lié avec plusieurs réalisateurs de la Nouvelle Vague, ainsi qu’avec Jean-Pierre Mocky et Jean Rouch, et il a participé à la musique du documentaire Loin du Vietnam (1967), de Chris Marker, avec des contributions de Godard, Varda, Lelouch, Klein… Versatile, il s’est aussi illustré dans les documentaires animaliers, notamment en coréalisant (avec Gérard Vienne, François Bel et Jacqueline Lecompte) Le Territoire des autres (1970), au sujet duquel Orson Welles estima que « tous ceux qui le verront seront touchés et y trouveront la présence d’une magie ». Ces films sans paroles lui permirent de développer ses idées sur le continuum sonore.

Musicologue et soucieux de transmission, Michel Fano a réalisé sept heures d’émissions pour Antenne 2, Introduction à la musique contemporaine, et il a dirigé le département son de la Femis, célèbre école de cinéma parisienne, pendant sept ans. À l’annonce de sa disparition, Philippe Manoury salue « sa sensibilité aux sons, mêlant souvent ironie et rigueur, sa curiosité, son esprit analytique et critique ainsi que son indépendance d’esprit », soulignant enfin qu’il a « toujours su montrer un réel intérêt pour les compositeurs plus jeunes que lui, qu’il soutenait souvent dans la réalisation de leurs projets ».

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